MADAME PATIN, MADEMOISELLE VERJUS
MADAME PATIN. — Au foud. Il csl bon homme, ce M. Duret.
MADEMOISELLE VERJUS. — Mais ciinuycux comme li) pluifi; avec loutes ses maladies.
MADAME PATipj. — Du l'csle, il ii'u jamais eu de
VOlOIllCs.
MADEMOISELLE VERJUS. — Madumc Durct y a mis bon ordre.
MADAME PATIN. — CfOyeZ-VOUS?
MADEMOISELLE VERJUS. — SI je le CFols ! il n'y a pas de femme plus liautaiiie et plus impérieuse que madame Duret; il faul, dans sa maison, que tout plie devant elle.
MADAME PATIN. — D'oi!i savcz-vous Ça?
MADEMOISELLE vcRjLs. — Dc Mancllc, de cette domestique qui sortait de chez elle, que j'ai eue cliez moi un instant, et que je n'ai pas gardée; c'est même en partie cela qui nous a fâchées.
MADAME PATIN. — Vous êtcs donc fâcliées?
MADEMOISELLE VERJUS. — C'esliVdire nous sommes en froid depuis cette époque-là; lorsque nous nous rencontrons, nous nous demandons de nos nouvelles, mais nous ne nous voyons plus.
MADAME PATIN. — Dauic, écoutcz donc, il y a bien de quoi.
MADEMOISELLE VERJUS. — Comment l'enlendezvous, madame?
MADAME PATIN. — C'CSt tOUt SlmpIC; Sl VOUS
allez lui enlever ses bonnes, on se fàclierait à moins.
MADE>toisELLE VERJUS. — D'aboFil, madame, je n'ai jamais enlevé de bonnes à personne, je vous prie de le croire; au moment où je me suis trouvée satis domestique, le basard m'ayant fait rencontrer cette fille, qui était libre, je l'ai arrêtée. Quant au reproclie que vous sembicz m'adresser...
MADAME p.\Ti>". — Jc PC VOUS fajs pas de reproclie...
MADEMOISELLE VERJUS. — Je ne le mérite pas. Je dirai même plus, c'est qu'en admettant que madame Duret ait pu me croire capable d'un aussi mauvais procédé que celui-là, je ne sais pas si, la première, je n'eusse pas dû m'en formaliser...
MADAME PATIN. — Ab ! bab !
MADEMOISELLE VERJUS. — Oui , madame, et prendre Tinitiative.
MADAME PATIN. — Qui VOUS dit aussi qu'elle n'a pas cru que vous vous entendiez ensemble?
MADEMOISELLE vERjis. — Il faudrait pour cela, madame, qu'elle eût de moi une bien triste opinion.
MADAME PATIN. — Jc n'en sais rien, elle ne me l'a pas dit; je ne savais pas même que vous fussiez en froid : toujours est-il qu"il faut qu'elle ait eu vent de quelque chose, puisque vous dites vousmême que, depuis cette époque, vous ne vous voyez
plus... VOUS me l'avez dit, je n'ai pas été l'inventer. Je sais Lien, quant à moi, que je ne serais guère flattée qu'on m'enlevât mes domestiques.
MADEMOISELLE vERjcs. — Mais j'ai BU l'iionneur de vous dire, madame, que je ne la lui avais pas enlevée, que je l'ai arrêtée, celte domestique, après m'être moralement convaincue qu'elle ne lui appartenait plus.
MADAME PATIN. — Cc quï u'empêclie que madame Simier, madame Pavillon, madame Camisard, toutes ces dames, enfin, se le sont figuré.
MADEMOISELLE VERJUS. — Jc croyals, je vous l'avouerai, être mieux appréciée de toutes ces dames.
MADAME PATIN. — OÙ diable aussi avez-vous été prendre cette bonne?
MADEMOISELLE VERJUS. — J'ai eu le grand tort, madame, je le confesse, de ne pas être venue prendre votre avis.
MADAME PATIN. — Si VOUS Ic prcucz sur ce ton-là, jc ne crois pas que vous eussiez eu déjà si grand tort de le faire.
MADEMOISELLE VERJUS. — JS VOUS SUlS Obligée,
madame, de la leçon que vous avez bien voulu me donner.
MADAME PATIN. — Il u'v a Vraiment pas de quoi.
MADEMOISELLE VERJUS. — Mais, pardon, je m'aperçois qu'il y a déjà très-longtemps que je vous suis importune...
MADAME PATI5. — Commcnt donc! vous badinez...
MADEMOISELLE vEP.jts. — Je vais avoif Tljonneur de prendre congé de vous.
MADAME PATn". — Quoiîdéjà?
MADEMOISELLE vERius. — Ouj, madnme: il est de certaines personnes qu'il ne faut pas voir trop souvent ; vous venez de me le faire sentir de façoîs à ne pas m'y méprendre dorénavant : aussi espéré-je, madame, ne pas mériter de sitôt ce reproche.
MADAME PATi>. — Vous ovcz tort de prendre ainsi la mouche, mademoiselle.
MADEMOISELLE VERJUS. — C'cst possibic, madame; je n'en suis pas moins votre très-bumble servante.