‹ Les bourgeois de Paris scenes comiquesChapitre 99 sur 175 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

MADAME BIDACHE, MO.NSIEEIl BIDACHE.

MADAME BIDACHE

Tu aurais pu, me semble, sans trop te compromettre- -le re<ondnire jusqu’à la porte. '

DK l\lENS

.MUNSIKUR bllIAClU;.

Il m’a menacé, si je le faisais, de ne plus leinettrc les pieds ici ; je t’avoue que je craignais ([u'il ne tînt parole ; c’est un homme cliarniant.

MADAME RtDACIIE.

Tu le trouvais bien hou quand nous allions passer des étés chez lui à la campagne, oi'i nous étions là comme chez nous comme des coqs en pâte, où nous invitions toutes nos connaissances. Tu diras ce que tu voudras, je le préfère tel •juTI est à un tas de gens que tu m’amènes et qui ne sont bons à rien. Mais que t’importe, à toi, que j’en sois assommée ou non? tu n’es jamais à la maison. Je te préviens d’une chose,c’cst que j’en ai assez de tout ce mondelà, et que dorénavant je lui ferme ma porte au nez, tiens-le-toi pour dit.

MO.NSIECR UIDACHE.

Tu dis ça et tu viens encore de le provoquer à revenir

MADAME BIDACHE

Pure politesse, je u’en pensais pas un mot.

MONSIEUR BIDACHE

Tu voisbieu ; c’est de la fausseté ou je ne m’y connais pas.

MADAME BIDACHE

C’est comme ton M. Thoraassu, qui s’installe des heures entières dans mon salon, (|ui ne se gène pas plus que s’il était (liez lui, Quand je dis citez lui... jamais sa bonne ne lui permettrait de mettre, comme il le fait, les pieds sur les bâtons des chaises, de cracher à la volée, ni do faire la centième partie de ce qu’il se permet ici.

MONSIEUR BIDACHE

Ne te fâche pas, cher ange! ne te l:\che pas, au nom du ciel ! ne te fâche pas ; nous verrons à mettre ordre à à tout cela.

MADAME BIDACHE

Il en est grand temps; c.ar, pour peu (|uoç;i dure, Ü

l.E^ DISEUHS

viendra faire sa barbe dans la salle ti manger et laver ses pieds dans ma chambre à conclier.

MONSIECIi BIDACHE.

Te voilà partie !

MADAME niDACIIE.

Si encore nous n’avions pas de demoiselle ; mais dans la position on nous sommes, ça n’est pas convenable; je dirai plus, c’est indécent.

MOSSlEUn BIDACHE.

.le ne crois pas les choses arrivées à ce jioint-là.

MADAME BIDACHE

Elles y arriveront, soyez-cn sur.

MONSIEUR BIDACHE

C'est tout simple.

MADAME BIDACHE

Comment rentendcz-vous '!

MONSIEUR BIDACHE

'l'iiomassu est le parrain de Léontine.

MADAME BIDACHE

Eli bien!

MONSIEUR BIDACHE

Il est garçon...

MADAME BIDACHE

Eh bien ?

MONSIEUR BIDACHE

11 s’ennuie chez lui, je trouve tout naturel qu’il vienne chez nous cbcrcher des distractions.

MADAME BIDACHE

El vous n’y voyez pas de mal?

MONSIEUR BIDACHE

Pas le moindre. Il fut un temps où certes ses assiduités eussent été bien autrement compromettantes qu’elles ne le sont aujourd’hui...

fcy Goosli.

1»K lu ENS

MADAMK IllDACIIE.

Je lie sais pas ce cpic vous voulez dire.

MOASIEUR BIDACIIE. '

IjOrsque je l’eu lis la remarque, lu me répondis à cela que ça te convenait, que je n’avais pas à y fourrer le nez, que je n’avais rien à dire; je baissai pavillon et ne répli- ([uai pas. Ce qui l’arrive aujourd’hui est l’issue toute naturelle que devaient avoir les choses; c’est à loi, chère amie, à toi seule, que lu dois t’en prendre, quant à moi, je m’en lave parfailcmcnl les mains, et voilà !

MADAME IllDACIIE.

Ah ! oui dà !

MOSSI ECU nlDACIIE.

Sur ce, j’ai hieii riioimcur, madame et amie, de voils tirer ma révérence.

