‹ Les bourgeois aux champsChapitre 25 sur 60 · ADÉLAÏDE, MADAME PATIN · texte numérisé non relu

ADÉLAÏDE, MADAME PATIN

MADAME PATIN. — Celle madame Bonnet est toujours si pressée quand elle vient voir les gens, que c"est tout au plus si on a le temps de se dire un mot.

ADÉLAÏDE. — Est-ce qu'elle n'est pas allée au jardin avec vous?

MADAME PATIN. — Elle n'a fait absolument qu'entrer et sortir. Je suis plus complaisante, quand elle me fait passer deux heures dans son écurie à voir traire sa vache ; si elle croit que c'est amusant : vous avez pendant deux jours une odeur d'étable qui vous suit partout.

ADÉLAÏDE. — J'espère que vous en avez eu, des visites !

MADAME PATIN. — C'est toujours comme ça quand on a à sortir. Je n'ai rien fait de ce que je voulais faire aujourd'hui. Et Deschanips qui ne se marie plus, à présent!

ADÉLAÏDE. — Est-ce qu'll a jamais dû se marier, M. Deschamps?

MADAME PATo. — C'cst cncore mademoiselle Verjus qui a pris ce mariage-là sous son honnet j

car lui, Dcschamps, n'en savait rien. Que je suis donc contente de ne plus voir cette demoiselle; on se trouve, avec ces gens-iii, compromis h chaque instant; vous répétez ce que vous entendez dire, et vous passez, sans vous en douter, pour mauvaise langue. Je ne déteste rien tant.

ADÉLAÏDE. — Vous savcz qu'il est arrive, le beau-frère à madame Bonnet?

MADAME PATo. — Jc vicns dc l'apprcndrc; il doit venir ici ce soir. Je ne suis pas folle de madame Cornu ; elle a un petit ton sec qui ne me va pas du tout.

ADÉLAÏDE. — C'est dc famille; madame Bonnet vous a toujours l'air d'avoir mordu dans un citron.

MADAME PATIN. — J'aurals voulu que tu les visses toutes les deux dans le jardin, comme elles avaient l'air comtesses; il semblait vraiment qu'il fût au-dessous d'elles de regarder mes fleurs; et ce vilain jardinier qui me laisse là et qui ne revient plus ; il commence toutes les allées, puis il est trois semaines sans revenir; comme c'est agréable!

ADÉLAÏDE. — C'est qu'on est venu le clierclier de chez madame Mollaire.

MADAME PATIN, — Elle csl Charmante, madame Blollaire; elle n'en fait jamais d'autres, celle-là! enfin, je ne sais pas comment ça se fait, mais tou-

jours je suis victime. L'année dernière, c'était madame Priori qui m'envoyait cliercber le jardinier que j'avais avant celui-là, à tout jjout de clianip; tout ça parce que je suis trop Jjonne.Tu te rappelles bien, madame Priori?

ADÉLAÏDE. — Que son mari était comme estropié?

MADAME PATix. — Il avait une jambe de bois ; un ancien militaire qui sentait la pipe d'une lieue.

ADÉLAÏDE. — Oh! oui, jc m'cu souviens, de celte petite dame-là.

MADAME PATIN. — Eh bien , madame Mollaire l'a tellement accaparée, qu'elle ne lui a pas permis de me venir voir quand elle est partie pour Besançon : et c'est cependant ici, chez moi, qu'elle en a fait la connaissance.

ADÉLAÏDE. — Moi, à votre place, j'y dirais...

Madame pati?î. — Si l'on voulait se mettre à relever toutes les sottises qu'on vous fait, on n'en finirait pas. J'ai pris le parti de n'y plus faire attention. Quelle est donc cette'ordure que je vois là-bas sous ma bergère?

ADÉLAÏDE. — Je ne sais pas.

madame patin. — Jlais ça m'a l'air d'un chapeau d'homme; qui a pu ni'apporter ça ici? Prends donc les pincettes, que nous voyions ce que ce peut être.

ADÉLAÏDE, les pincettes à la main. — C'est bien un chapeau, vous avez raison.

MADAME i'ATi\. — Vois ù l'ouvrif avcc la pincelte, regarde un peu dans la coiffe... Mais c'est le cliapeau de mon mari! Oh! mon Dieu!

ADÉLAÏDE. — Qu'est-ce qui vous prend, à présent?

MADAME PATIN, effrayée. — Qui me l'a apporté ici, son chapeau? Mais où est-il? que lui est-ii arrivé? Je veux le voir!

ADÉLAÏDE. — Mais nc criez donc pas comme ça, ça n'a pas le sens commun.

MADAME PATIS. — Jc vcux voir mou mari, il me faut mon mari; où est-il? On me caciie la vérité... Où est-il?

ADÉLAÏDE. — Eh bien, il est dans son lit, puisque vous tenez tant à le savoir.

MADAME PATi\. — Il lul GSt donc arrivé quelque cliose? Laisse-moi aller le voir, ne me retiens pas. Mon mari!...

ADÉLAÏDE. — Eh bien, ils sont tombés, avec M. Boireau, de son cabriolet; il n'y a pas autre chose.

MADAME PATIN. — Tombé! mou mari, tombé! tombé, mon mari, tombé! Oh! mon Dieu! mon Dieu ! {Elle sort en poussant des lamentations.)

92 LES lîOURGEOIS AUX CHAMPS.

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