SCÈNE PREMIÈRE
MONSlEPn GOl'JRT, MONSIEUR PLANTIN
MONSIEUR GOUJET
(resluiie chose extraordinaire. .. ce ii’esl pas, au surjtliis, aujourd'hui que j’en ai fait la remarque; c'est, dis-je, une chose extraordinaire, que jamais on ne veuille avoir tort .
MONSIEUR PLANTIX
Je Vous jure mes grands dieux, monsieur Goiijet, (|uc si j’eusse pu prévoir les tracas et les ennuis auxquels nous sommes en butte depuis huit jours, certes, je les eusse prévenus.
MONSIEUR GOUJET
Pourquoi, alors, puisipi’il était en votre pouvoir de le faire, ne pas l’avoir fait?
MONSIEUR PLANTIN
Pai ’ce que j’étais intimement convaincu, comme je le suis encore, que ma femme vous eu avait touché un mot.
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LES FACHEUX V DOMICILE irc.
MONSIEUR GOUJET
C’est-A-dirp qu’elle ne nous en a pas ouvert la bouche.
MONSIEUR PL.VNTIN.
Vous sentez que, du inomeiil que je pensais que quelqu'un avait bien voulu se charger de leur invitation, je devais dormir siirraes deux oreilles... Soyons justes et delmii compte, tout autre, à ma place, en eût fait autant.
MONSIEUR GOUJET
Vovez, d’un autre côté, comme souvent ou ferait mii'ux (le s’eu tenir à sa première idée, ,1’étais sur le point de prendre riuilialive, lorsque je me suis dit : Un instaiil, tout en voulant arranger les choses, prenons garde de les embrouiller davantage; s’ils eussent bien voulu me confii'r cette mission, aux termes où nous eu sommes, ils l’eussent fait; ne m’eu ayant point parlé, c’est <|u’appareiumeut ils ne m’eu ont pas jugé digue: ii’(M1 parlons plus; qu’il n’eu soit plus question; et, d’ailleurs, ce petit service que, dans toute autre, circonstance, j’eusse été enchanté de vous rendre, dans celle-ci, je ne vous le cadre pas, m’eût horriblement gêné .-j’étais, ou plutôt nous étions, madame fioujet et moi, dans les enterrements jusf[u’au cou. Aujourd’hui, c’éLaitM. Parhochet; demain, madame Surgit, puis M. , Vêtu, M. Pichaud. M. Rey, M. Parfait; tout le monde semblait s’ être donné le mot. Jusqu à M. Petibon, dont nous ne parlons pas ; ma femme s’én était allée pleurer avec la sienne: nous y dînâmes; c’est, [lar parenthèse, la dernière fois que j’eus le plaisir de passer la soirée avec monsieur et madame vo.tre nièce.
MONSIEUR PLANTIN
Pue assez jolie personne (jue la leur.
MONSIEUR GOUJET
Ils n’en ont pas.
MONSIEUR PLANTIN
Je parle de leur demoiselle.
io4
LES FACHEUX
> MONSIEUR GOUJET
Je disais aussi : Ma nièce n’est pas dans ce oas-Ià, bien que mariée trop jeune, à mon avis, malheureusement pour elle.
Seulement, les yeux un peu trop rapprochés du nez.
MONSIEUR GOUJET
Ma nièce?
MONSIEUR PLANTIN
Lui, le père; un homme fort capable, du reste.
MONSIEUR GOUJET
Je ne vous dis pas non, mais trop emporté. Eh ! mon Dieu! c’est bien cela qui l’a tué! sans cela, il aurait vécu cent ans. Puis, il faut tout dire, il a ce qui s’appelle usé la chandelle par les deux liouts.
MONSIEUR PLANTIN
Elle éUlit piquante, madame Petibon.
MONSIEUR GOUJET
Fort piquante. Je l’ai connue demoiselle. Nous demeurions porte à porte avec ses père et mère. Des gens trèssimples, sans éducation, mais excellents.
MONSIEUR PLANTIN
- Qu’était donc déjà son père, à madame Petibon?
MONSIEUR GOUJET
Je vais vous le dire ; Le père de madame Petibon... était... attendez., son père, à madame Petibon... facteur de pianos.
MONSIEUR PLANTIN
Ce n’est pas cela...
MONSIEUR GOUJET
Pardonnez moi, vous me donnez là mi démenti fort mal à propos.
MONSIEUR PLANTIN
Vous ne me laissez pas. non pins, le temps de parler.
DOMICILE
lûri
MONSIEUR GOUJEI.
i\oii, mais c’esl qu’en vérité aussi, monsieur Plantiu...
MONSIEUR HLANTIN.
( l’était uu ..je me brouille avec tous le,s noms... c’élail un... comment donc déjà...
MONSIEUR GOUJET
Je me suis fait l’honneur de vous dire un facteur de pianos.
MONSIEUR rUANTIN.
