LES MEMES, MADAME SERVAIS, CHARLOTTE
MADAME SERVAIS
J’ai cru, en vérité, que vous ne vouliez plus me voir.
MADAME GIMARD,
Avez- VOUS jamais pu vous imaginer une chose pareille?
PAULINE
Bonjour, marraine.
Je ne te voyais pas. Est-ce qu’on ne l'embrasse pas anjoiird’hui, sa marraine?
PAULINE
Si, marraine.
MADAME SERVAIS
.A la bonne heure.
MADAME GIMARD.
Excusez si nous vous avons fait attendre, marne Servais, nous avons une bonne qu’est si bête...
CHARLOTTE
Eh ben, merci! Vous faut pas aut’ chose? (Elle sort.)
l’N TRAIN DE l'LMSIR
MADAME GIMAUD.
Pas pour le moment -, allez voir là-bas si j’y suis. Il est Iwn (le vous dire que nous avons défendu not’ porte, s’entend, sans la défendre; nous avons seulement foit prévenir le portier, par cette cruche que vous venez de voir, que si, pr hasard, ou nous demandait, il eut à répondre que nous étions sorties. Faut croire qu’elle aura fait tout le contraire : jamais il nous est monté autant de monde ; ce n’est pas méchanceté de sa part, j’en suis sûre, je ne la crois pas méchante, mais pas plus de tète qu’une linotte, et c’est plein d’amour-propre encore! elle me bouderait pendant vingt-quatre heures que ça ne m’étonnerait pas.
MADAME SEIIVAIS.
Je n’aimc pas les boudeuses, je passe tout, excepté ça.
MADAME GIMARD.
Je suis bien comme vous de ce côté-là. Si bien, pour vous en finir, qu’il est (piestion pour nous d’aller voir la mer...
MADAME SERVAIS
Vous allez voir la mer?
’ MADAME GIMARD.
Nous sommes folles, c’est à la lettre, mais folles à lier ; la bonne est folle, ma fille est folle, mon mari est fol, je .suis folle, nous sommes toutes folles.
MADAME SERVAIS
Je conçois cela.
MADAME GIMARD.
.Xsseyez- VOUS donc.
MADAME SERVAIS
Faites pas attention.
MADAME GIMARD.
Pauline !
DAl’I.JXE.
Maman !
L'N TRAIN DK IM.AISIR
MADAME GIMAKD.
Débarrasse un faiilcuil, que ta marraine puisse s’asseoir.
MADAME SEliVAIS.
Je suis vraiment tlésolée d’ètrc venue, je vais vous délaiigcr.
MADAME GIMAKD.
Vous plaisantez. Il est bon de vous dire que je ne pensais pas plus à ce voyage-là qu’à m’aller jeter à l’eau; c’est monsieur Gimard...
MADAMI-V SEK VAIS.
.le le reconnais bien là.
MADAMB GIMAKD.
Vous le reconnaissez bien là!... Qui me dit, Tant’ jour, en rentrant de son bureau : J’ai une idée. — Laquelle? — Tu te plains toujours de ne jamais voir la mer; si tu veux, nous irons. — Ça c’est une justice à me rendre, de toid temps j’ai désiré voir la mer, et puis vous savez...
MADAME servais.
Je crois bien, suffit que tout le monde y aille...
MADAME GIMAKD.
Pour qu’on veuille y aller.
MADAME SERVAIS
Je suis ben comme vous de ce côté-là.
MADAME GIMAKD.
C’estau point que je ne mourrais point tranquille si jonc la voyais pas. C’est ridicule...
MADAME SERVAIS
C’est tout simple.
MADAME GIMAKD.
Que voulez-vous ? Ce n’est donc pas pour m’en faire un mérite à vos yeux, mais c’est comme ça, d’autant que j’adore voyager. L’année dernière, au mois d’aoùl, je ne sais pas si je vous l’ai dit?... . ,
UN TRAIN DE PLAISIR
Pas encore.
MADAME GIMARD.
Nous sommes allés à Fontainebleau, mon mari et moi... Dire que nous nousy sommes amusés, je mentirais, parce qu’il a toujours plu ; puis, à bien considérer les choses, il n’en coûte pas plus de voir la mer que d'aller à Fontainebleau; je vous dis ça parce que nous devons y retourner, ne l’ayant pas vu la première fois. Faut y aller à Fontainebleau, marne Servais, ça en vaut la peine.
