‹ Les bourgeois aux champsChapitre 54 sur 60 · LE PÈRE BONTEMS , M. DUFOY , LE MARÉCHAL · texte numérisé non relu

LE PÈRE BONTEMS , M. DUFOY , LE MARÉCHAL

M. DiiFov. — Voyons, père Bontems, de quoi s'agil-il? qu'avez-vous?

LE PÈRE BONTEMS. — j'ons quc j'ons élé enfoncé par vol' Faucheux ; j"sommcs ben revenu sus son compte, marchez !

LE MARKCHAL. — Il élionl UH hommc, c'Faucheux-là, qui vous promeltiont tout pour avoir des voix; une fois qu'il les ont cvues,ys'flchonl autant de nous tous comme de rien du tout.

LE PÈRE EOMEMS. — La même chose.

M. DUFOY. — Ce que vous me dites là m'étonne, père Bontems, surtout d'après notre conversation de tantôt.

LE PÈRE BONTEMS. — Il m'aviont point fé à ce malin c'qui m'avonl fé à c'te remontée.

M. DrroY. — C'est donc bien fort ce qu'il vous a fait?

LE PÈRE B0>"TEMS. — Je ne la feriont point à nol' plus grand ennemi, la sottise qui m'ont fé.

LE MARÉCHAL. — Et à mé... CoHilié qu'y ne m'en aviont-t'y point fé des belles promesses : que j'étionsun homme à part; qu'il alliontm'faire avoir la croix d'honneur, comme quoi j'avions été au 9^ dragons ; que j'allions ferrer (sauf vol' respect) toutes les bêtes du pays; enfin, si j'vous disions tout ce qui n'm'aviont point promis, je resterions ici, à c'ie place, jusqu'à demain,

M. niFOY. — Pardon; il commence à se faire lard, vous ne paraissez pas disposés à me mettre

au courant de sitôt, je vous souhaite bien le bonjour.

LE PÈRE Eo:vTEMS , U retenant. — Vous n'a point besoin de vous en aller à c'i'lieure; j'allons faire venir quet'chose.

51. DUFOY. — Bien obligé; je ne prends jamais rien entre mes repas.

tE PÈRE Eo>TE>is. — Comme vous voudrez... Dites donc, monsieur Dufoy.

M. DCFOY. — Eh bien?

LE PÈRE BosTEMs. — Êtcs -vous-fj' uu bravc homme?

M. DiFOY. — Mais je crois que oui.

LE PÈRE Bo?fTEMs. — Jc sonimcs bravcs ilou ; j'sommes Francés.

LE MARÉCHAL. — J'sommcs Irois Francés, pas vrai, monsieur Dufoy ?

LE PÈRE EO.MEMs. — Et dcs vrais Francés.

M. DiTov. — Oii voulez-vous en venir?

LE MARÉCHAL.— Dites-z'yvot' conte à c't'homme, père Bontems.

LE PÈRE Eo^iTEMS. — D'abord , j'vous prévcnons que c'étiont des horreurs qu'y m'aviont fait, l'Faucheux.

LE MARÉCHAL. — Saus couiptcr qu'iis en aviont descendu à la première révolution qui l'aviont point tant mérité que 11,, marchez !

M. DDFOY. — Quand vous voudrez, père Bonleins, je suis à vos ordres.

LK MARÉCHAL. — Faut-t'y qui seyont brigand de s'adresser à un homme d'âge !

M. DrFOY. — Si vous pariez toujours, maréchal, il me sera impossible de rien apprendre.

LE T.IARKCHAL. — « Vous u'a qu'ù v"ni clieux nous, papa Bontemps, que li disiont, l'sournois qu'il éfiont. Quand vous viendrez à avoir de besoin de queufchose, regardez nol' maison ne pus ne moins que si qu'elle élionl ù vous en propre. » Je l'en fiche !

LE PÈRE toMEMS. — J'ons qu'ù m'y présenter, à leux baraque de maison, j'y s'rous hen traité, marcliez !

