LES MÊMES, EMMA BONNET, PALAMÉDE CORNU, ADÉLAÏDE
MADAME coRKc. — li paraît, Palamède, que vous vous en êtes joliment donné? Et son bel liabil... Je vous ferai encore liabilier chez Iluniann ; voyez donc comme il a cliaud.
EMMA. — Maman, nous avons fièrement couru.
MADAME Eo>>f;T. — Je mcu rapporte à toi.
MADAME PATix. — Il paraît que le cousin et la cousine s'accommodent au mieux.
MADAME Bo>?«ET. — Moyennant que le cousin cède à la cousine.
EMMA. — Non, maman, faut pas dire ça.
MADAME BONNET. — Voyons, Hicts tou cliapeau, et faisons nos adieux à madame.
MADAME PATIN. — Cominenl ! déjà, uicsdames?
MADAME Eo>>ET. — Nous sommcs rcslécs plus longtemps que nous ne devions; voyez, déjà près de deux heures. Allons, les enfants, dépéclionsnous.
MADAME PATix. — Promcttez-moi de venir ce soir pour me dédommager.
MADAME CORNU. — Nous n'osons rien vous pro-
mellre. Quant à mon mari, vous le verrez bien sûr ce soir.
MADAME BoiviVET. — J'cspère, madame, que vous n'allez pas vous déranger?
MADAME PATIN. — Vous ne comptez pas me priver du plaisir de rester un moment de plus avec vous, ce serait bien mal de votre part.
MADAME coRivn. — Vous ètcs trop bonne,
MADAME BONNET. — Vous ue vcuez jumais nous voir, madame Patin.
MADAME PATIN. — Je sors sl pcu ; j'ai été si longtemps dans les ouvriers avec ça...
MADAME CORNU. — Effectivement, vous avez fait arranger la maison ; je ne m'en étais pas aperçue.
MADAME PATIN. — De foud cu comblc ! nous avons eu six semaines les ouvriers, et tout n'est pas encore terminé.
MADAME BONNET. — D'abord, avcc cux, jauiais on n'en finit; j'en sais quelque cbose.
MADAME CORNU. — VoyoHS, Emma, donnez le bras à voire cousin et ne vous mettez pas sans cesse sous les pieds.
MADAME BONNET. — J'ai toujours blcu aimé votre maison, madame Patin.
MADAME PATIN. — Osez-vous dire ça !
MADAME BONNET. — Nou. Vraiment, toul csl ici
si propre, si bien enlrelenu ! On voit liien que vous n'avez qu'une domeslique.
MADAME PATIN. — Nous Hc sommcs que nous deux.
MADAME BONNET. — Cinq ù la maison, sans compter le jardinier.
MADAME PATIN. — Jc VOUS plains. Il faul, mesdames, que je vous montre mon bois.
MADAME BONNET. — Pas aujourd'liui, madame Patin , nous sommes vraiment par trop pressées.
MADAME PATIN, ouvranl une porte. — Le voici.
MADAME CORNU. — AU! c'est très-bicu. Regardez donc, madame Bonnet, comme c'est artistement arrangé.
MADAME PATIN. — Madame Bonnet se plaint de ne pas me voir.
MADAME BONNET. — Jc HB suis pas seulc à m'en plaindre.
MADAME PATIN. — Mais c'csl qu'cH vérilé je suis bien esclave aussi; il faut que je fasse absolument tout chez moi. Une chose bien commode encore, nous n'avons qu'à ouvrir une porte, el, vous voyez... sans sortir de l'appartement...
MADAME couNu. — Cela vaut mille fois mieux que de traverser des cours.
MADAME BONNET. — CoHime clicz madame Lcinoine, par exemple.
MADAME PATi!v, — Commeiil ! daiis Sa nouYClIe maison?
MADAME BONNET. — Oui, madame, trois cours à traverser; on ne pense jamais à ces choses-là que lorsqu'il n'est plus temps.
MADAY.E PATix. — Jc u'y suls pas cucore allée, chez madame Lemoine ; on dit que c'est fort bien.
MADAME coRNc. — Jc uc Irouve pas; et loi, madame Bonnet?
MADAME BONNET. — Sans goût ! bcaucoup de choses, beaucoup trop de choses, et rien de comme il faut; il en est de sa maison comme de ses toilettes.
MADAME PATIN. — Après ÇB, elle est si forte.
MADAME BONNET. — Maintenant surtout ! Y a-t-il longfjmps que vous ne l'avez vue?
MADAME PATIN. — PaS dCpulS CCt hiVCT,
MADAME BONNET. — Vous ne la reconnaîtriez plus.
MADAME CORNU. — C'CSt UU niuids.
MADAME BONNET.— Saus fomic, saus tournurc; c'est hideux, vraiment : je la plains de tout mon cœur.
MADAME PATIN. — C'csl unc bico bonnc personne.
MADAME BONNET. — Excellente. Et tout ce luxelù, je vous le demande, jiour qui recevoir?
8i LES BOURGEOIS AUX CHAMPS.
MADAME coR?ru. — Dcs marchands de bois.
MADAME PATIN. — N'oiil-ils ]ias l'cça cel hiver?
MADAME BoivsET. — Ils n'oDt pas cu uii chat ; ils se sont couchés tous les soirs à neuf heures.
MADAME CORNU. — VoyoDS, Ics cnfanls, allonsnous-en.
MADAME PATIN. — QuB je VOUS montre ma nouvelle cuisine. {Elle ouvre une porte.)
MADAME CORNU. —.\h! qu'clle csl jolio ! et claire! c'est ravissant! Dis donc, madame Donnet, quelle délicieuse cuisine !
MADAME BONNET. — C'OSt jOli, jOli !
MADAME PATIN. — La picTrc à laver, la pompe, nous avons tout sous la main.
MADAME BONNET. — Volià qui cst commodc.
MADAME PATIN. — Ici la fonlainc, l'endroit où la bonne met son charbon, là toutes les chaussures de M. Patin.
MADAME CORNU. — Il cu a unc bellc collection.
MADAME BONNET. — Et qu'Il a bien raison; je fais tous les jours la guerre au mien pour s'en commander de nouvelles. Jamais je ne parviendrai à lui faire comprendre qu'il n'y a que ce moyen-là pour ne pas s'enrhumer, c'est de toujours avoir les pieds chauds : aussi il vous a des rhumes !
MADAME CORNU. — Ccst comme avec M. Cornu.
MADAME BONNET. — Aussi j'en ai pris mon parti,
je rassure, et, quand il tousse à présent, je ne fais seulenionl pas semblant de m'en apercevoir.
MADAME coRNn, à stt nièce. — Que voulez-vous, mademoiselle?... Plaît-il? Je n'entends pas. On ne parle jamais bas devant le monde; il n'y a rien de plusmalboniiête.
MADAME BONNET. — 11 lul larde d'être partie, n'est-ce pas?
MADAME CORNU. — Nous ne scrons pas plus tôt autre part, que ce sera à recommencer.
MADAME PATIN. — Nous allons, mcsdames, faire un petit tour de jardin.
MADAME BONNET. — Imposslblc aujourd'liui.
MADAME CORNU. — Nous avions promis d'être ù deux heures à la maison, il en est trois passées.
MADAME BONNET. — Sougcz quc uiu soeur part demain.
MADAME PATIN. — Madame ne peut partir sans voir mes dahlias.
MADAME CORNU. — Vous faltes Vraiment de nous loutce que vous voulez.
MADAME BONNET. — Passc donc, madame Cornu.
MADAME CORNU. — Je VOUS prie, les enfants, de ne touchera rien.