MADAME SERVAIS
Nous y sommes allés.
MADAME CIMARD.
Quand ça?
MADAME SERVAIS
11 y a huit jours.
MADAME GIMARD.
Il y a huit jours?
MADAME SERVAIS
' Avec marne Gibotet.
MADAME GIMARD.
Marne Gibotet est allée à Fontainebleau?
MADAME SERVAIS
Son mari aussi.
MADAME GIMARD.
Elle ne m’en a rien dit. La drôle de femme avex; sescachotteries.
PAULINE
Maman, faut-il emporter ma musique?
MADAME GIMARD.
En voilà une idée! Pourquoi pas ton piano, pendant que nousy sommes. Tu ne peux donc pas être un jour sans t’en passeï- ?
l’N TRAIN DE PLAISIR
MADAMK SEnVAIR.
En voyage, moins on emporte de choses, mieux on s’en trouve.
MADAME GIMARD.
C’est ce que je me tue de lui dire. Tenez, c’est à Fontainebleau, manie Servais, que j’ai perdu mon châle; vous savez, mon boiteux?
MADAME SERVAIS
Vous ne l’avez plus?
MADAME GIHARD.
.l’aimerais mieux ne plus l’avoir, ça me ferait moins de peine. Tout ça la faute à M. Gimard ; je ne voulais pas le mettre, j’en avais comme un pressentiment. An fait, puisque vous y êtes allée, je n'ai pas besoin de vous le dire : Fontainebleau est un endroit où il faut toujours et toujours grimper, et c’est en grimpant que j’ai déchiré mon châle en cinq ou six endroits. Depuis je n‘ai pas eu le courage de le regarder ; non, c’est fini, je ne le verrai plus. M. Servais va bien ?
MADAME SERVAIS
Mais comme vous voyez... Ah! vous allez voir la mer?
MADAME GIMARD.
Vous la connaissez ?
MADAME SERVAIS
Pas particulièrement.
MADAME GIMARD.
Vous en avez entendu parler, c'est comme moi . Si vous veniez avec nous?
MADAME SERVAIS
Nous y serions déjà allés, si nous n’avions pas nos chiens.
MADAME GIMARD.
On les emmène .
MADAME SERVAIS
Je .sais bien. Mais voyez-vous, rien que l’idée de les
UN TRAIN DE VLAISIR
voir, elles qui ne nous ont jamais quittés, avec d’aut’s bêtes (ju’elles ne connaissent pas, nous a toujours retenus: vous savez comme Mimire est mallieureuse quand elle voit de nouvelles ligures ! Que je vous dise encore ...
MADAMi: r.IMAP.n.
Dites.
MADAME SERVAIS
Depuis sa dernière maladie, cette petite chien ne -là a toujours filé un mauvais coton .
MADAME GIMARD.
Vous savez que je vous avais demandé un petit chien qu;md elle viendrait à en avoir.
MADAME SERVAIS
Donc vous voulez que je vmis garde un chien de vw chienne.
MADAME GIMAUD.
Non, vraiment, jxiurmon docteur.
MADAME .SERVAIS
Vous l’aurez.
MADAME GIMARD.
Ça me fera plaisir. D prétend, du reste, que l'air de la mer me fera du bien, .le ne sais pas. Pauline î
PAUJ.ISE.
Maman!
MADAME GIMARD.
Sais-tu si monsieur ton pore, a mis un bonnet de coton dans son jaaquet.
l‘Ain,IXE.
Non, maman.
MADAME GIMARD.
.le vas toujours lui eu mettre un.
MADAME SERVAIS
Le mien ne dormirait pas sans ça. Dormez-vous en voiture?
THAIN DE l’I^AISJR
NAbAMK GIMAKLi.
C'esl-à-(lirc que je ne fais que ça.
C’csl comme moi. Quand je suis allée voir ma bellesœur à Lyon, on mettait alors cinq jours • et ciuq nuits : (lemandez-moi un peu ce que j’ai remarqué eu route, je vous répondrai que non. Je suis toujours bien aise de vous avoir vue avant mon départ; ça, je ne vous le cache pas.
