‹ Les bourgeois aux champsChapitre 19 sur 60 · MADAME PATIN, ADÉLAÏDE · texte numérisé non relu

MADAME PATIN, ADÉLAÏDE

ADÉLAÏDE. — Qu'est-ce que vous voulez? Me voilà. Vous êtes toujours à m'appeler quand je fais quet'cliose.

MADAME PATIN. — Que faisais-tu?

ADÉLAÏDE. — Je donnais à manger à la fauvette, puisque vous voulez tout savoir.

MADAME PATIN.— Dis donc,je suis brouillée avec mademoiselle Verjus.

ADÉLAÏDE. — Que le ciel vous entende !

MADAME PATIN. — C'est au sujct dc la bonne à madame Duret.

ADÉLAÏDE. — Elle lui a fuit un joli sort, à cette pauvre Manette : elle lui a fait quitter un joli service, et, huit jours après, qu'est-ce que je dis? pas iiuit jours ! elle avait son compte.

MADAME PATIN. — Elle esl sortic d'ici furieuse.

ADÉLAÏDE. — Elle est si mauvaise! Sans compter qu'elle voulait m'en faire autant comme ù Mu nette.

MADAME PATIN. — Comment! t'aurait-elie fait des propositions?

ADÉLAÏDE. — Et de belles, allez ; mais que je ne donne pas là dedans, pas si bète.

MADAME PATIN. — Et tu as bien raison.

ADÉLAÏDE. — Que je ne jette pas comme ça à mes pieds ce que j'ai dans mes mains.

MADAME PATIN. — Et Comment s'y est-elIc prisc avec toi?

ADÉLAÏDE. — Je ne m'en souviens plus, il y a déjà longtemps : que je serais mieux avec elle, que vous étiez ridicules, vous et monsieur...

MADAME PATIN. — Commcnt a-l-elle osé dire ça?

ADÉLAÏDE. — Que VOUS n'éticz jamais contents, qu'à Paris vous sangiez de domestiques tous les huit jours.

MADAME PATIN. — Elle cu a mcntl ! elle ne nous connaît que depuis que nous sommes ici, et Dieu merci...

ADÉLAÏDE. — C'est unc belle connaissance que vous avez fait là.

MADAME PATIN. — NoH, ccrtcs ! Et quc l'a-t-elle dit de monsieur?

ADKLAiDE. — Jc iic m'on souvicns plus, mais pas de bien, toujours.

MADAME PATijr. — De luI, jc nc dis pas, il ne l'a jamais beaucoup aimée, et, quand M. Patin n'aime pas les gens, il ne se gène pas pour le cacher; mais, moi, que lui ai-je fait, à cette femme?

ADÉLAÏDE. — Laissez-la donc pour ce qu'elle vaut, el ne vous en inquiétez pas.

MADAME PATi>". — Je YCux savoir ce qu'elle a pu dire de moi.

ADÉLAÏDE. — Tenez, regardez donc, madame, voilà une voiture qui entre dans la cour.

MADAME PATIN. — Qucllc csl cettc volture?

ADÉLAÏDE. — C"est madame Bonnet avec sa demoiselle, et puis encore une autre dame... Que de monde! regardez donc.

MADAME PATIN. — Madame Bonnet fait donc ses visites en voiture, à présent?

ADÉLAÏDE. — C'est qu'cUcs auront été en campagne, quelles ont leur voiture. Tenez, la voilà qu'elle dit à Joseph qu'il s'en retourne avec. Le voyez -vous qui s'en va?

MADAME PATIN. — Retlre-loi de la croisée; je suis censée ne pas les avoir vues.

ADÉLAÏDE. — Je vas Ics faire entrer. {Elle sort.)

Page 1