M. DUFOY. — Et que lui demandiez-vous?

LE PÈRE BONTEMs. — J'y demandions rien.

M. BUFOY. — Comment alors a -t-il pu vous refuser?

LE PÈRE BONTEMs. — Une bêlisc.

LE MARÉCHAL. — Je VOUS Hvions dit de vous en méfier.

LE PÈRE BOKTEMs. — J'ons rcgrct de ne point avoir écoulé.

LE MARÉCHAL. — Il étiout Capable de tout. Un vieux chien qu'y m'avionl dressé un procès-verbal le lenredemain que je l'avions nommé député.

LES CIROUETTES. iS\

M. DUFov, — El pourquoi ce procès- verbal?

LE MARÉCHAL. — POUP UIl rieil.

M. DcroY. — Mais encore ?

LE MARÉCHAL. — Toul ça par rapport que not' petit il avioiit tiré queuques coups de fusil sur ses vieilles volailles; si faut pas mieux qu'un a/'unl., y leux amusions avec un fusil aux environs de ses père et mère que de fréquenter de mauvaises gens. Un afant d'dix-liuit ans ! J'en ons évu pour dix-neuf francs, aveucq c'vieux Faucheux-là.

LE PÈRE BONTEMs. — C'étiont leux garde qui t'aviont dressé Tprocès-verhal ; tandis qu"ù mé, c'étiont li en personne, et à mé bé pus fort qu'à lé.

LE MARÉCHAL. — C'étiout poiut pus fort que de s'fâeher quand j'nous ons mis tous de dieux nous dans leux vieux banc, que d'puis dix-sept mois je nous y mettions.

M. DUFOY. — En conscience, maréchal, vous avez bien le moyen de louer un banc.

LE MARÉCHAL. — Mais plsqu'y n'y venionl jamais dans leux vieux banc, et qu'il avionl choisi l'jour de Pâques qu'l'égiise il étionl pleine, pour nous dire de nous en aller.

M. DUFOY. — Ne me disiez-vous pas que ce qui a été fait à votre égard était plus fort encore, père Bontems ?

LE PÈRE liONTEMS. — Il étionl si affreux, que, si

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j'avions évu dix années d'moins, j'y brésillions toul cheux eux, quoi!

M. nrroY. — Vous auriez eu tort.

i.r: MARÉcH.vL. — Vous ne pourrez jamais connaître ce que j'ons souffert aveucq li.

LE PÈRE EOMEMs. — Jamais, jamais.

LE MAnÉcnvL. — Dites-z'y donc pourquoi; vous pouvez bien y dire, à c'i'iiomme.

M. DiTOT. — Ce sera, après ça, comme vous voudrez, père Bontems.

LE PÈRE EoxTEMS. — Pisqucvous y Icnez, vous allez en juger.

M. utFOY. — Je suis tout oreilles.

LE PÈRE Eo^TEMs. — Vous saupcz, monsieuT Dufoy, que, cbeux nous, j'ons jamais rien refusé à personne.

M. DDFOT. — C'est une justice à vous rendre.

LE M.iRi'xHAL. — J'ous de licsoin les uns aux autres dans la vie du monde, les uns d'une cbose, les autres d'une autre; ce que j'ous point vous l'avez, et voilà!

M. DiFOT. — Continuez.

LE PÈRE BosTEMs. — J'oHS jamals rien refusé à personne.

LE MARÉCHAL. — Vous 3 toujours été trop franc.

LE PÈRE BONTEMS. — J'v ons polut de regret.

Eh ben, voilà la chose qui m'aviont faite, l'Faucheux, quej'viverions cent ans core, que je l'oublierions point; la voilà.

M. DiîFOY. — Voyons.

LK PÈRE BONTEMS. — J'éliops soiti tantôt avcucq l'niaréchal.

LE MARÉCHAL. — Toiis clcux n'enscmblc.

LE PERE BONTEMS. — L'niaréchal y m'dit, dit-t'y : « Père Bonlems, quoiqu'vous payez? » J'y dis, dll-t'y: « J'te payons lout c'que lu voudras, mon garçon. — Bon! qui me dit, dil-fy, c'que vous voudrez. » J'y réponds : « Bon ! ■» que je dis. Sur ce, j'buvonsune première.

