MADAME PATIN, MADAME BONNET, MADAME CORNU
MADAME BONNET. — Ou dit bcaUCOUp dC CllOSCS
sur le compte de cette petite dame Martin.
MADAME PATIN. — Eli véritc^... Jo YOUtli'ais vous voir ôtcr vos clinpeaux.
MADAME BONNET. — N'y failcs pas allenlion, je vous prie. Oui, madame, on parle beaucoup de cette dame.
MADAME PATIN. — Cc que p.ion mari me disait tantôt serait donc vrai?
MADAME BONNET. — Quc VOUS dlsait M. Patin?
MADAME PATIN. — Mais quc le maître clerc de M. Denis iui faisait la cour.
MADAME liONNET. — Ail ! Vraiment?... Dis donc, madame Cornu, c'est bien ce que je le disais.
MADAME PATIN. — Je ne VOUS l'afTirmerai point
MADAME BONNET. — Je Ic crois bicu ! cescliosos-là, lieureusement, ne sont jamais évidentes. Mais on va plus loin encore.
MADAME PATIN. — Comment?
MADAME BONNET. — On dit qu'clie vil fort mal avec son mari.
MADAME CORNU. — On va même jusqu'à dire qu'elle plaide en séparation.
MADAME PATIN. — Qui jamais se serait douté...?
MADAME BONNET. — Madame Simier est trop bonne.
MADAME PATIN. — Jc suls dc volrc avis, c'està-dire qu'elle a le plus grand tort de recevoir chez elle celte dame-là.
MADAME coR?iu. — Jc sais ({116 jc l'cstcrais ici davantage, que je ne rclourncrais plus ciiez madame Simier tant que celle dame y serait, rapport à mon fils.
MADAME EOTfXET. — Tu pOUSSCS ICS CllOSeS trOp
loin, madame Cornu; pcrmels-moi de le le dire: ton fiis n'est encore qu'un morveux.
MADAME coRMi. — Qui CH Sait déjà beaucoup trop pour son âge.
MADAME PATIN. — Mais cUe m'avait paru fort décente, celte petite dame.
MADAME Bo>>ET. — Je uc trouvc pas cela. Elle est toujours à sauter, elle s'accroche au bras de tout le monde; je sais que, pour moi, je la trouve horriblement élevée.
MADAME CORNU. — Jc vais plus loltt, jc dirai qu'elle ne l'a pas été du tout.
MADAME PATIN. — J'en suis fâchée; car j'aime beaucoup madame Simier.
MADAME BONNET. — Jc SUiS COmmC VOUS, tOUl
en avouant cependant qu'elle se fait énormément de tort. La trouvez-vous jolie?
MADAME PATIN. — QuI, madame?
MADAME BONNET. — Cette dame Martin.
MADAME PATIN. — Je ne sais pas, je lui trouve de ces figures dont on ne dit rien.
MADAME BONNET. — Jc n'alnio pas ces yeux-là.
LES LOISIRS DR PETITK VILLE. 7o
MADAME CORNU. — De piiiiie abord, je ne dis pas, elle a de l'éclat.
MADAME BONNET. — Ne dis donc-pas ça, madame Cornu, lu fais lort à les connaissances; peux-tu lui trouver de l'éclat!
MADAME CORNU. — Si fait, aux lumières.
MADAME BONNET. — Alors, si lu prends par là, lout le monde en a, de l'éclat, aux lumières.
MADAME PATIN. — Ce u'est pas encore là une jolie femme.
MADAME BONNET. — Quc dira-t-OH de mademoiselle Mollaire, si on trouve madame Martin jolie? Si mademoiselle Grenier n'avait pas le cou dans les épaules, ce sérail une femme magnifique.
MADAME PATIN. — SI cllc cùt été autrement élevée aussi, maclemoiselle Mollaire.
MADAME BONNET. — Nous parlons dcs physiques.
MADAME PATIN. — Jc n'almc pas beaucoup sa bouche, à madame Martin.
MADAME BONNET. — Elle a d'assez joIlcs dcnts, mais mal rangées.
MADAME CORNU. — A-t-ellc de jolics dents ? Je ne m'en suis jamais aperçue.
MADAME BONNET. — Horriblement raugécs ! OH n'a jamais voulu les faire voir à un dentiste, disaitelle l'autre jour, tant sa mère la gâtait.
MADAME coRKu. — Ail ! que je ne suis pas de cesmèrcs-là.
