SCÈNE VIL LE PÈRE BONTEMS, LE MARÉCHAL
LE MiRF.cHAL. — T'hcz, voulez-vous que j'vous dise, père Bonlems?
LE PÈRE r.oMEMS. — Quolqu'lu veux ?
LE MARÉCHAL. — Ce vicux Dufoy-là, c'élionl point core grynd'cliose de bon.
LE PÈRE BONTEMS. — Ein calIn! je l'connaissons ben, j'ons-t'y point été à l'école ensemble?
LE MARÉCHAL. — Vous a-t'y jamais mage cheux eux.
LE PÈRE Eo:vTEMS. — Jamais.
LE MARÉCHAL. — Un fier itou.
LE PÈRE BONTEMS. — Et un grand... dis donc, McroYce?
LE MARÉCHAL. — T'en viens-lu à quand Hié?
LE PÈRE BONTEMS. — OÙ qu'vous allez ?
LE MARÉCHAL. — Viens t'en voir à quand mé.
LE PÉUE EONTEMS. — Marchcz!
LA MÈRE GILLES, MADAME GERMAIN, un
petit garçon à la main, la tête enveloppée clans un mouchoir.
LA MÈRE GILLES. — E!i ! la Gemiaiiie, vous v'Ia donc par ici?
MADAME GERMAIN, — CoiTime VOUS Yoyajs, la
Gillolle, que v'Ia mon p'til qu'avont loujou bé mal à ses paur' z'yeux.
LA MÈRE GILLES.' — Eh ! mais oui ; paur' afant, qu'il en équionl quasiment tout défigure. Et vous v'nais ed'voire el' médecin, c'est sûr?
MADAME GERMAIN. — J'vcuons censémcnt de {"consulter; qui m'dit dit-y comme cha, d'y posaiscin vésicatoire derrièr' el' zoreilles.
LA MÈRE GILLES. — Qu'cst qu'y disiout qu' c'équioul?
MADAME GERMAi:v. — Y disionl qu' c'équiont les gourmes.
LA MÈRE GILLES. — C'équioiil poinl les gourmes, y n'y connaissont ren; si vous n'allais vous nielle comme cha dans leux mains, à ces gens-là, vous n'risquais ren d'y mager el' pu clair ed' vont bien, marcliezl
MADAME germai:^. — Jc 1' croirais ben.
LA MÈRE GILLES. — C'équionl tou des bêles, avec leux science el des m;igeux d'argonl; que c'équionl eux qui m'avionl rendue toute crocbue ed' ma jambe.
MADAME GERMAIN. — Allais, mafchais, la Gillotte ! c' n'est point pour dire, mais on n'est core bc n'embarrassais quand n'on souffre.
LA MÈRE GILLES. — Ah ! mais oui, qu'on l'est hé ; mais, si j'avions tout aussi bé n'un conseil à vous donnais, voulafantserionl be'tôt guéri.
MADAME germai:^. — Qué qu" c'est qu' vous z'y voulais faire?
LA MÈRE GILLES. — Vous l'ullais voirc... C'équiont n'ein s'grais qu'éliont aussi sûr, qui n'y aviont poinl son pus sûr.
MADAME GERMAI^-. — Qué qu' c'csl qu'vous z'y voulais faire?
LA MÈRE GILLES. — Faul qu'vous m' proméquiais de Tgarder pour vous.
MADAME GERMAIN — J'vous rpromelUons.
LA MÈRE GILLES. — Voul' foi (l'iioniièle fàme.
MABAME GERMAtN. — J'VOUS la (lonilOnS.
LA MÈRE GILLES. — Que l'cordognier d'clieux nous, y l'avons fé, que d'puis qu'il l'avion l fé, y ne se r'senlons pas pu que d'sus la main qu'il avionl été sourd.
MADAME GERMAIN. — Mais qu'est qu' c'équionl donc qu'vous z'y voulais faire à c'i'afanl?
LA MÈRE GILLES. — Qu'la flile à la Poupel, aile s'équiont guérie, en l'falsant, ed' son mal qu'aile avionl à ses seins.
MADAME GERMAIN. — Mais qu'esl qu' c'équionl donc?
LA MÈRE GILLES. — Faurait pour cha qu'vous auriais élais mariais n'a l'église.
MADAME GERMAIN. — J'I'OHS élé, mOH llOmmC
ilou.
LA MÈRE GILLES. — Faurail qu'vous remplississiez bcn tous vos d'voirs ed' religion.
MADAME GERMAIN. — J'avoHS commugnié sepl fois d'puis n'un an.
LA MÉRÏ GILLES. — Faurait jurer qu'vous n'en dirais ren n'a parsonne.
