L. M. A. DE PENTHIÈVRE
Cette lettre, dans laquelle la princesse se montrait si désireuse d'éloi^fner son fils des intrigues qui se nouaient sur son nom, prouve clairement que le Directoire n'était pas disposé a laisser se constituer une monarchie, fût-ce même celle des d'Orléans. Elle fut un ordre pour le jeune prince. Le 15 août, il se préparait à partir; il écrivait au ministre de France à Hambourg qui la lui avait fait parvenir, pour le remercier. Il avait hâte de s'embarquer. Il mêla à ses adieux cette profession de foi :
€ J'ai toujours reconnu à la nation le droit de se donner une constitution à son gré. » Il regrette d'ailleurs, ne portant pas son nom et devant rester caché, de ne pouvoir se soumettre aux formalités édictées pour les Français résidant à l'étranger et réarborer à son chapeau la cocarde nationale, c ce signe de la liberté, que j'y ai porté si longtemps. »
Quelques semaines plus tard, il était aux États-Unis, y rejoignait ses frères, et grâce a la protection du gouvernement de l'Union, il entreprenait avec eux un long voyage à travers l'Amérique. La du<îhesse d'Orléans et ses filles s'étaient retirées à Barcelone.
I^es trois princes rentrèrent en Europe en 1800. En arrivant à Londres, ils allèrent faire leur soumission au comte d'Artois, et le 19 février, ils la faisaient au roi luimôme par la lettre que voici :
« Sire, nous venons nous acquitter envers Votre Majesté d'un devoir dont le sentiment est depuis longtemps dans nos cœurs. Nous venons lui oflrir le tribut d'hommages de notre inviolable fidélité. Nous n'essayerons pas de peindre à Votre Majesté le bonheur dont nous jouissons de pouvoir enfin lui manifester notre respectueux et entier dévouement à son Auguste personne, non plus que la prof onde douleur que nous ressentons que des circonstances à jamais déplorables, nous aient retenus aussi longtemps séparés de Votre Majesté et nous osons la supplier de croire que jamais à l'avenir, elle n'aura lieu de s'en ressouvenir. Les assurances pleines de bontés
qu'elles a daigné nous faire donner à plusieurs reprises nous ont pénétrés de la plus vive reconnaissance, et auraient redoublé notre impatience s'il eût été possible de l'augmenter. La grande distance où nous nous trouvions et l'inutilité des tentatives réitérées que nous avons faites pour revenir en Europe, sont les seules causes qui aient pu en retarder l'expression. Sachant, Sire, que la volonté de Votre Majesté est que nous lui offrions en commun le serment solennel de notre fidélité, nous nous empressons de nous réunir, pour la supplier d'en accepter l'hommage. Que Votre Majesté daigne croire que nous ferons consister notre bonheur à la voir convaincue de ces sentiments et notre gloire à pouvoir lui consacrer notre vie et verser jusqu'à la dernière goutte de notre sang pour son service. 3> Nous vous supplions, Sire, de nous permettre d'ajouter combien nous avons été pénétrés de l'accueil touchant que Monsieur a daigné nous faire. Nous en conservons toujours un souvenir profond et nous regardons comme un grand bonheur que l'expression de nos glorieux sentiments parvienne à Votre Majesté par son extrême bonté. »
A dater de ce jour, les princes d'Orléans reprirent leur rang dans la famille royale, associésàses douleurs et à ses rares joies. Ils protestèrent contre l'élévation de Bonaparte au trône impérial comme contre l'exécution du duc d'Enghein; ils donnèrent leur adhésion à la déclaration de Calmar, restant éloignés cependant de toutes les intrigues, de toutes les tentatives pour ameuter l'Europe contre la- France.
