DEUX BOURGEOIS DE PROVINCE PEINTS PAR EUX-MÊMES
Les bourgeois des deux derniers siècles écrivaient assez souvent. Beaucoup d'entre eux inscrivaient leurs dépenses et leurs recettes, ainsi que les principaux événements de leur vie de famille, sur des livres de raison, dont M. Charles de Ribbe a fait connaître la réelle importance, et qui depuis son bel ouvrage sur les Familles] et la Société ont donné lieu à de nombreuses publications. Quelques bourgeois relataient patiemment les événements contemporains dont leur cité était le théâtre; ils accumulaient silencieusement pour l'avenir des matériaux dont l'histoire devait profiter, et qui ont assez fréquemment trouvé de nos jours des éditeurs. Ces mémoriaux, ces mémoires, où la personnalité de l'auteur occupe plus ou moins de place, nous donnent pour ainsi dire le reflet des opinions, des qualités et des défauts des bourgeois d'autrefois, en même temps qu'ils nous font connaître quelques-uns des actes de leur vie. Parmi ces mémoires, il en est deux, qui nous permettront d'étudier deux types différents de bourgeois notables de province, à cent ans de distance; le premier, celui d'Oudard Coquault, marchand de Reims, sous Louis XIV; le second, celui d'un négociant du Mans, Le Prince d'Ardenay, qui vécut à la fm du dix-huitième siècle.
Oudard Coquault était fils d'un marchand; son oncle, Pierre Coquault, chanoine de la cathédrale, avait écrit une volumineuse
histoire de Reims. Ce fut lui sans doute qui donna à son neveu le goût de rédiger le récit des événements contemporains dont il avait connaissance. Oudard eut aussi un frère chanoine, qui fut conseiller au présidial. En 1635, il épousa en premières noces la fille d'un autre conseiller; il la perdit après quatre ans de mariage. Deux ans après, il se mariait en secondes noces avec la fille d'un marchand, pour laquelle il témoigna une vive affection et qui lui fut enlevée après dix-huit ans d'une heureuse union. Sa première femme lui avait apporté une dot de 6,000 fr. ; la seconde en avait une de 4,500.
Son commerce, dont il ne parle guère dans ses mémoires, semble avoir prospéré. Il devint propriétaire de cinq maisons à Reims, d'une maison à Villiers-Allerand, d'une autre à Voulsy, de plusieurs censés et vignes. Une de ses maisons, sans doute celle où il demeurait, était pourvue d'un pressoir et d'une écurie. Il avait un cheval, sur lequel il allait visiter ses propriétés. Pendant une excursion qu'il fit à un de ses vendangeoirs, à l'époque des guerres de la Fronde, il fut arrêté par les soldats du duc de Lorraine, qui lui firent payer une rançon de 720 livres, après lui avoir pris son manteau, son cheval et ses pistolets. Cette mésaventure influe peut-être sur le jugement sévère qu'il porte sur les hommes de guerre de son temps.
Comme bourgeois, il n'aime pas les soldats; mais il faut reconnaître que les soldats de son temps, surtout pendant les guerres de la Fronde, méritaient souvent le nom de brigands qu'on leur donnait officiellement au moyen âge. Leurs déprédations, leurs violences, leurs crimes soulèvent son âme honnête et humaine. Il s'en indigne, il s'en irrite; leurs méfaits sont si nombreux qu'il s'étonne lorsque par hasard il rencontre des troupes respectueuses de la discipline et du bien d'autrui. C'est aux chefs surtout qu'il s'en prend; au sieur d'Aspremont qu'il traite de trompeur et de corsaire; au duc de Lorraine, qu'il appelle perfide et ennemi de l'homme; au prince de Condé, le grand Condé, qui, selon lui, « esthaydu peuple, parce que, comme Caligula et Néron, il n'hayt tant que le peuple et n'ayme et ne faict estât que des brigantz qui persécutent et
tyrannisent le peuple. » Sans doute, quand il parle avec cette virulence, Coquault se souvient que les soldats l'ont rançonné, qu'ils ont pillé une de ses maisons, tué un de ses vignerons, bu son vin et dévasté ses vignes; mais il signale des maux trop réels, auxquels mirent fin seulement la cessation de la guerre et la fermeté de Louis XIV.
