‹ Les bourgeois aux champsChapitre 17 sur 60 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

MADAME PATIN, puis M. PATIN.

MADAME PATI5. — Elle sc trompc fort, mademoiselle Verjus, si elle se figure que je lui céderai jamais.

PATiiVj en dehors. — Je n'en sais rien encore,

si je dînerai ici; nous verrons ça plus tard. (Entrant.) Tiens, le voilà, ma femme! Je le croyais sorlie.

MADAME PATIN. — J'alinls effcclivemcnl sortir; j'avais mon chapeau , quand il m'est venu du monde.

PATIN. -- Je viens de rencontrer mademoiselle Verjus; c'est toul au plus si elle a daigné me regarder.

MADAME PATIN. — Elle sort d'ici furieusc.

PATIN. — Ail ! bali !

MADAME PATIN. — Jccrois qu'elle n'y reviendra pas de sitôt.

PATIN. — Conte-moi donc ça.

MADAME PATIN. — Toujours au sujct dc madame Simier, qu'elle a en abomination.

PATIN. — Elle est méchante comme un démon.

MADAME PATIN. — Nous avons parlé de la bonne de madame Duret, lu sais, qu'elle lui a prise et qu'elle n'a pas gardée? Je ne sais pas qui de nous deux a commencé à en venir sur ce chapitre-là ; mais je ne lui en ai pas moins dit ma façon de penser.

PATIN. — El lu as bien fait; ce n'est pas la première fois que pareille chose lui arrive. Tiens, ne me parle pas de toutes ces vieilles fiUcs-Ià ; !a meilleure n'en vaut rien.

MADAME PATix. — Tu s.iis quc JG nc nie soucinis pas (lu tout de faire sa connaissance ; c'est madame Pavillon qui m'en a engeancée.

PATix. — Elle s'est encore joliment conduite avec madame Pavillon; parlons-en.

MADAME PATIN. — Avcc madame Pavillon, avec madame Camisard, avec madame Froger, avec toutes les personnes qui ont eu la sottise de la recevoir ; mais je crois Iden qu'entre elle et moi, c'est une affaire...

PATIN. — Toisée? Je n'en répondrais pas.

MADAME PATIN. — Eli bicu, S'il faut rccommcncer, nous recommencerons; rien ne me coûtera pour m'en débarrasser.

PATIN. — Et tu feras bien.

MADAME PATIN. — D'OIJ VieUS-tU ?

PATIN. — De cliez Poireau ; j'ai vn son cabriolet.

MADAME PATIN. — Qucl cabriolel?

PATIN. — Est-ce que je ne t'ai pas dit, hier au soir en nous couchant, que nous devions déjeuner ce matin avec Poireau?

MADAME PATIN. — Eu vollà la première nouvelle.

PATIN. — Et qu'il devait me montrer le cabriolel qu'il venait d'acheter?

MADAME PATIN. ~ C'csl possiblc, je ne m'en souviens pas.

PATIN. — Un joli cabriolet, ma foi, pas cher,

MAOAME PATIN. — Tu sais I)ien, après ça, qu'il ne faut jamais s'en rapporter à ce que fon vous dit dans celte maison-là ; à les entendre, ils ont tout pour rien; aussi al-je fini par ne plus rien dire quand il m'arrivc d'acheter quelque chose, parce que j'ai toujours l'aird'unesoltequi s'cstfait mettre dedans; mais ce que je le dis là, lu le sais aussi bien que moi.

PATiiv. — Non, je crois qu'il lui coûte réellement ce qu'il m'a dit, son cabriolet.

MADAME PATIN. — Et qucI grand besoin a-l-il donc d'un cabriolet?

PATIN. — Pour aller et venir, le cheval le fatiguait trop.

MADAME PATIN. — Mais n'avait-il pas déjà une voiture?

PATIN. — Tu veux dire une carriole; c'élail affreux.

MADAME PATIN. — Ma foi, à leur place, je m'en serais encore bien longtemps contentée. Je ne vois pas qu'ils soient déjà si grands seigneurs pour ne pas aller en carriole; la grand'mère de M. Boireau était tout uniment femme de charge au château du Coudray; elle, madame Boireau, n'est pas de ce pays-ci, je ne sais d'où elle vient; mais je ne la crois pas non plus sortie de la cuisse de Jupiter, comme

dit M. Caniel. Non, c'est plus fort que soi, on veui toujours sauter plus haut que les jambes, et on finit parfaire des solUses. C'est l'affaire de M. Clairon, qui aclielait des équipages aussi, et qui, à cette heure, est bien forcé d'aller à pied, le pauvre cher homme. A propos, esl-ce que tu comptes y prendre tous tes repas, chez M. Boireau, que lu as dit en entrant à la bonne que lu ne savais pas si tu dînerais à la maison?