LE MARÉCHAL. — J'en buvous deux.

LE PÈRE RONTEMS. — J'en buvous iTois.

LE MARÉCHAL. — J'en buvous quatre.

LE PÈRE BONTEMS. — Aïusi d'suite ; pisj'allons chez TFaucheux, ousque j'avions à li parler... Eh ben,savez-vous ce qu'il ont répondu?

M. DCFOY. — Pas encore.

LE PÉRE BONTEMS. — Il aviont répoiulu HOU...

C'étiont-t'y un affrant faire à un honnête homme"?

LE MARÉCHAL. — A uu Fraiicé !

M. DBFOY. — Mais que lui demandiez-vous?

LE PÈRE BONTEMS. — J'y demandions rien.

M. BOFOY. — Décidément, père Bontems, je vais vous souhaiter le bonjour.

LE PÈRE BoivTEMs,/e vetoiant. — Deux minutes, monsieur Dufoy.

M. DUFOY. — Vous n'en finissez jamais, mon cher! J'ai affaire; c'esl insupporlaijje.

LE MARiicHAL. — Deux mlnulcs, qu'on vous dit.

M. Di'FOY. — Voilà deux heures, bienlôl, que vous êtes là à me tenir le bec dans l'eau...

LE PÈRE BOIVTEMS. — DcUX HlinUlCS.

LE MARÉCHAL. — Pas davantage.

M. DCFOY. — Eh bien , quelle est cette chose qu'il vous a refusée?

LE MARÉCHAL. — Dltcs-li, allcz, tant pis.

LE PÈRE BONTEMS. — VoUS y IcnCZ?

M. DUFOY. — Je viens de vous dire pourquoi. LE PÈRE BONTEMS. — J'vous l'allons coutcr. M. DUFOY. — Dépêchez... Pourquoi ce refus? LE PÈRE BONTEMS. — Eh bcn, c'éllont... faut-t'y li dire, dis, Mérovée?

LE MARÉCHAL. — DilCS-Z'y.

LE PÈRE BONTEMS. — Pour unc échelIc.

M. DUFOY. — Et c'est pour cela, pour une échelle !

LE MARÉCHAL. — C"éliont-t'y poinl asscz?

M. DCFOY. — Vous êtes fous.

LE PÈRE BONTEMS. — Uu hommc si riche! nous faire y donner dix-neuf francs pour des bigres de

LES GIROUETTES. iSo

pigeons de rien, un mauvais gars que j'ons nommé député !

LE MARÉCHAL. — Qui s'eu vcniont cheux nous des dix fois la journée!

LE PÈRE BONTEMs, — Une mécliante échelle de rien, qui nous est refusée.

LE MARPXHAL. — Et mcs dlx-ueuf francs que j'y ont donnés !

LE l'ÉRE BONTEMS. — Et UOS VOiX dOUC, qUC j'y

ons accordées !

LE MARÉCHAL. — Si y 3 jamais queuqu'cliose de changé, marchez!

LE PÈRE BONTEMS. — J'votcrons plutôt pour M. d'Grandbois.

LE MARÉCHAL. — Mé itou, l)é sûr.

LE PÈRE BONTEMS. — C'éliont core UH fier, M. d'Grandbois.

LE MARKCHAL. — Après toul, n'étiout-l'y poiut dans son droit d'être fier, un seigneur; c'étiont-t'y point leux état de l'être! Il éliont bé fier itou, c'vilain Fauclieux-lù : pourquoi que l'autre ne le seriont point, pisqu'il éliont noble ?

LE PÈRE BONïEMs. — T'ucz, tant pis, monsieur Dufoy, faut que vous me remettiez avec li.

LE MARÉCHAL. — Vous scrcz un bravc homme pour mé itou.

M. DiJfOY. — Ce serait avec grand plaisir, mes-

sieurs ; mais je retourne lanlôl à Paris. Bien le bonjour.

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