MO.NSIEUR THOMAS.SU
l’ourquoi imsl
MONSIEUR FEBLÉ.
Le beau-père de mademoiselle Chaumartois était agent de change.
MONSIEUR THOMASSU.
Si vous le prenez par l.'i, on a vn des rois épouser de> bergères.
MADAME BIDACHE
Qui vivra verra. .l’espère, du reste, vivre assez pour établir ma fille.
MONSIEUR THOMASSU
Vous le verrez, gardez-vous d’en douter.
MONSIEUR FERLÉ.
Et M. Bidache?
MADAME BIDACHE
Vous êtes bien bon .
Il va bien '!
J»E RlEi\S •MONSIEUIl FEKLÉ.
MADA.ME BIDACHE.
Comme vous voyez. Et votre sœur, monsieur Ferlé?
•MONSIEUR FERLÉ.
Vous êtes bien bonne.
MADAME BIDACHE
Elle a marié sa demoiselle ?
Il y aura demain quinze jours.
MADAME BIDACHE
A un pédicure, m’a-t-on dit?
MONSIEUR TIIO.MASSU.
A un dentiste, madame, à un dentiste.
MONSIEUR FERLÉ.
A lin chirurgien-dentiste. M. Boidas, mon neveu, après avoir été chirurgien aux armées, a désiré se fixer à Paris ; c’est alors qu’il s’est fait dentiste. Il est fort habile et fort occupé.
monsieur tuomassü.
Un très-aimable garçon, M. Bordas.
monsieur ferlé.
Au fait, vous le connaissez?
monsieur t h 0 m a s s u .
Si je le connais ! Je fais trois fois la semaine ma partie de dominos avec son papa.
MONSIEUR FERLÉ.
Effectivement.
MADAME BIDACHE
Et lui, le jeune homme, joue-t-il aux dominos?
Il y joue, si vous voulez.
MADAME BIDACHE
Je ne demande pas mieux.
io
LES lilSEERS
MONSIEUR FERRÉ
Mais il est loin d’ètre de la force de sou père. ,
MADAME niDACHE.
.l’ui connu un M. Bordas... Demaudez-Iui donc, quand vous le verrez...
MONSIEUR FERRÉ
Je le vois tous lés jours.
MONSIEUR TIIOMASSU.
Raison de plus.
MADAME BIDACHE
Deniandez-lui donc s’il ne serait pas parent d’un nommé M. Bordas qui a été, dans le temps... atfendez doue... (pi’était-il donc déjà, ce Bordas?... un grand homme, autant que je puis me le rappeler, très-brun...
MONSIEUR TIIOMASSU.
Il est blanc comme votre mouchoir.
MADAME BIDACHE
Je vous parle de vingt à vingt-cinq ans.
MONSIEUR TIIOMASSU.
Il peut l’être devenu.
MADAME BIDACHE
Que diable ! que faisait-il donc, ce Bordas?
MONSfEUR TIIOMASSU.
Je l’ignore coiuplétomeut.
MADAME BIDACHE
Ans.si ii’est-ce pas à vous que je le demande, c’est à M Ferlé. C’était comme une espèce de bureau, l’endroit où il se tenait ; j’étais fort jeune alors, je ne l’ai jamais beaucoup vu ; ma tante était fort liée- avec lui, et vous savez, une jeune jiersonne...
MONSIEUR TIIOMASSU.
Ne peut pas avoir les mêmes relations, c’est tout na* turel .
Diyiîi/^ - ^ . C'.oo^Ic
DK RIKNS
.MArtAMK ISIDACIIK.
C’était à une époque où nous voyions beaucoup de monde. Je ne sais plus où nous demeurions à cette époque.
MOKSIEini TUOMA.SSC.
Il faudrait voir i\ vous le rappeler.
MADV-ME BllIACUE.
Quand il venait à la maison, ce M. Bordas, je le vois d’ici, un grand homme sec, qui portait des conserves. L'n giand jæclieur, vous pourrez encore lui rappeler ça ; il aurait péché toute la journée, du matin au soir. Comme cet homme aimait l’eau ! quand j’y pense ! C’est prodigieux ! Demandez à monsieur votre neveu si ça ne .serait pas son oncle? .
MO.NSlECIi EEIU.É.
Je vous le promets.
MADAME BIDACIIE.
Vous me ferez plaisir. Non pas que j’y tienne autrement; mais vous pensez... ou aime souvent à revoir certaines pei’somies... avec lesquelles, après tout, on n’a jamais eu que de bonnes relations. N’ètes-vous pas de mon avis?
MONSIECI! feblé.
Daifaitemenl .
•MADAME BIDACIIE.
Il avait une petite femme qui avait un trait dans l'œil. Voilà que vous partez, monsieur Thomassu?