La cause de la plupart de ces maux, le bourgeois de Reims la découvrira dans ce fait que la régence est entre les mains d'une femme. Il a les vieux préjugés du moyen âge, d'après lesquels, comme il le dit solennellement, « une femme par son sexe ne peult jamais estre capable de gouverner un grand Estât comme celui-cy. » Il est de l'avis que la femme est inférieure à l'homme par l'intelligence. De plus, Anne d'Autriche est une femme sans esprit et violente, qui est espagnole. Plus tard, les bourgeois du temps de la Révolution , en parlant de la reine, crieront à l'Autrichienne. Du reste, Coquault est de bonne foi. Lorsque la Fronde est terminée, lorsque l'autorité de Louis XIV est sans conteste, notre marchand de Reims, moins ardent, rasséréné parle calme matériel dont il jouit, fait amende honorable; il déclare que la reine mère était pieuse et débonnaire. Il sait bien qu'il ne parlait pas de même en 1630; mais, dit-il assez philosophiquement, il n'a « rien voulu oster,afin quenostre postérité cognoisse en elle les changements de croïance et de l'oppinion des hommes. »
Ce marchand de Reims songe à la postérité; il croit, et il n'a pas tort, que ses annales, écrites d'un style incorrect et lourd, seront un jour utiles à l'histoire. Il est sentencieux; son gros bon sens aime à citer des proverbes. En présence de la scandaleuse fortune de certaines gens, il reproduira le dicton populaire d'après lequel « les gibets ne sont pas faicts pour les coupables, mais pour les malheureux. » En parlant des maux du temps de la Fronde, il fera cette sage réflexion, qui conviendrait à toutes les époques de troubles civils : « Chacun se plainct, chacun voit le mal et le dit, et personne n'y apporte de remède. » Il dira, en voyant les bourgeois dont la fortune n'augmente pas et les artisans que l'industrie enrichit : « Voilà les
révolutions du monde et des hommes et des maisons; plusieurs tombent doucement et d'autres s'élèvent... » Comme tant d'autres, il se plaindra du présent et regrettera les vertus antiques.
11 a toutes les idées et tous les préjugés de sa classe; bourgeois, il hait les nobles, méprise et jalouse le peuple; marchand, il déteste les gens de loi; provincial, il se moque des Parisiens; galUcan en religion, Une peut souffrir les jésuites et les religieuses.
Dans les nobles, il voit surtout les chefs de ces soldats pillards, qui dévastent les campagnes; il les compare aux bourgeois, et son orgueil honnête lui dicte ces paroles : « Sans comparaison, les honorables bourgeois des villes et bons marchantz sont plus nobles qu'eulx tous; car ils sont plus débonnaires qu'eux, de meilleure vie et meilleur exemple, leur famille et maison mieux réglées que les leurs, chacun selon son pouvoir, ne faict murmurer personne, paye chacun qui travaille poureulx... » Ennemi du luxe d'habits, des banquets, des vanités de tous genres, il s'élèvera particulièrement contre le luxe scandaleux des prélats. Il applaudira au châtiment des traitants concussionnaires, et regrettera vivement que l'on n'ait pas fait mourir Fouquet.
S'il n'aime guère ceux qui sont au-dessus de lui, il n'estime pas ceux qui sont au-dessous. Il se plaint de la gourmandise et de la paresse des petits artisans ; des exemptions de garde et d'impôts dont ils jouissent. Il s'étonne, il s'indigne presque de ce qu'ils gagnent plus que les marchands. « Le peuple s'engraisse, dit-il en I600, mais les bourgeois et ecclésiastiques vivant de leurs rentes se morfondent tous les jours. Et ce peuple, dira-t-il plus tard, est toujours insolent dans l'abondance... mais celui qui n'a point de mestier et n'a qu'un petit revenu est bien chétif. » En I660, il s'écriera : « Le peuple est abondant, cependant la gueusaille murmure toujours, nonobstant notre hôpital général. » La prospérité du peuple semble lui être aussi désagréable que sa misère.
Son esprit jaloux se manifeste encore avec plus de vivacité à
APPENDICE. iOS
l'égard des gens de loi. Il les traite de voleurs, de sauterelles, de chenilles. Épernay, où ils pullulent, est pour lui une tanière, une petite Babylone. Quant aux Parisiens, il les trouve ridicules, rappelle qu'on les qualifie de « badeaux », et déclare (( qu'ung Parisien naturel est plus sot, mesme pour ainsi dire, que les paisans. )>
Comme tous les hommes de son temps, il est profondément religieux; mais sa religion est un peu celle des jansénistes et des calvinistes. Il cite l'Écriture sainte; il attribue des événements heureux à la grâce de Dieu, de saint Nicaise et de saint Remy. Il dit, à l'occasion d'une mauvaise récolte : « Dieu veuille que son peuple vive en justice et lui fasse miséricorde ! » Mais son équité se révolte contre les vocations forcées; son rigorisme s'indigne de la vie trop douce et trop facile qu'on mène dans les couvents de femme. Il n'aime pas les nouveaux ordres religieux, qui se sont établis en grand nombre à Reims depuis le commencement du siècle ; il compare leurs membres à des picoreurs; il blâme les nouvelles pratiques de dévotion et accuse d'oisiveté les bigots et les bigottes qui passent leur vie dans les églises. Mais il tient aux offices paroissiaux, et l'un des reproches qu'il adresse aux jésuites c'est de professer qu'une messe basse le dimanche peut suffire, et que le prône et l'eau bénite ne sont pas d'obligation.
