LOUIS XVIII A PAUL I
Mitau, 8 avril 1799.
Monsieur MON Frère et Cousin,
Après un si grand objet, comment attirer les regards de Votre Majesté Impériale sur les besoins qu'entraîne ma situation? La nécessité m'y contraint cependant et j'obéis à ses dures lois. Mon existence, celle de ma famille et de tant de sujets fidèles, sont des bienfaits de Votre Majesté Impériale, ils me sont d'autant plus chers, que je les dois autant à l'amitié de Paul I" qu'à la grandeur d'àmc du plus puissant des souverains, et je ne Pimportuneraipoint pour en avoir de nouveaux. Mais elle le sait, lorsqu'elle se détermina à être si généreuse à mon égard, elle voulut par son exemple et ses sollicitations exciter d'autres souverains à en agir de même et ne prétendit, si j'ose m'exprimer ainsi, que fournir son contingent dans le traitement qu'elle avait jugé devoir m'être fixé. Je sais qu'elle a renouvelé à cet égard, ainsi qu'à celui des droits successifs de ma nièce, ses instances
auprès de la cour de Vienue et je la plie d'en recevoir tous mes remerciements. Mais le ministère Lritannifpie a déclaré à mes agents que, me trouvant dans les États de Votre Majesté Impériale, il n'entend plus fournir à mes dépenses personnelles, ainsi qu'il avait fait, de temps en temps, pendant que j'habitais l'Allemagne et l'Italie.
Je ne ferai point de réflexions sur cette déclaration ; si j'étais seul, je supporterais ce refus et, me renfermant dans les bienfaits de Votre Majesté Impériale, je vivrais bien plus satisfait, ne devant rien qu'à elle. Mais j'ai une famille nombreuse dont la réunion va multiplier mes charges; je suis obligé de soutenir mon neveu le duc de Berry, à l'armée de Votre Majesté Impériale, et indépendamment de ces dépenses forcées, rendues plus pesantes encore par la perte que la diflerence des monnaies fait éprouver dans ces pays aux papiers roubles qui n'y ont pas cours comme dans le reste de l'Empire, puis-je fermer l'oreille aux cris de tant de malheureux qui ne le sont que par leur fidélité ? Ce n'est pas la moindre de mes peines, de ne pouvoir les soulager tous, mais il en est que je ne puis abandonner, et, pour en citer quelques exemples à Votre Majesté Impériale, je lui parlerai seulement de Mme la comtesse de Marsan ma gouvernante, ma seconde mère, dont les soins ont cent fois sauvé mes jours pendant une enfance très pénible et qui, sans les secours que Votre Majesté Impériale a daigné deux fois lui accorder, seraitàprès de quatre vingts ans, réduite à la mendicité; ainsi que la famille de M. le Maréchal de Gastries, guerrier aussi respectable qu'homme vertueux et sage ministre, qui est entouré d'une famille nombreuse, enfants, petitsenfants, neveux; des enfants, petits- enfants de M. de Malesherbes ce généreux défenseur du plus infortuné des rois, etc.
Je crois entrer dans les vues de Votre Majesté Impériale, en m'adressant directement au roi d'Angleterre et, en conséquence, je lui écris la lettre dont je prends la liberté de joindre ici une copie. Mais ni cette démarche, ni celles que j'ai ordonnées à mes agents de renouveler auprès des ministres de Sa Majesté Britannique, n'auront
leur plein effet, si je n'ai l'uppui de Votre Majesté Impériale. J'ose donc le prier, d'ordonner ù son amljiisscideur ù Londres, de faire de nouvelles et plus vives instances auprès de cette cour pour qu'elle imite l'exemple qu'elle lui a donné. Cependant, les voyages de la Reine et de ma nièce et leur établissement ici m'ont occasionné des Irais, (jui me mettent pour le moment dans un grand embarras et ne me permettent pas d'attendre ce que l'Angleterre jugera à propos de faire. Votre Majesté Impériale peut seule y subvenir à temps, non par de nouveaux bienfaits, mais en ordonnant que l'on m'avance, dès à présent, la moitié du prochain semestre à reprendre sur les deux suivants. Eu même temps, j'ose la conjurer de prendre en considération la position du duc de Berry et, en attendant qu'elle daigne lui accorder un traitement qui le mette en état de se soutenir, d'ordonner qu'on lui paye les 18 mois échus du traitement qu'elle a bien voulu lui fixer jusqu'à présent.
Je prie etc., etc.
Louis.
LOUIS XYUl AU HOI D'ANGLETERRE GEORGES III Copie envoyée par Louis XVIII à Paull^^
Mitau, 8 avril 1790.
Monsieur mon FuÈue et Cousin,
La générosité de Votre Majesté est trop connue, mes sujets mallieureux et fidèles en ont trop ressenti les efl'ets.
je les ai trop éprouvés moi-même, pour que j'hésite à y recourir de nouveau.
Sa Majesté l'Empereur de toutes les Russies, en m'accordant un asile comme Votre Majesté en a accordé un à mon frère, y a joint un traitement digne de sa grande âme. Mais, ce traitement qui suffit pour moi seul, ne peut subvenir aux besoins de ma famille, dans le moment surtout, où, par l'effet de rintérêt de sa Majesté Impériale, la plus grande partie s'en réunit autour de moi, ni de tant d'infortunés, dont je suis le premier père.
Ce seroit une trop grande indiscrétion à moi de lui demander de l'augmenter, mais, encouragé par les démarches que ce prince persuadé des vérités que je viens d'exposer à Votre Majesté a déjà faites auprès d'Elle et par les sentiments dont elle m'a donné tant de preuves et d'assurances, je m'adresse à Elle, en pleine confiance. Je la prie de prendre en considération ma position, ma nombreuse famille, les besoins toujours croissants de ces malheureux qui ont tout quitté pour rester fidèles et qu'il est si cruel pour moi d'être forcé de laisser languir dans la misère. Que le cœur de Votre Majesté s'arrête à cette idée et, j'en suis sûr, Elle ne refusera pas à l'instante prière que je lui fais de m'accorder un traitement annuel. Ce bienfait ajouterait à la reconnaissance que je dois à Votre Majesté, mais rien ne peut accroître les sentiments d'estime et d'amitié sincères, avec lesquels je suis, monsieur mon frère et cousin, etc.
Louis.
PENDANT LA RKVOLUTION