MADAME BIDACIIE.

Aurons-nous celui de vous avoir à dîner ?

MONSIEUB BIDACIIE.

Je n’ose vous le promettre.

MADAME BIDACIIE.

Vous voyez (|ue j’avais deviné juste! Le ilioyeii de iic jamais se tromper avec vous, c’est toujours d’en penser le plus de mal possible.

Lu sci'iic à l’ai'is.

MONSIEDIl EAMOlIROtX, MADAME LAMOEROUX.

MADAME LAMOIKOU.V ^

Je VOUS prie eu grâce de vouloir bien m’accorder ce que je vous demande; ce n’est pas la mer à boire, une once de tranquillité.

MONSIEUIt LA.MOUROIÎX.

Je t’assure que ce parti-là serait parrailcment notre affaire et celle de ta tille. ^

MADAME I.AMOUROCX.

Ma fille, mon Dieu ! ma tille est comme, toutes les jeunes filles ; elle fera ce qu’on voudra.

MONSIEUR l.AMOUROUX.

c'est à nous, alors, ses père et mère, à nous occuper de son bonheur.

MADAME LAMOUKOl'X.

Avec ça qu’ils nous ont rendus bien heureux, tous ceu.x qui ont prétendu s’en occuper de notre bonheur, parlons-en !

l'NK FILI.K A MAlllER 195

■MONSIElir. I.AMOÜIlOl'X.

J,i' jeune homme qu’on nous propose est très-bien.

J MADAME LA.MOIIROLX.

Je n'en sais rien.

.MOXSIErn t.AMOUUOC.X.

Il appartient à des gens parfaitement posés.

MADAME lAMOtinorX.

(i'est ce que j’ignore.

MOS s IEC R I.AMOI’IIOI

Enlhi des personnes dignes de nous inspirer quelque confiance, que nous connaissons de longue date. Monsieur et madame Consulat, mademoiselle Maïqiivot . . .

MADAME I.AMOUROUX

Je vous conseille de me citer tous ces gens-Ià (jui feraient bien mieux de se mêler de leurs affaires que de fourrer leur liez dans les nôtres ! des bavards et des inutiles ! Combien en voyons-nous, de ces mariages qui aient tourné à bien ? Ce n’est pas celui de la petite Baucarré, qui, au premier jour, va plaider en séparation.

MOSSIEUR LAMOUROeX.

Tu me parles d’une exception.

MADAME I.A.MOCROCX.

C'est parce que nous en connaissons beaucoup d’excep- lions.

MONSIEUR I.AMOCROrx.

Alors ne la marions pas.

MADAME I.AMOIIROCX.

J’aime mieux ça.

MONSIEUR LAMOCROUX.

Songe donc, chère amie, que dans trois semaine.s ..

MADAME I.AMOUROUX

Kncoi'c '{

MONSIEUR LAMOUROUX

l u mois tout au plus, nous parlons pour la campagne.

UNt FILLE A MAUIER

cl que nous aurons passé un liiver sans avoir pris une (]<'■- Icrmination.^

MADAME LAMOUltOUX.

J’aime bien mieux ça que d'entamer des affaires et rester le bec dans l’eau. Croyez-vous bonnement que toutes ces idlées et venues soient bien profitables à l’établissement de votre demoiselle? Je n’cn crois pas un mot. On se dira, si déjà on ne se l’est dit ; Tiens, mademoiselle Lamouroiix ne se marie donc pas! Voilà deux, trois, quaire, je ne sais combien de partis qui se présentent ; il paraîtrait que ces geus-là ne sont pas aussi à leur aise qu'on veut bien les y faire, puisque rien ne se termine... et cent autres sottises pareilles! Qu’eu résultera-t-il? Que nous ne trouverons plus personne, vous verrez, si vous n’y prenez garde.

MONSIEUn LANOUROUX.

C’est aussi ce qui m’empêche de différer.

MADAME LAMOUROeX.

Et que l’ont ses parents, à ce monsieur,que vous me projxisez?

MO.XSIEUR LAMOUROUX.

Son père a été longtemps dans les domaines.

MADAME DAMODROeX.

Qu’y faisait-il ?

MONSIEUR LAMOUROUX

11 y occupait, dit-on, une fort jolie place,

MADAME I.AMOUROCX.

Qu’il a perdue?

