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Au début le viaticum n'avait pour but que de restreindre le vagabondage et de donner ur réconfort moral et matériel aux « voyageurs ». Ceux-ci devinrent chaque jour plus nombreux par suite de l'élimination progressive du travail manuel par le travail mécanique. L'ouvrier sans travail
(1) Annuaire des syndicats professionnels, 1908-1909.
dans une localité est obligé d'en chercher ailleurs, ses camarades lui facilitent son déplacement par les secours qu’ils lui donnent.
Certaines organisations professionnelles, comme la Société générale des Chapeliers et la Fédération des travailleurs du Livre, avaient organisé le viaticum, afin de protéger teurs adhérents contre la dépréciation des salaires, produite par la surabondance de la main-d'œuvre, et aussi pour que les membres de leurs associations ne travaillent pas à bas prix.
Le vioticum est aussi un moyen d'empêcher les « voyageurs » de prendre la place d'ouvriers en grève, gràce à cette institution on peut en leur procurant des moyens d'existence, leur fixer un itinéraire, et les écarter ainsi des localités où des conflits économiques ont éclaté.
Ne pouvant syndiquer tous les chômeurs, on voulut se e attacher par la reconnaissance et par l'intérêt; mais souvent les « voyageurs » trompaient, sañs scrupules, les camarades qui leur venaient en aide. Aussi, pour parer à ces abus, chercha-t-on à organiser uniformément le viaticum dans toutes Les Bourses du travail.
Les Bourses délivraient ces secours de route selon leurs moyens, et d’après le système qu’elles préféraient ; c’est encore Ce qui se produit aujourd'hui, malgré les efforts faits par le comité fédéral des Bourses pour organiser un viaticum fédéral.
En général les Bourses distribuent le viaticam partie en nature, partie en espèces.
La Bourse d'Angers (1) donne 1fr. 50 aux voyageurs syndiqués et 1 fr. 25 aux autres sous la condition de se syn-
(1) Pelloutier. Histoire des Bourses du travail, p. 91-92.
diquer dans les six mois, faute de quoi le secours ne leur
sera plus accordé par la suite. Six mois doivent s’écouler
entre deux visites d’un même voyageur. Une partie de l’al-. location est donnée sous forme de bons de logement et de
repas, valables dans un hôtel avec lequel la Bourse à un
traité. L'argent qui sert à alimenter la caisse du viaticum
provient de dons, collectes, concerts, tombolas etc. En 1896 elle distribua 186 bons dont 154 donnant droit à un repas,
au coucher et à un secours en espèces de 1 fr. 25.
La Bourse de Nice donne des bons de repas, sa caisse est alimentée par une cotisation mensuelle de 1 fr. 25 par syndicat. QUE
Presque toutes les Bourses ont conclu des contrats avec un hôtelier de la ville pour le logement et Ja nourriture des « voyageurs ». Mais certaines retiennent les ouvriers de passage à la Bourse afin de faire auprès d'eux de la propagande. Dans ce but elles transforment chaque soir les salles de réunions en dortoirs, et mettent des hamacs à la disposition des « voyageurs ». La Bourse du travail de Nantes pratique de cette façon.
Celle de Béziers & amélioré ce système : chez elle deux salles sont spécialement réservées à l'hospitalisation des visiteurs des deux sexes, et elle met à la disposition des femmes, qui préfèrent ne pas se rendre au restaurant, tous les ustensiles de cuisine qui leur sont nécessaires pour se préparer leurs repas. |
Au congrès des Bourses tenu à Rennes en 1898 (1), ces organisations nous renseignent sur le fonctionnement du
viaticum.
(1) L'Ouvrier des deux Mondes, 1* octobre 1898, p. 316 à 318.
RS Ne
La Bourse du travail de Rennes à créé une caisse de se— cours de route alimentée par un tronc et une cotisation de 1 franc par mois par syndicat. Avant 1897 le secours était. de 1 fr. 50, depuis il est de 2 francs.
Voici le tableau général des secours distribués aux syndiqués de passage par la Bourse du travail de Rennes de 1894 à 1898.
Années c Passages 3 Seeours SD ANT UEES Lee 25 31 fr. 50 1S0D PAPERS ARTE 22 53% SOC ENTER RE. 47 : 60 » 50 JROTER SRE EE ES Al 81 »
1898 (jusqu’en septemb.) 32 64 »
HOtAUX 2) 1680 167 216 francs
- Au congrès de Paris de 1900 (1), les Bourses donnent des renseignements plus complets et plus intéressants.
- La Bourse de Constantine a créé une « caisse de viaticum » ne fonctionnant que pour ses membres. Tous les adhérents y versent 10 centimes par mois et quand ils veulent se rendre à un endroit où ils ont trouvé du travail, la caisse leur avance les frais de voyage, avec promesse de remboursement, promesse qui n’est jamais tenue, d'ailleurs. À cause des grandes distances, ce système ne fonctionne que pour le département de Constantine. Des adhérents de la caisse du viaticum reçurent des secours pour Biskrà (situé à 288 kilomètres de Constantine) et pour Bougie (382 kilomètres). Ces secours sont calculés à raison de 7 centimes par kilomètre, c’est-à-dire un peu plus que le prix du chemin de fer, pour que l’ouvrier puisse se nourrir en
(1) Congrès des Bourses du travail, Paris 1900, p. 44 à 66.
route. Outre ces secours, la Bourse donne à tous les syndiqués de passage un bon de nourriture et de couchage. Le repas se compose d’un potage, d’un plat de viande, d’un légume, d’un pain et d'un quart de vin; il coûte cinquante centimes à la Bourse.
La Bourse de Tours distribue pour 400 francs par an de bons de couchage et de nourriture aux syndiqués. En principe elle refuse tout secours aux non syndiqués, mais lors qu’ils ont faim elle leur donne des bons de fourneau qu’elle achète au bureau de bienfaisance.
Niort donne 2 fr. 50 à tout voyageur, syndiqué ou non. .
La Bourse de Narbonne à une moyenne de dix à quinze « passages » par jour, chaque secours qu'elle donne est de 50 centimes. :
Saint-Etienne n'a pas de règle fixe pour la distribution de ses secours, Ils varient de 1 à 3 francs, et leur importance dépend du plus ou moins de mérite du voyageur.
La Bourse du travail de Toulouse ne donne que des secours en nature et aux syndiqués seulement.
Celle de Nice donne, aux syndiqués seulement, la nourriture et le couchage pour deux jours, ce secours est de fr. 25 pour la nourriture par jour.
La Bourse de Lyon se débarrasse des non-syndiqués en les envoyant à La mairie. Elle donne un secours aux syndiqués. Lorsqu'un syndiqué de Lyon est obligé de quitter la ville, le conseil d'administration de la Bourse lui vote un secours de 20, de 30 et même de 50 francs.
La Bourse de Bordeaux distribue certains mois jusqu’à 120 franes de secours; il n’est pas de mois où elle ne dépasse 60 francs.
Les secours distribués par celle d'Alger s'élèvent à 600 ou
Franck. 6