MADAME GERMAIN. — J'VOUS l'jUrOUS.
LA MÈRE GILLES. — Faurait jurer vout' foi d'iionnêle fànie.
190 LES ItOURGEOIS AUX CHAMPS.
MADAME GKRMAIIV. — J'VOUS la jUrOIlS... Moil
Dieu! quoi donc qu'c'esl ed' si larriijie?
LA MÈRE GILLES. — Vous l'allals voifc... Vous allais irouvais la mère Moizy... vous savais bé, la mèreMoizy?
MADAME GERMAIN. — Si j'Ki coiinaissons, la Moizy? J'erais ben que j'Ia connaissons ! je n'ia connaissons que d'irop, pisque j'vous dis que j'Ia connaissons, qu'aile demeurionl core à Hérouval.
LA MÈRE GILLES. — Allc 60 n'équjonl d'IIérouval.
MADAME GERMAIS. — Qu'défuut SOU lionime, à la Moizy, el" ])ère Taupin, qu'il l'appeiliont, il équiont garde choux l'général à Trémicourl, au cliàtiau ed' Trémicourl.
LA MÈRE GILLES. — Il avioul étals tuais dans les temps, son homme, par ein bracognier qui bracogniont.
MADAME GERMAIN. — Qu"alle avionl sa fille, la mère Moizy, sa cadette, Séraphine, qu'il l'appeiliont, qu'aviont été faire ed' ses farces à Paris.
LA MÈRE GILLES. — Eh bé, oui, c'qui ne l'avont tout d'même point n'empêchée ed'se mariais, et bé mariais, au garçon du maire ed' Pourchival.
MADAME GERMAIN. — Qu' SCS père et mère y n'vouliont tout d'racnie point de c'mariage ilà.
l'esprit des campagnes. 191
LA MÈRE GILLES. — Qiii ii'avont cvu lieu que pasce qui z'aviont graissé la pallc au curé... Vous savez Ijé n'ous qu'aile resse, la mère Moizy?
MADAME GERMAIN. — Ailc rcsloiis tout contrc l'mur ed' la farme à M. Marcliais.
LA MÈRE GILLES. — C'équ'oiU pu, à c'te liGure, M. Marchais, c'équiont M. Langlois.
MADAME GERMAIN. — Eli 1)011, pOUT lorS, qu'CSt
qu'y faut que j'fassions à c' l'afant?
LA MÈRE GILLES. — Vous allais trouvais la mère Moizy, avec veut' petit; aile vous dit deux prières à jeun, l'eune à sainte Procope, l'auleà saint Florent; vous f'sais clia padant quarante jours sans décessais; des prières ed' quarante jours, sans n'y niaquer, Tmalin n'a jeun. Vont afant y n'aviont n'après l'œil aussi sain comme si qui n'y aviont évu ren du tout.
MADAME GERMAIN. — Comment qu'vous dites, la Giilotte?
LA MÈRE GILLES. — Quarante jours ed' prières, l'matin n'a jeun, qu'on vous dit, l'eune à .sainte Procope, l'aut' à saint Florent.
MADAME GERMAIN. — Qu'CSt qu' Clia COÛte?
LA MÈRE GILLES. — Vous z'y dounaJs c'que vous voulais, quant l'afant il équiont guéri. MADAME GERMAIN. — Clia m'araugeout.
LA MÈRE GILLES. — Y OH 3 d'aUCUHS qul VOUS
diront qu'c'équionl des bêtises... vous vous z'en ficiiais.
MADAME GERMAiTJ. — Comliieii qu'voiis dites ed' prières, la Cillolle?
LA MÈRE GILLES. — Quarante, el' matin n'a jeun, l'eune à saint Procope, l'aut' à saint Florent, et vout' afanl il équionl guéri comme aveucq la main.
MADAME GERMAIN. — N'y 3 l'y qu' cl)a à faire?
LA MÈRE GILLES. — Pis qu'oH VOUS dit qu'y n'y a ren d'nieilleur... J'nons point fait n'aut'er' mède quand mon paur' liomnie il aviont n'été malade.
MADAME GERMAIN. — N'équiout t'y poinl niortj vout'homme?
LA MÈRE GILLES. — Pascc quc l'méd'ciu il l'avionl conimencliais... L'z'ofliciais ed' santals, voyaisvous, la Germaine, c'équiont tous des bêtes et des mageux d'argent.
MADAME GERMAIN. — C'est qu'cu v'l5 n'aussï de c'I' argent que j'ieux z'y donnons.
LA MÈRE GILLES. — Saus compler çui qu'vous leux z'y donnnerai core.