MONSIEUR THOMASSU.
J’ai promis d’étre à deux heures au Marais.
MADAME BIDACHE.'
■ Vous avez bien le temps !
MONSIEUR THOMASSU.
Je .serais bien aise de m’ÿ trouver un peu avant.
LES DISEL’HS
MADAME BIDACHE
Ce sera comme vous voudrez.
MONSIEUR TIIOMASSU.
Bien des choses à Bidache.
MADAME BIDACHE
Il sera désolé de ne pas vous avoir vu.
. ' SCÈNE ni
MADAME BIDACHE, MONSIEUR FERl.É.
MADAME BIDACHE
.le dois être rouge comme un coq?
MONSIEUB FERLÉ.
Non, madame, pas autant que vous pourriez le croire.
MADAME BIDACHE
Le sang ne me monte pas à la figure?
MONSIEUR FERLÉ.
Mais non. ■
MADAME BIDACHE
J’ai pourtant été, tout à l’heure, sur le point d'éclater ! Vous n’auriez pas été là, que les choses ne se seraient pas passées ainsi. Ce monsieur m’irrite à un point, avec ses taquineries !
MONSIEUR FERLÉ.
Ce n’est pas un méchant homme
MADAME BIDACHE
Un brouillon qui, de sa vie, n’a jamais su rien faire.
MONSIEUR FERLÉ.
Il est bien heureux, alors, d’être venu au monde avec de la fortune.
HE RIENS
MADAME BIDACllE.
Très-heureux ! car, sans cela, il aurait couru grand risque de mourir de faim.
MONSIEril FERI.K.
Ça, je le crois.
MADAME BIDACllE.
Sans être précisément jolie, votre nièce, monsieur Ferlé, est Irès-piquante ; voilà ce qu’elle a pour elle. Tenez, c’est encore un état que je n’aimerais pas pour ma fille, celui de son mari.
MONSIEEB FERLÉ.
Pourquoi?
MADAME BIDACllE.
Pourquoi? j’aime bien cela! D’abord parce, que ce sont des bourreaux; de tout temps, ces gens-là n'ont joui d’une bonne réputation. On dit ; « Menteur comme un arracheur de dents, » et j’ai toujours détesté le mensonge. Après ça, s’il la rend heureuse, nous ii’avons rien à dire.
MONSIEUR FERLÉ.
Très-heureuse, madame, parfaitement heureuse.
MADAME BIDACllE.
Le croyez-vous aussi à sou aise qu’il veut bien le dire?
Mon neveu?
MADAME BIDACHE
M. Thomassu. '
MONSIEUR FERLÉ.
Je n’en sais rien.
MADAME BIDACllE.
Vous n’avez pas compté avec lui, ça, je le comtois ; mais toujours est-il qu’il se lient parfaitement hieii, qu’il ne se refuse rien'; il a un bel appartement, du beau linge, et
LES DISErnS
vous savez, comme moi, qu’on ne peut se permettre tout ça sans...
«(O SIR.ril F F. RI, K.
Avoir quelque chose.
MADAME BIDACHE
D’autant que tout augmente. H aurait eu vingt-deux ans de moins, M. Thomassu, que je n’aurais pas balancé à lui donner ma lille.
MONSIECK FERLÉ.
Maintenant, je doute qu’il se marie jamais.
MADAME BIDACHE
Il fera bien, (l’est comme vous, monsieur Ferlé : n’ètesvous pas deux mille fois plus heureux? vous faites ce que vous voulez.
MONSlKlMt FERI, K.
A peu près.
MADAME BIDACHE
Vous êtes libre comme l’air, vous allez où bon vous .■ieinble. \
M().N.SIEril FERLE.
Du matin au soir.
MADAME BIDACHE
Vous ne mangez jamais chez vous?
MONSIEUR FEHl.K.
Pai'donuez-nioi .
MADAME BIDACHE
Vous avez une bonne à demeure?
MONSIEUR FERLÉ. '■
Oui, madame.
MADAME BIDACHE
Vous êtes moins heureux alors que je ne croyais.
Je vous jure quê je. n'ai pas à m’en plaindre.
DK niENS ^
madamf; bidachë.
Ne jurez pas, je sais à quoi m’eu tenir. Ün ne convient pas de ces choses-là, et l’on a raison. Et c’est pour être plus libre, n’cst-ce pas, que vous n’êtes pas marié?
MONSIKIUI rEKLK.
Ce n’est pas précisément pour cela.
MADAME BIDACIIK.
Laissez donc ! je vous connais comme si je vous avais (ait, mon brave homme, tout comme M. Tbomassu. Vous ii'attendez pas mon mari?
MONSIECP. fEBI.K.
Je suis foix» de vous quitter.