MADAME Eoiv^^ET. — Ni iiioi ! A ciiiq ans, j'ai fait travailler la l)oucl)e de la mienne. Emma n'avait pas cinq ans, tu le rappelles, madame Cornu, quand je l'ai menée au Palais-Royal, chez M. Aussandon.
MADAME coRNij. — Ma foi, c'csl toul au plus, elle ne les avait pas.
MADAME BONNET. — Elle avait uHC pcur alroce, elle poussait des cris affreux ; rien no m'a fait, parce que, avant tout, je suis bonne mère, j'aime ma fiile.
MADAME coRNc. — Vous savcz, madame, que Joseph quille ma sœur?
MADAME PATIN. — Dali ! Vraiment?
MADAME BONNET. — Oui, madame; il me préfère madame Forget.
MADAME PATIN. — C'csl madame Forgel qui vous l'enlève?
MADAME BONNET. — Elle ne nous l'enlève pas précisément.
MADAME CORNU. — Si tu n'appelles pas ça le l'enlever, je ne sais plus ce que parler veut dire, je n'y connais plus rien.
MADAME BONNET. — Volci Ic fait, VOUS allez en juger. Joseph, depuis longtemps, me lourmenlail pour avoir de l'augmenlalion.
MADAMiî PATIN. — Ils soiil tous Ics nicmcs!... Vous offrirai-je à vous rafraîchir?
MADAME BONNET.— Bien Obligée... Jamais je n'ai voulu eiilomire parler d'augmenlalion.
MADAME PATIN. — Et VOUS avcz parfaitement fait... Un verre de limonade, madame Cornu?
MADAME CORNU. — Saus cérémonie.
MADAME BONNET. — Madame Forget lui donne ce qu'il lui demande ; il me plante là, c'est tout naturel.
MADAME PATIN. — Permettez , ce n'en est pas moins fort vilain, ce que vous fait là madame Forget.
MADAME BONNET. — MalS CCla SG VOÏt tOUS ICS
jours : voyez mademoiselle Verjus.
MADAME PAT!N. — Elle sort d'ici, mademoiselle Verjus; nous sommes brouillées à mort.
MADAME CORNU. — Jc VOUS en fals mon compliment.
MADAME BONNET. — Il nc pouvait VOUS arHver rien de plus heureux.
MADAME PATIN. — Nous CH sommcs justement venues sur le chapitre des bonnes ; je lui ai parlé de l'affaire de Manette, celle de madame Duret, et je nft lui ai pas caché ma façon de penser.
MADAME BONNET. — Et VOUS avcz bien fait.
MADAME PATIN. — Elle était furieusc.
MADAME CORNU. — Je Ic CPOiS.
MADAME BONNET. — C'CSl UnC pCSlC qUC CellC
demoiselle Verjus ; c'esl elle qui fait courir le bruit du mariage de M. Descliamps.
MADAME PATIN. — Comment! M. Deschamps ne se marierait pas?
MADAME BONNET. — Il n'cp 3 jamais été question.
MADAME PATIN. — En vérilé ?
MADAME BONNET. — Lul-même l'ignorait encore ce matin.
MADAME PATIN. — Vous convicndrez, mesdames, qu'il est affreux de faire courir des bruits semblables. C'est donc ça que M. Durel, son ami intime, n'en savait rien. Mais c'est qu'elle avait un air d'assurance en débitant ça... J'en étais persuadée.
MADAME BONNET. — Du peslc, il a été le premier à en rire, M. Deschamps.
MADAME CORNU. — C'était 06 qu'il avait de mieux à faire.
MADAME BONNET. — Dis donc, madame Cornu, ce n'est pas que nous nous ennuyions ici, mais lu sais que nous avons donné rendez-vous à la maison à ton mari...
MADAME PATIN. — Comment! est-cequeM.Cornu serait arrivé?
MADAME BONNET. — Tl est venu Chercher sa femme.
MADAME conNu. — Il complc venir vous voir laiilOl, iiKuliime.
MADAME PATIN. — Ail ! JG scraï bien enchantée de le voir ; c'est donc une affaire tout à fait décidée, que votre départ?
MADAME coRjiu. — Oui, madanic, il n'y a plus ù y revenir.
MADAME BONNET. — Voyous, OÙ sont les enfants?
MADAME PATIN. — Ne VOUS dérangcz pas, je vais les faire appeler... Adélaïde!.,. Comment! M. Cornu est ici !.., Adélaïde !