S26 LES BOURBONS ET LA RUSSIE
afin de voir Louis XVIII. Mais, n'ayant pu arriver à lui, elle avait gagné Saint-Pétersbourg et noué des relations d'amitié avec Rostopchin *. « Elle m'a paru très intrigante, écrivait Beurnonville. Elle se donne vingt-huit ans et a une nièce âgée de quatorze ans. C'est peut-être sa fille, qu'elle est femme à employer. »
Il se fit raconter par elle diverses particularités relatives à la cour de Russie. Elle parla de l'expulsion de Garaman, avoua qu'elle en était la cause indirecte, et expliqua comment. Durant son séjour à Madrid, le duc d'Havre, à ce qu'elle assura, avait un jour déchiffré devant elle une lettre du comte d'Avaray. Cette lettre faisait de Paul T' et de sa cour « une peinture affreuse ». Mme de Bonneuil avait pris et gardé l'orignal. Plus tard, à Saint-Pétersbourg, elle le communiqua à Rostopchin dans un moment où il lui disait avoir à se plaindre de Caraman. Rostopchin eut la cruauté de mettre la pièce sous les yeux du tzar. Désireux d'en connaître le contenu,
avait fait croire à d'Havre qu'elle ijossédait les moyens de rétablir le roi.
1. Ici encore, il semble bien qu'elle disait la vérité : Auguste Kotzebue, dans un livre déjà cité, raconte que l'apparition mystérieuse d'une Mme de Bonneuil à Saint-Pétersbourg, en 1800, son crédit subit, son intimité avec Rostopchin, furent une énigme pour tout le monde. Elle était reçue par l'empereur, et, comme la Chevalier, elle vendait son influence, tantôt d'accord avec celle-ci quand Rostopchin et Koutaïkof étaient unis, tantôt outre ellce quand ils étaient brouillés.
l'empereur se procura, grâce à sa police, le chiffre de Tagent français et connut ainsi Topinion de d'Avaray sur son compte. C'était déjà grave; mais ce qui le fut plus encore, c'est qu'avec ce même chiffre, il put lire diverses lettres que Garaman expédiait à Mitau et, se convaincre que le représentant du roi s'entendait avec certains diplomates étrangers pour contrarier sa politique. Telle aurait été la cause de la brutale expulsion dont l'envoyé de Louis XVIII fut l'objet.
Ce récit transmis à Paris par Beurnonville ouvre à l'imagination une vaste carrière, et encore qu'il soit malaisé d'y ajouter foi, rend vraisemblables d'autres suppositions accessoires, lesquelles d'ailleurs ne s'accordent pas moins avec le caractère des personnages et la physionomie des événements.