MADAME BIDACHK.
11 sera désolé de ne pas vous avoir vu.
SCKNH IV
' LES MKMES, MONSIF.EIÎ Bin\i;HE.
MOS SIED li II III A cil K.
ün m’a dit qu’il y avait ici quelqu’un de ma connaissance. Restez donc assis.
.MO.NSIEDIl l'Eltl.K.
Votre très-humble.
MADAME BIDACIIE.
Un n’est jamais trahi que par les siens. Si J’avais voulu qn'on ignorât que monsieur liit chez moi...
MOSSIEDK IIIDACHE.
Ça va bien?
MOXSIErii Kl HI.É.
(i’onime vous voyez.
188 ' LKS niSF.UUS
MONSiEL'K BIItACHE.
Il y a assez longtemps, sans reproche, que vous n’éliez venu nous voir.
MADAME BIDACHE
C’est le reproche que j’adressais à monsieur.
MOSSIEDK FERLÉ.
J’ai eu fort à faire.
MADAME BIDACHE
Mon Dieu, un instant de plus et monsieur s’en allait.
MONSIEUR BIDACHE
C’eût été joli.
MADAME BIDACHE
Tu as vu M. Malapeaii?
MONSIEUR BIDACHE
Ils ne gardent pas leur appartement.
MADAME BIDACHE
Une autre idée, à présent! après les dépenses qu'ils y ont faites !
MONSIEUR BIDACHE
Elle, ne demanderait pas mieux.
MADAME BIDACHE
Mais il faut qu’elle fasse la volonté de son mari . C’est comme vous, quand vous m’avez fait quitter mon logement de la rue des Deux-Portes-SainI -Sauveur.
MONSIEUR BIDACHE
On n’y voyait pas clair en plein midi .
MADAME BIDACHE
Cela aurait dû vous être parfaitement égal, vous qui, la plupart du tenaps, ne rentrez à la maison que pour vous coucher. Moi, je m’y plaisais dans cet appartement, et lieaucoup ; enfin j’y avais me.s habitudes, et vous savez, monsieur Ferlé, ce que c’est que les habitudes?
MONSIEUR FERLÉ.
Oui, madame, une seconde nature.
ÜK UlENS
MONSIEUR ItlDAClIK.
Ta sœur ne vient-elle pas dîner aujourd’hui à la maison ?
MADAME BIDACIIE.
Je ircii sais rien.
MONSIEUR niDACIIE.
Il me semblait que c’était une chose arrêtée entre elle et toi?
MADAME BIDACIIE.
Il me semble plutôt que tu veyx aller dîner en ville, et que c’est un biais que tu prends pour arriver à tes lins, une malice cousue de fil blanc.
MONSIEUR BIDACIIE.
Quelle idée !
MADAME BIDACIIE.
Mais à quoi bon toutes ces cachoteries? Tu sais bien, mon pauvre homme, que toutes ces finesses-là je les ai toujours devinées. --
MONSIEUR BIDACIIE.
Je t’assure...
MADAME BIDACIIE.
Je t’assure aussi que je ne m’y laisse plus prendre.
MONSIEUR FERLÉ.
Je me vois forcé de vous quitter.
MONSIEUR BIDACIIE.
Vous partez, monsieur Ferlé?
MONSIEUR FERI.É
11 le faut absolument ; croyez bien que sans cela je fusse resté avec grand plaisir.
MADAME BIDACIIE.
Nous vous voyons si rarement !
MONSIEUR BIDACIIE.
Après cela, vous demeurez bien loin.
MADAME BIDACRE.
Mon Dieu ! ne dis donc pas cela ; monsieur Ferlé, au-
l,KS UISKlinS
joiird’hui, avec les omnibus, il n’y a plus de dislaiice; c’est une défaite que je n’admets plus.
JIONSIECR FERLÉ.
C’est par discrétion, croyez-le bien, si je ne viens pas plus souvent .
MADAME BIDACIIK.
Eu voilà une Imne, par exemple! quand vous savez tout le plaisir que vous nous faites !
MORSIEL'R FERLE.
Je n’en ai jàmais douté.
MADAME BIDACHE
Et VOUS avez grandement raison. Ah çà! quand est -ce que nous vous reverrons?
MOMSIECR FERLÉ.
Le plutôt (jiie je pourrai.
MADAME BIDACHE
' .Nous y comptons.
MONSIEl’R FERLÉ.
Trop bonne, mille fois ! J’espère, monsieur Bidache. que vous n’allez pas vous déranger?
M OKSIEIIR BIDACHE.
t lommeut donc !
MO.NSIEUi! FERLÉ.
Autrement je ne remets plus les pieds ici.
MONSIEUR BIDACHE
Ce serait trop nous punir.