MONSIEUR I.AMOUROCX.

11 ne l’a pas perdue.

MADAME LAMOUROUX

Enfin, c’est tout comme, puisqu’il ne l’a plus.

MONSIEUR LAMOUROUX

Il a demandé sa retraite, on l’a lui a accordée.

Digitiz»:^ by GoO‘^l<

MADAME LAMOUr.OUX.

[| est donc bien vieux ?

MONSIEOK LAMOUIIOÜX.

I) un certain âge, a ce qu’il paraît; mais parfaitement conservé, à ce qu’on dit; je ne l’ai pas vu.

MADAMIÜ LAMOUKOÜV.

Et la maman ?

MO.XSIEÜIt LAMOCIiOUX.

Je ne la connais pas. On la dit fort bien,

MADAME LAMOURODX.

C'est une famille d’Adonis, je vois ça d’ici. Et le prétendu, quel .âge peut-il avoir?

MONSIEUR LAMOUROUX

De trente à trente-trois ans.

MADAME I.AMOURÜDX.

Pourquoi pas quarante, pendant que nous y sommes?

MONSIEUR LAMOUROUX

Mélanie en a dix-huit.

MADAME LAMOUROUX

(lilTérence n’est pas bien grande. Entin, n’importe. El que fait ce superbe jeune homme?

Il est avocat.

MADAME LAMOUROUX

Sans cause?

MONSIEUR LAMOUROUX

A la veille d’ètre dans une magnifique position.

MADAME LAMOUROUX

Il ne l’a pas encore ?

MONSIEUR LAMOUROUX

Il traite en ce moment pour une étude.

MADAME LAMOURODX.

Et c’est ma fille qui la payera! Je vous vois venir

avec

VOS gms sabots. Puisque les choses sont si avancées, quand doit avoir la première eiiirevue? ' .

MOJiSIKrR LA MO r ROUX

Quand tu voudras.

MADAME LAMÜUROVX.

Quand je voudrai, quand je voudrai. C'est-à-dire que si nous donnons tout à notre lille, son mari sera notaire ; si c’èst un peu moins, nous aurons un avoué ; je ne vois pas j)ourquoi nous ne descendrions pas jnsqu’îiu commissaire de police! Je voudrais cependant bien, avant de rien entamer, causer un peu de tout cela avec madame Bonjot, puistpie c’est elle qui a emmanché tout ça. J'ai aussi mon amour-propre, sans que ça pai’aisse. D’un antre côté.,mais non, décidément ce parti ne me convient pas.

MONSIEUR LAMOÜROUX.

Tu as dit la même chose du dernier.

MADAME LAMOUROUX

Encore le dernier me souriait-il plus que celui-ci, je l’avais vu au moins! Après tout, qui a empêché que ça se fit?

MONSIEUR LAMOUROUX

Pas moi.

, MADAME LAMOUROUX

Ni moi; ce n’est personne. Les parents étaient communs, c’est vrai ; mais, an bout du compte, on ne les épouse pas ; quant au jeune homme, sans être ce qu’on appelle un amour, il n'était pas mal, de ces figures dont on ne dit rien; qu’était-il donc déjà celui-là? je ne m’en souviens plus.

MONSIEUR LAMOUROUX

Marchand de nouveautés.

MADAME LAMOUROUX

C’est ça. Je confondais avec celui dont nous avait parlé

l'NK FIKLK A MAUIER

Béraud, un louche; n’é(ait-oe pas un avooaf? ou quelque chose d’approchant?

MONSIKUn I.AMOUKOIÎX.

Notaire à Provins.

M.AIIA.'HK L.A.MOÜItOÜX.

Je n’en ai pas voulu parce qu'outre qu’il louchait abominablement ; il aurait fallu me séparer de ma fille, et, de (ait, je ne m’en souciais pas.

MO.NSIECn I.AMOCr.OtlX.

De l’autre, parce qu’il était dans le conunerce?

MADAME I.AMOUHOUX.

Vous aimeriez voir votre fille, avec son éducation, dans un comptoir? ça vous flatterait, avec les mains rouges et le nez la même chose? pas moi!

MONSIEIIK LAMOIIKOÜX.

Si elle était heureuse !...

MADAME EAMOUKOUX.

Vous n’avez guère d’amour-propre! Qui est-ce encore qui nous arrive là?

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