II. — Enseignement
1° Les Bibliothèques. — Peu nombreuses sont les Bourses du travail qui actuellement ne possèdent pas une bibliothèque; son importance varie, naturellement, suivant les ressources des Bourses.
Pelloutier (1) en parle avec enthousiasme. Elles sont bien organisées, et la qualité chez elles l'emporte sur la quantité. Elles se composent des œuvres les plus propres à épurer le goût, à élever les sentiments et à étendre largement les connaissances des ouvriers, Elles contiennent les études économiques et philosophiques les plus sérieuses et les œuvres d'imagination les mieux conçues. La littérature et la science y sont représentées d’une façon remarquable, et l'ouvrier en quête de connaissances toujours plus approfondies, d’aperçus nouveaux, y trouve l’aliment nécessaire à son intelligence et à son goût. Le poète et le romancier, l’économiste et le philosophe se trouvent réunis dans ces bibliothèques. Les ouvriers y viennent dire et s’instruire. Là, ils acquièrent l’amour des études, et complètent leur éducation. .
Ce tableau est enchanteur; mais Pelloutier s’est laissé
(1) Pelloutier. Æistoire des Bourses du travail, 5. 111 à 113.
rte
-emporter par son imagination; il à cru voir ce qui n’était . qu'un rêve, et la réalité est beaucoup moins belle.
Quelques Bourses possèdent effectivement des bibliothèques dont le nombre des volumes est important, peutêtre même certaines sont-elles organisées d’après le modèle que nous en donne Pelloutier, mais en général il n’en est pas ainsi. |
La bibliothèque de la Bourse du travail de Paris est, de toutes, la plus importante et la plus riche; elle possède plus de 2700 volumes ; une grande salle est mise à la dis= position des lecteurs. Pelloutier et M. Boivin (1) la prétendent bien organisée ; c’est sans doute le nombre important des ouvrages qui les fait s'exprimer ainsi.
Cette opinion est trop optimiste: cette bibliothèque est éclectique, mais imparfaite à bien des points de vue.
Elle possède la collection complète du Journal Officiel -et celle du Bulletin officiel municipal, mais tous les numéros de ces journaux contenant des choses intéressant la Bourse du travail sont introuvables dans ces collections. Îles œuvres sérieuses et importantes, comprenant plusieurs volumes, y sont représentées d’une façon imcomplète : sur cinq ou six volumes d’un même ouvrage la bibliothèque n’en possède qu’un ou deux. Le mal n’est pas très grand, d’ailleurs, car ces livres ne sont que fort peu lus ou plutôt peu feuilletés. On y trouve peu d’ouvrages intéressant les ouvriers et plus spécialement les syndiqués afliliés aux Bourses
du travail ou à la Confédération générale du travail, De tous les comptes rendus des congrès des Bourses du tra- - vail La bibliothèque n’en possède que trois ou quatre portés à son catalogue, et, de ce petit nombre, il en manque encore
(1) Boivin. Les Bourses du travail en France, p. 88 et 89.
“un ou deux, égarés ou disparus, Il n’y a pas un seul compte rendu des congrès de la Confédération générale du, travail. Par contre les romans y sont nombreux.
En réalité, la bibliothèque de la Bourse du travail de Paris, que l’on prend pour un modèle, est organisée d'une façon insuffisante. |
La salle de lecture est grande et bien éclairée, et, ainsi que les autres parties de l'immeuble; elle est chauftée en hiver. Aussi à cette époque de l’année les visiteurs y sontils nombreux. Pendant les mauvais jours froids et humides, la salle est pleine d'ouvriers. Les lecteurs y sont rares ;. nombreux sont, au contraire, les bavards et les dormeurs ; la plupart se chauffent, lisent les journaux ou dorment. Mais
dès les premiers beaux jours, au printemps, la bibliothèque se vide subitement. Seuls quelques secrétaires de syndicats
y entrent hâtivement, feuillettent le Bottin, cherchent un renseignement dans un livre ou dans un journal, disent deux mots à un ami qu’ils rencontrent, puis en fonction-
naires affairés, surchargés d'une besogne trop lourde, retournent, tout courant, dans leurs bureaux, préparer les ordres du jour sensationnels, s’occuper du placement des chômeurs de leur corporation, et organiser les méctings orageux qui feront d’eux les hommes du jour, ceux dont les journaux s’occuperont demain et dont le public parlera avec crainte,
La vérité est que les bibliothèques des Bourses du travail n’existent pas, leurs catalogues n’indiquent que des volumes dépareillés, et si elles ne sont pas fréquentées, cela tient peut-être{à leur mauvaise organisation et à l’indifférence des ouvriers. |
2° Les Musées du travail. — Pelloutier dans le journal l’'Ouvrier des deux mondes, n° 14, développe l’idée sui-