En 1807, le duc d'Orléans perdit ses deux frères. Il partit alors pour Palerme et y épousa en 1809 la fille du roi de Naples, celle qui devait être la reine Amélie de sainte mémoire. C'est dans l'épanouissement de son jeune bonheur que vint le trouver le 5 mai 1810, une lettre du roi d'Espagne qui l'invitait à aller prendre le commandement d'une armée qui se formait en Cataloga pour défendre cette province contre l'invasion française. En cette circons-
tance, soit qu'il obéit aux conseils de sa nouvelle famille, soit qu'il voulut donner à Louis XVIII des gages de son dévouement, il se décida à faire ce qu'il n'avait jamais fait jusque-là, et à combattre les soldats de Napoléon. Ln 5 juin, il arrivait à Tarragone, y était reçu comme un infant d'Espagne et se mettait aux ordres des Gortés. Mais, l'Angleterre s'était alarmée en apprenant qu'un Bourbon de la branche française allait être placé à la tète d'une armée où il pouvait acquérir une gloire nouvelle. Elle faisait savoir aux Cortés qu'elle les voyait avec déplaisir persévérer dans leur dessein et à la fin de septembre, le duc d'Orléans était contraint de s'embarquer pour l'Angleterre. C'est de là qu'il regagna Palerme où il vécut oublié jusqu'en 1814. Dans les papiers cVun Eynigrè^ M. de Guilhermy donne de curieux détails sur la vie du prince, pondant son séjour à Londres ot à Palerme,
(Page 171)
Dociiinciits relatifs iiu iiiai*ia£i:e du Duc d'Angoulème avec Mme Royale , fille de lioui!^ XVI (1799).
{Contrat de mariage et correspondance).
Monsieur le Comte,
J'ai l'honneur d'adresser à Votre Excellence par M. le marquis de la Ferté les deux originaux du contrat de mariage de LL. AA. RR. Monseigneur le duc H'Angoulême et madame la Duchesse d'Angoulême, (jue TEmpe- •reur a bien voulu promettre de signer, ainsi que d'ordonner le dépôt d'un de ces actes au Sénat de son Empire. Votre Excellence observera que la première demi-page de la feuille est réservée pour la signature de sa Majesté Impériale.
Je prie Votre Excellence de vouloir bien me renvoyer par voie sûre celui des deux actes auquel est jointe la lettre originale de Monsieur, frère du Roi à S. M. J'ai l'honneur d'être avec des sentiments distingués. Monsieur le Comte,
De votre Excellence, Le très humble et très obéissant sénateur. Le comte de Saint-Priest.
Mitau, le 8-19, juin 1799.
S. E. M. le Comte de Kotschoubey.
Sire, mon Frkre i:t Seigneur,
Je supplie Votre Majesté de recevoir avec bonté l'hommage de ma vive et respectueuse reconnaissance pour le consentement qu'elle a bien voulu accorder au mariage de mon fils aîné le Duc d'Angoulème avec madame Thérèse, fille du feu Roi, notre frère, et pour tous les soucis qu'elle a daigné se donner dans la vue de former et de hâter une union si convenable sous tous les rapports et si propre à assurer le bonheur des deux époux.
Mon entière confiance dans Votre Majesté est un sentiment qui m'est dicté par mon cœur autant que par mon devoir : j'ose donc la prier de permettre que je m'en rapporte entièrement à son amitié pour moi, et à sa tendresse pour les jeunes époux, pour fixer le lieu, l'époque du mariage et pour en régler toutes les conditions.
Le service de Votre Majesté m'obligeant à me tenir pour le moment, éloigné d'elle, je la prie d'approuver que je m'engage par cette lettre à ratifier d'avance tout ce qu'elle croira devoir régler et arranger pour ce mariage, et à le ratifier ensuite par ma signature.
Le ciel bénira une union devenue sacrée par nos malheurs, et la famille dont Votre Majesté est le chef recevra la seule consolation dont elle soit susceptible.
Il ne me reste plus qu'à conjurer Votre Majesté de daigner considérer les jeunes époux comme ses propres entants et de croire que toutes les facultés de mon cœur et de mon âme sont et seront dévouées à son service jusqu'à la mort.
Je suis avec le plus profond respect,
Sire, mon Frère et Seigneur, De Votre Majesté,
Le très humble, très oljéissant et très affectionné frère sujet et serviteur.
Charles Philippe,
Edimbourpr, le 20 avril 1796.
Sur l'enveloppe il y a :
Au Roi mon Seigneur et Frère.
