INTRODUCTION
Le 21 mars 1716, sur l'initiative de Turgot, fut signé un décret, portant suppression des Jurandes.
= L’exposé des motifs de cet arrêt est fort intéressant. Il y est dit qu’il est fâcheux de porter atteinte au droit que tout homme a de travailler et de réduire ainsi à la misère ceux qui n’ont que leur travail pour vivre. Or refuser à quelqu'un le droit d'exercer une industrie, s’il n'est pourvu de la maitrise, est une atteinte portée à ce droit au travail.
L'organisation des Jurandes a institué un véritable monopole à leur profit. Il n’est pas permis de choisir les ouvriers qu’on voudrait employer, et l'obligation de faire exécuter des travaux par ces corporations, entraine des lenteurs, des exactions, que favorise ce régime arbitraire.
La source du mal vient de la facilité qu'on accorda aux artisans d’un même métier de se réunir en corporation. Tout individu, qui n’était pas membre d’une corporation, ne pouvait exercer un métier. Le nombre des maitres fut
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restreint le plus possible, et ce grade fut rendu presque inaccessible pour tout autre que les enfants des maîtres. |
L’édit de 1776 abrogea ces institutions, qui ne permettaient pas à l’indigent de vivre de son travail, et qui, par leur monopole, faisaient hausser les prix des denrées de première nécessité.
Cette suppression des corporations fut éphémère, et, avant la fin même de l’année 1776, l’organisation corporative était rétablie, quoique toutefois modifiée.
L'Assemblée constituante, par la loi du 17 mars 1791, prononça l’abolition définitive du régime des corporations. Chaque citoyen, désormais, devient libre d’exercer telle profession ou métier qui lui convenait. Les corps de métiers étaient supprimés; c’est la consécration du principe de la liberté du travail.
La Constituante ayant proclamé la liberté générale d’association, par le décret du 20 aoùt 1790, les corporations dissoutes essayèrent de se reformer à l'abri de ce texte. A Paris, les ouvriers de plusieurs métiers se coalisèrent, pour essayer d'établir des tarifs communs. Les ouvriers charpentiers parisiens formèrent entre eux une association, V « Union fraternelle des ouvriers en l’art de la charpente »; ils arrétèrent un réglement des conditions du travail et voulurent l’imposer à leurs patrons. Ce mouvement se répandit rapidement à toutes les professions de Paris, et les patrons se plaignirent à la Constituante que 80 000 ouvriers de Paris se coalisaient, pour les obliger à accepter des conditions de travail trop onéreuses. C'était un danger pour l'industrie ; le gouvernement-intervient, et l'assemblée vota la loi du 14-17 juin 1791, qui fut appelée loi Le Chapellier,
du nom de son rapporteur.
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