PATIN. — Non, j'avais comme envie d'aller demander à diner à ion frère; il fait beau, nous serions revenus ce soir au clair de lune. C'est une partie à faire; qu'en dis-lu?

MADAME PATi?f. — Bien Obligé! Ma sœur est toute la semaine dans salessiveje n'irai pas choisir un moment comme celui-là. J'avais une tout autre idée, moi : c'était, ce soir, après le dîner, d'aller voir un peu madame Durci; je lui ai fait dire ce malin par son mari, qui est venu nous voir, que j'irais bientôt; si tu veux, nous irons.

PATo. — Depuis quand donc t'amuses-lu chez madame Duret?

MADAME PATIN. — Si OU ne vovait jamais que les gens qui vous amusent, on ne risquerait rien do rester souvent chez soi ; au surplus, je disais ça pour te faire faire quelque chose; tu sais bien que, quand tu restes après ton dîner à la maison, lu

l'endors, et qu'à sept heures lu es dans ton lit; c'est tout ça qui l'engraisse et qui fait que l'on passe sa vie à élargir tes culolles.

PATIN. — ïu vois bien que je n'aime pas plus qu'il ne faut à restera la maison; la preuve, c'est que je te proposais d'aller chez Ion frère, el que c'est loi qui refuses d'y venir.

MADAME PATIN. — Jc l'ai dit le pourquoi; mais que n'y vas-tu? qui l'en empêche? Ne fais donc pas l'enfant; comme tu n'irais pas bien sans moi, n'esl-ce pas, si ça le faisait plaisir? Oh! que je te connais bien! Tiens, vois-tu, lu ris dans ta barbe, vieux monstre ; je parierais que vous avez projeté, avec ton M. Boireau, de dîner ensemble, puis d'aller essayer tantôt le nouveau cabriolet. Est-ce la vérité? dis-le!

PATIN. — Eh bien, oui, puisque tu l'as deviné.

MADAME PATIN. — Pourquoi alors me demander si je veux aller chez mon frère? à quoi bon toutes ces petites cachotteries-ià ? Tu vois bien que je finis toujours par tout savoir.

PATIN. — Aussi ne te caché-je jamais rien.

MADAME PATIN. — Le bcau mérite! quand lu ne peux faire autrement. Ah çù! dis-moi, lu n'as pas vu madame Simier, dans les courses?

PATIN. — Si fait, je l'ai rencontrée tantôt avec la petite madame Martin.

MADAME PATO. — Nous en parlions il n'y a

qu'un inslanl nvec mademoiselle Verjus, de madame Marliu; je ne pouvais pas venir à bout de trouver son nom. Est-ce qu'elle serait sur son départ?

PATi>'- — Il n'en a pas été question. Ah eh ! dis donc, il paraît que le maître clerc de M. Denis lui fait la cour.

MADAME PATIN. — On dit ça dc toutcs Ics femmes, quand un jeune homme vous a deux fois donné le bras; il n"en faut pas davantage. Cette petite femme-là est peut-être un peu inconséquente, un peu légère, c'est de son âge ; mais je la crois fort honnête, et c'est très-mal à vous, monsieur Patin, de chercher à vouloir faire penser le contraire.

PATi:^. — Je n'invente rien : je ne fais que répéter ce que dit tout le monde.

MADAME PATix. — Tout Ic uiondc dit des sottises alors, puisque tu le prends sur ce ton-là... Mais que je ne te retienne pas; lu dois être impatient d'aller trouver ton cher ami. A ton aise, monsieur Patin, ne te gêne pas, ne fais pas de cérémonies avec moi, je t'en prie.

PATIS. — Tu n'as rien à me faire fair»?

MADAME PATi>-. — Ricu, quc dc tc prier dc ne pas bavarder à tort et à travers, comme lu fais ordinairement.

PATI5. — Eh bien, adieu.

MADAME PATo. — N'ollez loujoiips pas faire (Ic nuilheui's avec votre cabriolet ; prcnds-y garde, lu n'est guère adroit, mon pauvre homme.

PATIN. — Sois tranquille, ma pauvre femme.

MADAME PATiiv, rappelant son mari. — Dis donc.

PATIN. — Tu m'appelles?

MADAME PATIN. ■— Prie donc ton M. Boireaii, si toutefois ça ne le gène pas trop, d'ôter son chapeau quand il passe auprès d'une dame : il l'oublie toujours.

PATIN. — Tu ni'étonnes.

MADAME PATIN. — Dls-lc-lui, dans son intérêt. Adieu; bonne chance, monsieur Patin.

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