Expédition collationnée sur l'original de la dite lettre, entièrement écrite de la main de Monsieur, par nous Comte deSaint-Priest, ministre et secrétaire d'État... etc.. En témoin de quoi nous avons signé la présente et y avons fait apposer notre sceau.
Le Comte DE Saint-Priest
Au nom de la très sainte Trinité, Père, Fils et Saint- Esprit, amen.
L'an mil sept cent quatre-vingt-dix-neuf, et le neuvième jour du mois de juin répondant au vingt-neuvième jour du mois de may du style suivi dans l'Empire de Piussie, après-midi.
En présence de Leurs Majestés le Roi et la Reine.
Ont été personnellement constitués très haut, et très puissant Prince Monseigneur Louis-Antoine D'Artois, Duc d'Angouléme, petit-fils de France, fils mineur du très haut et très puissant Prince Monseigneur Charles Philippe de France (Monsieur) fils de France, frère du Roi, et de très haute et très puissante Princesse Madame Marie-Thérèse de Savoye (Madame), D'une part.
Très haute et très puissante Princesse Madame Marie- Thérèse-Charlotte de France, fille de France, fille mineure de très haut, très puissant et très Excellent Prince feu Louis XVI" du nom. Roi de France et de Navarre, et de très haute, très puissante, et très excellente Princesse feu Marie-Antoinette-.Toseph-Jeanne de Lorraine, Autriche, Reine de France et de Navarre, D'autre part.
Lesquelles hautes parties contractantes procèdent savoir :
Monseigneur le Duc d'Angouléme, sous l'autorité et du
coiiseiitenieiit du Roi son oncle, et de celui de son père (Monsieur) représenté par le Roi, en vertu de la procuration donnée à Sa Majesté par lettre missive datée d'Edimbourg le vingt avril mil sept cent quatre-vingtseize, et encore du consentement de sa mère (Madame) dont Sa Majesté et les hautes parties contractantes ont connaissance.
Et Madame Marie-Thérèse-Gharlotte de France, aussi sous Fautorité et du consentement du Roi son oncle et son tuteur.
Ont promis s'épouser en légitime mariage suivant les lois et les cérémonies de l'Église catholique, apostolique et romaine, les Prince et Princesse, futurs époux, ayant obtenu de notre Saint-Père le Pape la dispense de l'empêchement du second degré de consanguinité, selon le bref de sa Sainteté du troisième février mil sept cent quatre-vingt-seize, signé Be7iediclus Starjy enregistré en la chancellerie de Tofficialité g/mérale de Livonie et de Courlande à Mitau le (sixième) dix-septième mai de la présente année, suivant l'attestât du Révérend François - Xavier Goldberger, prélat, prévôt de la cathédrale de Livonie, vicaire au spirituel, et officiai général de Livonie et de Courlande.
Et attendu que les circonstances ne permettent pas de stipuler actuellement dans le présent contrat de mariage les conventions et dispositions qui devraient naturellement s'y trouver, le Roi et la Reine, le Prince et la Princesse futurs époux, tant en leur nom qu'au nom de Monsieur et de Madame, frère et belle-sœur du Roi, et, en celui de toute la famille Royale se réservant la pleine et entière faculté de faire dans des temps plus convenables après la célébration du mariage toutes les conventions, dispositions et stipulations qu'elles jugeront à ])ropos, tant en ce qui regarde le Prince et la Princesse, futurs époux et les enfants à naître de leur mariage que leurs parents, même en cas de non existence d'enfants ; notamment les donations mutuelles ou pures et simples que le Prince et la Princesse futurs époux jugeraient à propos de se faire dans la suite, l'un au profit de l'autre ;
et toutes institutions contractuelles au règlement de famille, stipulations de joyaux nuptiaux en faveur de la Princesse future épouse, augmentation de sa dot, constitution en sa faveur d'un douaire préfix, hypothéqué de la dot et son douaire, et tous les autres dons et avantages dont les dits Prince et Princesse futurs époux ainsi que leurs enfants à naître pourraient être Tobjet, voulant et entendant que les dites conventions et stipulations ayent la même force et valeur que si elles eussent été faites et écrites dans le présent contrat.
