LES BOURBONS ET LA RUSS'E
château appartenant au duc de Brunswick. Mais, ce prince ne l'offrit pas ; on n'osa le lui demander. C'était bien assez qu'il tolérât le séjour du comte de l'Isle dans ses États, en feignant de l'ignorer. On redoutait d'éveiller ses susceptibilités; on s'en tint à la maison du brasseur. C'est là que le comte de l'Isle allait vivre et qu'il reçut, pendant dixhuit mois, les rares Français qui venaient se concerter avec lui, vêtu « d'un habit bleu fort sec, d'une veste et culotte noire râpée, mais l'air très affable. »
ABlankenberg, comme à Vérone, comme à Riégel, comme à Dillingen,la politique, un moment négligée dans les émotions d'une fuite rapide elles soucis d'une précaire installation, reprit bientôt ses-droits. Entre les agents de Paris etlacourproscrite,il s'agissait de savoir si Louis XVIII persisterait à vouloir rétablir l'ancien régime, comme il n'avait cessé de le dire, ou si, pour faciliter sa restauration, il prendrait, ainsi qu'on le lui conseillait, rengagement de se rallier à un système de royauté constitutionnelle, soit à titre définitif, soit à titre transitoire, si une fois rétabli sur son trône, il jugeait préférable de revenir aux habitudes du passé. Ce système, fondé sur un équitable accord des idées nouvelles, nées de la Révolution, et 'des idées anciennes, était celui des agents de Paris qui connaissaient la France.
Pichegrii lui-même le considérait comme le meilleur, comme le seul réalisable : « Si le souverain légitime, disait-il, voulait cesser de parler de l'ancien régime dans toute sa pureté, il n'est pas douteux qu'un peu plus tôt ou plus tard, tous les individus bien pensants de tous genres, de tous partis, pourraient se rallier autour de son drapeau. »
Ilétaitd'autant plus urgentde se décider que si d'une part, depuis thermidor, la cause royaliste avait fait des progrès en France, d'autre part, des factions dissidentes s'étaient créées, les unes soutenant la nécessité de donner la couronne au duc d'Orléans, sans s'être informé d'ailleurs s'il l'accepterait, les autres disposés à faire appel à quelque prince étranger.
Mais, la cour de Blankenberg ne voulait pas revenirsurses précédentes déclarations. Les conseillers du roi, plus encore que lui-même, La Vauguyon surtout, s'opposaient à toute concession. Ils ne rêvaient qu'aux moyens de rallumer la guerre civile en Vendée et dans le Midi, en y employant les nombreux émigrés rentrés en France depuis la chute de Robespierre.
Cependant, la physionomie des événements parut bientôt se modifier assez pour ranimer les espérances des royalistes. A la suite de la rupture de l'armistice sur le Rhin, pendant les six