‹ Les bourgeois de Paris scenes comiquesChapitre 66 sur 175 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

MO.NSlKÜIt CORNF.T, MO.NSlEllli TO.MBA.

MONSIEUR CORNET

Ab! VOUS avez été enrhumé?

MONSIEUR TOMBA

tlomme un loup.

Et qu’avez-vous fait pour çaV

MONSIEUR TOMBA

Pas grand’ chose.

MONSIEUR CORNET

Je n’ai rien voulu faire ; ça c'est passé comme ça.

MONSlEUa TOMBA.

Peut-être avez-vous eu tort.

DE LA TABLE

, MONSIEUR CORNET

Vous voyez bien que non, puisque nous avons obtenu le même résultat.

MONSIEUR TOM R-\

Je ne sais si je me trompe, je trouve ee nouvel appartement bien joli.

MONSIEUR CORNET

Vous ne le connaissiez pas?

MONSIEUR TOMH.V,

Pas encore.

MONSIEUR CORNET

Le fait est qu’il y a une éternité que vous n’éliez venu. . . oui, très joli, parfaitement distribué ; des placards partout. (Il ouvre les .irmoires.) 11 est de beiuicoup préférable à l’autre : pas de comparaison. Un gienier, des caves magnifiques, chambres de domestiques, ce qui n’existait jias dans l’autre; puis ceci... (ii ouvre une porte.) Vous n’avez qu’à pousser ce bouton; vous voyez, c est fort commode et sous la même’ clef... sans sortir de chez soi.

MONSIEUR TOMR.A.

Oui le leur a indiqué?

MONSIEUR CORNET

C’est moi qui le leur ai trouvé. Il y avait longtemps que je méditais cela. C’était vraimenl déplorable de les voir relégués dans ce maudit quartier, là-lias, à tous les diatles! Je voulais à toute force les rapprocher, et, ma foi, à force de chercher, j'ai réussi.

MONSIEUR TOMB.A

Parfaitement. Il est de fait que c’était bien loin.

^ MONSIEUR CORNET

Et le soir, pour m’en revenir, je n’étais pas tranquille; bien qu’il ne me soit jamais rien arrivé ; mais, vous s.ivez. il ne faut souvent qu’un moment.

LF, TYRAN

MOSSIEtJR TOMBA.

Vous tenez à votre quartier ?

MONSIEUR CORNET

L'habitude! Voilà tout à l’heure tiente-deiix ans que j'y suis. ' '

MONSIEUR TOMBA

Il est bien bruyant.

MONSIEUR CORNET

Ne croyez pas cela, on s’y fait. Quand j’ai pris cet appartement, notez bien ceci, c’était à qui me dirait : Ne le prenez doue pas, c’est un bruit à ne pa.s entendre, vous ne dormirez pas de quinze jours.. .

MONSIEUR TOMBA. ,

J’eusse éU'i de cet avis-là.

MONSIEUR CORNET

Je suis allé passer ces quinze jours à la campagne, en revenant, je dormais comme un sabot.

MONSIEUR TOMBA

Vous m’en direz tant... ' -

MONSIEUR CORNET

Et j'esjicre bien n’en sortir que lorsque je ne pourrai plus faire autrement.

Il ne faut pas penser à cela.

MONSIEUR CORNE T

Faut pourtant bien y penser. Pour en revenir à ce qui? je vous disais, monsieur Tomba, j’aime Paris, je l'adore, s'il faut vous le dire, et jamais je ne le quitterais, si ce n’étail |M)nr faire plaisir à madame Bouché, qui, tous les ans, exige que j’aille passer la belle saison avec elle à la campagne. Au fond, je n’ejtiBjiis pas fâché.

' MONSIEUR TOMBA

Je le. crois.

DE LA TADLE

MONSIEUR CÜKNKI.

Kh J)ieii ! j’ai beau être là coiunie die/ moi, c'est le diable pour m’y décider. Je n’y suis pas plutôt que je mange comme un ogre.

MüNSlELIt TOMBA.

C’est le grand air.

MONSIEUR CORNET

■le bois comme un trou et dors comme une maimotte. Faut l’aire en sorte d’y venir un joui', monsieur Tomba i

Le tout est de trouver un joint.

MONSIEUR CORNET

Qui vous retient?

MONSIEUR TOMBA

Personne. .

MONSIEUR CORNET

Eli bien?

MONSIEUR TOMBA

Je finirai par là.

MONSIEUR CORNET

Vous promette/ tfuijoiirs et ne tenez jamais.

MONSIEUR TOMBA

Je tiendrai.

MONSIEUR CORSET

Nous verrons. Comme disait encore l’autre jour M . Bouché, tous ces Parisiens,' impossible de les sortir de leure habitudes ; et il vous ciUiit, à celte occasion.

MONSIEUR TOMBA

C’est un joli pays?

MONSIEUR CORNET

Charmant'. Pas d’eau ; ce n’est pas un mal, il n’en est que plus sain. J’ai installé là une serre, comme vous n’en verrez nulle part. J’ai jeté bas tout ce qu’il y avait, j’ai

Lli T YUAN

laillc en plein drap, avec la peniiissiou des aiitorilés, bien entendu.

' .MONSIKfll l'OMllA.

Vous avez toujours eu beaucoup de goût.

MOSSI EU K COKSEl.

One voulez-vous'? faut bien s’occuper ; je n’ai rien à faire du matin au soir, c’est pour cela que je me crée des otaaipations.

MOSSiECK TOMBA.

Vous avez une très-lieureuse organisation.

MO.NSlELIi CORSET.

Vous êtes bien Ixm.

MONSIEUR TOMBA

Certainement.

MONSIEUR COIi.NET.

(l’est moi qui ai choisi ce papier; comment le trouu’Zvous?

MO.NSTEUR TOMBA.

Fort joli, bien distingué.

MOSSIEUR CORNET

J’ai tout fait peindre à riuiilc, comme vous voyez. Mais quel mal, monsieur Tomba, j’ai eu avec cas maudits ouvriers! M. et madame Bouché étaient à la campagne, je tenais à ce que tout fiit prêt jKiur leur retour. Je l’en moque, c’est tout au plus si, dans la matinée du 15, ils pouvaient emménager. Ah çà ! vous dînez avec nous ?

MONSIEUR TOMBA

Il m’a été imyiossible de refuser.

MONSIEUR CORNET

A la bonne heure ! Je vous demanderai la [lerniissiun de me mettre sur la tète ce petit bonnet que j’ai là dans ma poche.

MONSIEUR TOMBA

Je vous en prie.

DE LA TAKLE

>IOSSlELi; COKNET,

Je serais bien aise de ne pas in’enrlnimer une seeonile lois.

^ MONSIECR TOMBA.

C’est Tort inutile.

MO.NSIEUK CORNET.

Un a laissé s’éteindre le feu, ça va èli e le diable pour le rallumer. (H sonne.)

Page 1