Je l’ai sur le bout de la langue, sou papa; aidez-moi dune un peu... un monsieur...
MONSIEUR GOUJET
Chevreau !
MONSIEUR l'LANTIN.
C’est cela. Je savais bien que nous finiiious par nous entendre.
MONSIEUR GOUJET
Ce pauvre papa Chevreau ! avec son épaule plus haute que l’autre!
MONSIEUR I>;.ANTIN
Vous croyez? Je ue l’ai jamais remarque.
MONSIEUR GOUJET
Voyez sa fille, elle tient de lui : un peu IjanilxK'lie, madame Petibon.
MONSIEUR IM.ANTtN.
.Madame Petibon?
MONSIEUR GOUJET
i'te vous eii déplaise.
MONSI^Ull PLANTIN.
N'importe, cette maudiU; affaire me frotte toiijuui’s.
MONSIEUR GOUJET
D'autant que les lléris.scin ne vous le pardonneront jainais.
LES FACHE L'X
Iv)»
MONSIEUn PLANTI>.
Kl (lilo ([UC je u’y suis pour rien; niafs pour ricir, inoiisiciir (ioiijet, connue il n’y a iju’im Dieu.
MONSIECII GOUJËT.
Vous ne leur persuaderez jamais cela.
.MOSSIEÜK l'LA.NTIN.
Ma féinme m’a soutenu mordicus (|u’ell(! les avait liiil prévenir.
MIINSIEI'R CüL'JET. '
Que lie leur avez-vous écrit 1
MONSIEUR PLANTIN
* J 'eu avais rintentioii.
MONSIEUR GOUJEt.
t'.ela UC siidlit pas.
MONSIEUR PLANTIN
Puis, au inoineni d’ellectuer mon projet, il nous venait du monde, l’heure se passait, et, de lil eu aiguille, je n’y pensais plus, et va te promener !
MONSIEUR GOUJET
si c'était d’autres gens, je ne dis pas; on leur l'ait des excuses qu’ils acceptent ou n’acceptent pas, tout est dit, il n’en est plus question ; mais ici ce n’est pas cela : les Hélisson ont toujours été à cheval sur les convenances, nous le savez, et d’autant plus à cheval, cotte lois, que c’est à qui leur parlera de votre soirée ; et plus il en sera question, jilus on leur retournera, eu quelque sorte, le couteau dans la plaie. H est, de fait que votre réunion fut une des plus jolies de la saison : c’éUiit charmant I
bien modeste, monsieur Goujet, bien modeste.
MONSIEUR GOUJET
Vous n’en pensez pas un mot. C’était, vous dis-je, charmant, charmant, charmant! Quelle était donc déjà
V DOMICILE
cette jeune personne qui s’est coustamnient tenue liims le petit salon, près de la chcniincc?
MOMSIELR Pr.VNTlN.
Attendez donc... près de la clieininée... ■
MONSIEl'K bOL'JET.
Vous ne devinez pas qui je veux dire '!
MOXSIÉIR IM.AMI.N.
l’as encore... Près de la cheminée. ..
monsiecr goujeï.
lue brune, assez forte.
MOîiSIEüli Pl.A.MI.N. *
Mademoiselle Boisdarge ?
MONSIEUR UOt'JEI.
Ah ! c'est là mademoiselle Boisdargé? Klle chante à tue-tête.
MüNSlELli PI.ANTIX.
Vous trouvez?
MONSIEUR GOfJET.
.le ne suis pas le seul. Pas de goût, pas de niélhotlc, une voix qui vous entre dans les oreilles : ce n’est pas là madame Pasta !
MONSIEUR HLA MIN
Flic n’a pas, ‘je crois, la prétention de rivaliser avec celte dame-là.
MONSIEUR UOUJEI.
.le ne vous dis pas; mais quand on lait tant de faire les choses, autant vaut bien les faire, l'est comme .M. Bouchard : tout le monde s’en vient me vanter la voix do .M. Bouchard! M. Bouchard chante comme on chante an cabaret : je n’appelle pas ça cbanter. Quelqu'un qui cbanlait bien encore, c’était Ëlleviou : vous n’avez pas vu Kllevioii?
MONSIEUR HLANIIN.
Si f)il, une seule fois, au jardin des Plantes.
LES FACHEUX
MOSlEUn GOUJET.
Il y chanta ?
MOSSIEUR PLANÏIN.
Il donnait le bras à une dame.
MONSIEDR GOUJET.
.lainais on ne remplacera cet homme-là ■
MONSIEUR PLA^TI^
Je me le suis laissé dire.
MONSIEUR GOUJET
Une jambe... magnifique... un [jort... de Roi... fait au tour... Mais’ on sounel II vous vient du monde, je vais vous tirer ma révérence.
MONSIEUR PLANTIN
Restez, je vous eu prie.
MONSIEUR GOUJET
Ma femme ignore où je suis.
MONSIEUR PLANTIN
Raison de plus.