MADAME SERVAIS
.Moi aussi, de mon côté : vous ne croiriez pas une chose?
MADAME GIMARD.
Non ; quoi doue ?
MADAME SERVAIS
Je m’en doutais.
MADAME GIMARD.
Que nous allions voir la mer ?
MADAME SERVAIS
J’cu parlais y a pas un mois à M. Servais.
MADAME GlMAl^
C’est particulier. Il y a vrainieui de ces choses... Faut vous dire aussi que mon mari adore la mer.
MADAME SERVAIS
C’est comme le mien : faut croire que c’est dans l’homme. C’csl au point que si M. Servais était ici, il est possible qu’il fût des vôtres, il est homme à se lais.ser aller.
PAULISE.
Si je voyais à l’envoyer clierclier.
MADAME SERVAIS
Faudrait trouver moyeu, voyez-vous, que ça n'ait pas l’air préparé. ^
PAULIN !■;
Ah! maman! quel bonheur si marraine pouvait venir avec nous !
UiN TRAIN DK l'LAISiR
.MADAME GINARD.
Ça lie se fait pas eomme ça.
PAULINE
Si marraine, t’en prie!
' ■ MADAME GIMAKII.
Dis-moi, lifille...
PAU LINE
Maman ’.
MADAME GIMARD.
OÙ sont mes bas?
PAULINE
l)ans le petit panier à bonne maman.
Et Nornia ?
.MADAME GIMARD.
Norma reste avec sa tante, la voilure lui fait mat; nous lui rapporterons du poisson à ma belle-sœur, nous en rapjiorterons aussi à Marne Gompois.
MADAME SERVAIS
Qui ça déjà, marne Cornpois?
MADAME GIMARD.
La nièce à sa bni.
MADAME SERVAIS
A qui, sa bni?
MADAME GIMARD
Au principal locataire.
MADAME SERVAIS
J’y suis.
MADAME GIMARD.
Vous ne croirez jamais une chose?,..
MADAME SERVAIS
C’est possible.
MADAME GIMARD,
Je suis déjà fatiguée, les jambes me rentrent.
UN TUAlN DK l'L.VISlD
MADAME SERVAIS
C’est le temps. Nous aurions de l’orage, d’ici ù ce soir, tpie ça ne m’étonnerait pjis. Et vous partez?...
MADAME GIMAP.D.
Ce soir.
MADAME SERVAIS
Vous serez arrivés?
MADAME GIMARI).
Demain, de bonne heure. .\h çà, vous décidez-vous?...
PAULINE
T’en prie, marraine !
MADAME SERVAIS
.Non, comme je vous disais, pas moyen, par la raison (pie je vous ai donnée.
MADAME GIMARD.
Toujours jK)ur vos chiens ?
MADAME SERVAIS
Il y a encore maman r[ue nous ne voulons pas laisser seule.
. MADAME GIMARD
(Jue ne l’emmenez- vous ? voilà nue occasion.
MADAME SERVAIS
Et son lioston ?
MADAME GIMARD.
Elle le fera là-bas.
MADAME SERVAIS
Non, voyez-vous, à son âge, i’iiubitude qu'elle a de jouer avec les mêmes personnes fait qu’elle n’aime pas à jouer avec le premier venu. Autre chose encore : jamais vous n’obtiendrez de maman de la faire aller en chemin de fer, elle aimerait mieux mourir.
MADAME GIMARD.
Je suis bien comme elle de ce cdté-là.
MADAME SERVAIS
Moi j’y passerais ma vie si on nie laissait faire ; je serais gouvernement, j’en mettrais dans tout Paris, et vous ?
UN TliAIN DE PLAISIR
2cO
MADAME GIHARD.
Je UC les aime pas aulaiil que ça.
LES MÊMES, cil A H LOTTE.
CHARLOTTE
Il y a là deux lioiimies <pii disent qu’ils ont à vous parler.
MADAME SERVAIS
Je ne reçois pas d'Iiomnies chez moi. Ne soiit-ce |)as plutôt deux messieurs que vous voulez dire?
en ARLOITK.
Oui.
MADAME GIMAIIH.
Oui, qui?
CHARLOTTE
Oui, madame.