Les sentiments religieux d'Oudard Coquault, qui mourut en 1672, se retrouvent dans le préambule de son testament et dans les dispositions pieuses qu'il renferme. Ce testament atteste aussi que, malgré ses plaintes incessantes, sa situation de fortune s'était améhorée. Il partagea aussi également que possible ses biens entre ses six enfants, tout en laissant quelques souvenirs à quelques-uns d'entre eux : il est bon père, comme il fut bon époux. Il recommande avant tout à ses enfants de ne pas plaider entre eux; il les engage aussi à ne pas mettre leurs enfants, surtout les filles, en pension dans aucune communauté. De ses deux fils, l'un, Gérard, lui succéda dans son commerce, acquit le titre d'écuyer et la charge de trésorier de France; il mourut sans postérité; le second, Simon succéda à son oncle et à son
grand-oncle dans une prébende de chanoine. Son père n'avait pas contre les chanoines les sentiments qu'il manifestait à l'égard des moines. Trois de ses filles épousèrent des bourgeois, dont l'un fut conseiller de ville et l'autre contrôleur au grenier de sel de Château-Portien ; la quatrième resta célibataire. D'après les legs que fit Gérard Coquault, il semble qu'il avait augmenté son patrimoine et que son mobilier comportait un certain luxe que son père ne connaissait pas.
Nous croyons inutile d'entrer sur cette famille dans de plus amples détails, que l'on trouvera dans la savante introduction, que M. Loriquet a mise en tête des Mémoires d'Oudard Coquault; nous avons seulement voulu montrer ce que pouvait penser et dire au milieu du dix-huitième siècle un honnête bourgeois de Reims, non dénué d'intelligence et de moyens, mais un peu étroit dans ses vertus comme dans ses idées.
Cent ans se sont écoulés. Voici dans une ville de l'ouest un bourgeois considéré comme Oudart Coquault, négociant comme lui, mais à un degré quelque peu supérieur de l'échelle sociale, et qui a pris le soin de se faire connaître lui-même en rédigeant ses mémoires personnels.
Vers 1630, un ouvrier était entré chez un maître cirier du Mans, qui apprécia ses qualités laborieuses, lui donna sa fille en mariage et lui abandonna sa maison. Jean Le Prince, c'était le nom de l'ouvrier, justifia la confiance que son maître lui avait témoignée; il prospéra, et devint en 1686 membre de l'échevinage. Son fils continua son industrie; il s'aUia comme le fit plus tard son petit-fils, à d'honorables familles du pays. L'arrière petit-fils de l'ouvrier cirier hérita de son père le titre de secrétaire du roi, et figura en 1789 parmi les membres de la noblesse. C'est à lui que nous devons une curieuse autobiographie publiée par M. l'abbé Esnault avec autant de soin que d'érudition.
Cette autobiographie est surtout précieuse par la multiplicité des détails personnels. Elle appartient à cette école de confidences, que les confessions de Rousseau avaient mises en vogue. Ce n'est pas qu'avant Rousseau il n'y ait pas eu de mémoires personnels; je citerai entre autres ceux de Michel de Marolles et beaucoup de mémoires militaires, co mme ceux de Pontis et de Puységur; toutefois les auteurs de ces souvenirs ne prétendaient pas seulement parler d'eux, mais des personnages historiques avec lesquels il leur avait été donné d'être en rapport. Ceux qui ont écrit leurs impressions, à la façon de Rousseau, comme Grosley, comme Besnard, sont assez rares; mais ils n'en sont que plus utiles pour l'histoire des mœurs privées des classes moyennes, qui ne sont pas d'ordinaire mises en lumière comme celles des classes supérieures.
Le Prince d'Ardenay remonte jusqu'à son baptême. Il fait connaître comment il a été traité par sa nourrice, qui le nourrissait de racines plutôt que de lait. 11 en fut si malade que sa tante le voua au blanc jusqu'à cinq ans. A sept ans, il eut la petite vérole; il mit pour la première fois une culotte et fut envoyé à confesse. Sa première enfance était terminée; il avait l'âge de raison.
Sa vie de collège commence en 4745; il avait huit ans, lorsqu'il entra au collège de l'oratoire du Mans. La piété et la moralité régnaient dans cet établissement. Les élèves y assistaient tous les jours à la messe. A quatorze ans et demi, le Prince fit sa première communion. A dix-sept ans, il sortit de philosophie. Il perfectionna quelque peu son instruction dans la maison paternelle, apprenant l'écriture, le dessin, l'escrime, les mathématiques et la danse. Il travailla chez un avocat, et se mit au courant, dans le cabinet de son père, des éléments du commerce.