Et pour mieux assurer l'eftet des droits et facultés réservés par la clause ci-dessus, ainsi que la valadité des conventions et dispositions qui seront faites en consé(|uence, le Roi promet en Foi et parole Royale de donner tous édits et déclarations, ou lettres-patentes dérogatoires à toutes lois, usages et coutumes qui seraient ou pourraient être contraires à la dite réserve et aux dispositions qui en seraient la suite.
Ce fut fait et passé en double original et lu à leurs Majestés le Roi et la Reine, à Son Altesse Royale Monseigneur le Duc d'Angoulême et à Madame Marie- Thérése-Gharlotte de France, futurs époux , o.ans le cabinet du Roi, au château de Mitau en Gourlande par nous Comte de Saint-Priest, lieutenant général des armées du Roi, chevalier de l'Ordre Royal et militaire de Saint- Louis, de l'ordre Impérial de Russie, première et troisième classe et honoraire de celui de Saint-Jean de Jérusalem, ministre et secrétaire d'État de Sa Majesté.
En présence de son Eminence M. Louis-Joseph de Montmorency-Laval premier baron Chrétien, cardinalprêtre de la sainte Église romaine, évêque de Metz, prince du saint Empire, grand aumônier de France, commandeur de l'ordre du Saint-Esprit, etc., etc.; de M. André-Hercule-Mai'ie-Louis de lioUet de Fleury, duc et Pair de France, premier gentilhomme de la chambre du Roi, colonel de Dragons, chevalier de l'ordre Royal et militaire de Saint-Louis; de M. Louis-Alexandre-Céleste d'Aumont, duc de Villequier-Aumont, premier gentilhomme de la chambre du Roi, lieutenant général
RXDANT LA RÉVOLUTION 351
des armées de Sa Majesté, chevalier de ses ordres, etc,etc, ; de M. Louis Joseph-Augustin, comte de Mailly, marquis de Nesle, premier écuyer de la Reine, maréchal des camps et armées du Roi, chevalier de l'Ordre Royal et militaire de Saint-Louis et honoraire de celui de Saint-Jean de Jérusalem; de M.Alexandre-François-Marie Lefilleul, comte de la Chapelle, maréchal des camps et armées du Roi, commandeur de l'Ordre Royal et militaire de Saint- Louis; de M. François-Artus-Hyacinthe Timoléon de Gossé-Brissac, comte de Cossé, capitaine colonel des Gent-suisses de la Garde de Sa Majesté, maréchal des camps et armées du Roi, chevalier commandeur des ordres royaux militaires et hospitaliers de Saint- Lazare, de Jérusalem et de notre Dame de Mont-Garmel, chevalier de Tordre Royal et militaire de Saint-Louis, baron de Graon Gounord, etc., etc. ; de M. Antoine- Louis-Marie de Gramont, duc de Guiche, capitaine de la première et plus ancienne compagnie française des gardes du corps du Roi, maréclial des camps et armées de Sa Majesté, chevalier de l'ordre Royal et militaire de Saint-Louis ; de M. Antoine-Louis-François de Béziade, comte d'Avaray, capitaine de la compagnie Écossaise des gardes du Roi, maréchal des camps et armées de Sa Majesté, chevalier de l'ordre Royal et militaire de Saint-Louis; de M. Henry EssexEdgeworth de Firmont, vicaire général du diocèse de Paris, aumônier et confesseur du Roi; de M. Josepli-Francois-Marie, prêtre de la maison et société de Sorbonne, abbé de Saint-Amand de Boixe, ci-devant sous-précepteur des enfants de Monseigneur comte d'Artois, premier aumônier de Son Altesse Royale Monseigneur le Duc d'Angoulême.
Et comme très haut, très puissant et très excellent Prince l'Empereur de toutes les Russies a bien voulu déclarer qu^en témoignage de la satisfaction que sa Majesté Impériale éprouve du présent mariage qui a été favorisé de sa puissante intervention, elle apposerait sa signature au présent contrat et ferait déposer l'une des deux minutes qui en ont été faites, dans les archives de