MADAME GERMAIN. — Et des boutcilles equ' j'allions sarcher à Gisors, qu' c"équioiit, ed' dans, comme des infections; dame, c'est qu'vous n'avais point bé gros ed' marcbandise, pour une piesse ed' six francs, cbeux l'z'apolhicaires, et pis core des bêtes noires qui l'y disiont ed' prendre.
l'esprit des campagnes. -193
LA MÈRE GILLES. — Queux LèlC'S iioircs qu' c'équionl?
MADAME GERMAIN. — C'équiont quasimenl comme un var.
LA MÉRK GILLES. — C'équioiil-l'y approcliBnl comme eun var noir?
MADAME GERMAIN. — Nc piis tiQ moios; c'ôquiont tout d'même hé laid.
LA MÈRE GILLES. — C'équlonl dcs censures.
MADAME GERMAIN. — Y Ics z'avohl fait pi'cndre à c'ie paui' afant, y n'en n'avont pas plus loi mage eune demi-douzaine, qu'son paur' cœur y avionl tournais ; y'n'n'a élé au lit dix-neuf jours.
LA MÈRE GILLES. — Des guerdins !
MADAME GERMAIN. — Y n'y a poinl jusqu'ù des bains qui z'y ordognionsed' prendre.
LA MÈRE GILLES. — Y z'y ordoguious ed' prendre des jjains, el' scélérats? y voulionl donc cl' massacrer, l'paur' innocent? C'équiont avec leurs sales bains qui ni'i'avionl tuais, mon cher ami.
MADAME GERMAIN. — AuSSi jnOUS z'OHl bCU
gardé ed' lui en donnais.
LA MÈRE GILLES. — Saus comptais equ' vous avais tout d' même bé fait... mon pauv' chéri! en plein cœured' l'hiver, ma chère amie, aux Rois, y nous disons de l'baigner, el' scélérats ed' voleux! Je Tsorlons toute seule equ' j'équions ed' son lit,
l'paur' cher ami ; je rdescendons comme ej' pouvons dans noul' fourni, je rmcUons comme un var, qu'cbcs dénis claquiont, qu'ciia faisait piquic de l'voire, cl j'y j'ions sus l'dos, à c'paur' chérubin, des pleines potées d'eau chaude, qu'son paur corps il en équiont loulviolais... Je l'portons dans son lit, le lenrdemain pu parsonne.
MADAME GERMAIN. — Paur' chcr houime !
LA MÈRE GILLES. — Chait pourtant comme cha... Aussi vrai comme y n'y a qu'ein Dieu... Des scélérats! ma chère amie! des massacreux ed' monde! des francs liioux, qui m'ont envoyé jeux quittances après cq' mon homme il aviont étais enterrais, comme si qu'ils l'aviont sauvais, les guerdins! (Elle sanglote.)
MADAME GERMAi.f, — Faul poiol s'désolais, la Gillotte : c'qu'est fé est bé fé.
liA MÈRE GILLES. — L'bou Dicu n'équiout tout d'mème point jusse ed' laissais existais des geux pareils! {Un silence qui donne le temps à la Gillotte de passer à plusieurs reprises le do, de ses mains sur ses yeux.)
MADAME GERMAIN. — N'a r'voire, la Gillotte... J'irons ed' main cheux la Moizy.
LA MÈRE GILLES. — AVCC VOUt' petit ?
MADAME GERMAIN. — PardlUC, OUl.
LA MÈRE GILLES. — El' matin n'a jeun... Vous
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v'ià donc partie? vous n'entrais donc point boire un ver ed' cidre?
MADAME GE«MAi>. — Failcs lionnciir, la Gillotte, j'avons encore six quarts ed" lieue d'ici clieux nous, et pis m'n'ljonime qu'y faut qu' j'allions voire qui travaillont au Hoquet.
liAMÉRE GILLES. — Clicux qui qui travaille?
MADAME GERMAIN. — Y f'sons u'ein mur à la farme ed' Vertbois.
LA MÈRE GILLES. — S'il en équioul payé, cha n's'ra que d'nii mal.
MADAME GERMAIN. — C'CSt C'qUC j'V aVOnS lOU-
jou dit... Qu' voulais-vous, l'z'liomnies!
LA MÈRE GILLES. — C'est SÛT.
MADAME GERMAIN. — N'a r'voirc, la Gillotte.
LA MÈRE GILLES. — IS'à r'voirc, la Germaine.
MADAME GERMAIN, à SOU pelil (jarçou. — Accours, ma cane, accours, ma p'iite fille, viensnous-en. {Elle s'éloigne; la Gillolte entre chezsa voisine.)
PERSONNAGES
LE PÈRE PIGOCIIET.
M. BOUJU.