Lorsqu'il eut dix-huit ans on l'envoya à Paris. Le voyage dans le coche, les curiosités de cette grande ville laissèrent dans son esprit de vives impressions. Mais ce n'était pas pour son plaisir seulement qu'il se déplaçait. Il entra comme clerc chez un procureur au Chàtelet, nommé M® Douceur; il logeait chez lui, il y était nourri, et mal nourri. Il n'y revint pas l'année sui-
vante, lorsqu après les vacances, il retourna à Paris pour faire sa seconde année de droit. Il prit alors un appartement dans un collège tenu par les pères de la Merci, qui avaient comme pensionnaires une douzaine d'étudiants. Il s'y trouva beaucoup mieux que chez M^ Douceur. Ses études de droit, sa réception en qualité d'avocat ne l'empêchèrent pas, quand il fut de retour au Mans, de s'occuper du commerce de son père. A l'âge de vingt-six ans, il devint son associé.
Ayant désormais une carrière, il était temps qu'il se mariât. La position de sa famille lui permettait de songer à une alliance des plus honorables; il épousa la fille d'un trésorier de France. Elle avait vingt ans; il en avait vingt-sept. Tout était réuni pour rendre heureuse cette union : les convenances et l'inclination réciproque. Elle débuta par un voyage de noces à Paris et sur les bords de la Loire. On commençait, à cette époque, à voyager pour son agrément. A différentes époques, les deux époux, qui n'eurent point d'enfants, firent des excursions sur les bords de la Manche; plus tard. Le Prince alla même jusqu'en Suisse et en Allemagne.
Estimé de ses concitoyens. Le Prince d'Ardenay fut appelé de bonne heure à siéger parmi les consuls. Il prit part à la fondation d'une société littéraire et patriotique, qui fut établie au Mans en 1778; il fut aussi directeur d'une société de musique. La Société d'agriculture, l'administration des hôpitaux, le bureau de charité, l'administration provinciale le comptèrent parmi leurs membres. Le Prince fut du nombre de ces esprits généreux que séduisirent les brillantes promesses de la révolution ; il devint maire du Mans en 1790; en 1791, président du tribunal de commerce. Pendant la Terreur, il se retira à la campagne. Il vécut assez pour voir le retour des Bourbons.
C'est la vie d'un homme relativement heureux que celle de cet honnête négociant, qui sait occuper ses loisirs en se livrant aux plaisirs de la société et en remplissant des fonctions gratuites. Il aime la campagne et s'y complaît; il s'y livre avec sa famille et ses amis aux plaisirs de la musique, des chansons, des petits vers, du jeu. Esprit facile, ouvert, actif, il représente à
merveille le type du bourgeois qui réussit et à qui le présent et l'avenir semblent sourire. Il a conservé quelques-unes des anciennes mœurs. Quoiqu'il prit part à l'exécution de la constitution civile du clergé, il avait reçu une éducation profondément religieuse et il resta pratiquant. Il avait achevé la chapelle que son père avait commencé de construire dans son château d'Ardenay, et il ne cessa pas de l'embellir. Après son mariage, il vécut pendant dix ans dans la maison de ses parents; ce fut seulement alors qu'il acheta un hôtel pour s'y établir. Il paraît avoir eu toutes les qualités qui font apprécier un homme dans sa famille et dans la société. Si on le compare à Oudard Goquault, c'est un optimiste à côté d'un pessimiste. Sans doute, les temps dans lesquels l'un et l'autre ont vécu ont pu influer sur leur caractère; sous la Fronde, le bourgeois a l'air quelque peu renfrogné; sous Louis XVI, à la veille de la Révolution, il s'épanouit. Comparez les figures sévères , à perruque noire et sombre du dix-septième siècle, avec les faces rebondies et souriantes, à perruque poudrée, à ailes de pigeon, du dix-huitième ! La vie est moins rude alors, les mœurs plus faciles, les préceptes moins sévères. On a un si grand fonds de gaîté que les violences de la Révolution ne parviennent pas à l'épuiser. On rit et l'on fait des petits vers jusque dans les prisons qui sont trop souvent l'antichambre de réchafaud. Le Prince d'Ardenay appartient à ces générations fortes et souples qui eurent assez de résistance et d'élasticité pour supporter des maux qui de loin nous semblent intolérables. Comme beaucoup d'autres, il se laissa entraîner par le courant; il eut les enivrements, les illusions et les déceptions de la bourgeoisie; il eut quelques-uns des défauts de son temps; l'affectation de sensibilité, une certaine faiblesse aimable influèrent accidentellement sur la rigidité et la rectitude de sa conduite; mais à tout prendre, malgré la Terreur qui fut plus rude que la Fronde pour les bourgeois, son sort ne fut-il pas plus heureux que celui de l'honnête et triste Coquault?
FIN DE L'Al'l'EXDlCt:.