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AT
vante : Au lieu de se contenter de répéter toujours à l’ou-
vrier que son sort est triste; que la misère étreint chaque
jour plus effroyablement le prolétaire ; que les produits
qu'il fabrique profitent scandaleusement au capitaliste,
toutes choses qui ne sont que de simples affirmations, il
serait préférable de mettre l’ouvrier à même d’observer en lui présentant les produits de son travail et leur histoire.
Pour arriver à cela il suffirait de créer un musée, subdivisé en aulant de sections qu’il y a d’unions ouvrières et d’annexer à chaque produit son histoire (1).
Par exemple, on prendrait des échantillons de fils employés dans les tissages d'Amiens, et on établirait une fiche mentionnant toutes les conditions de leur fabrication : le coût des matières premières dans les pays d’origine, leur coût à l’entrée dans les manufactures, c’est-à-dire, le prix du transport, des douanes, des commissionnaires, ce qu'exigent la nourriture, le logement et l'entretien des ouvriers, ce qui permettrait de savoir ce que vaut réellement leur salaire ; la quantité et où le fabricant vend ses produits, le prix auquel il les livre; à quel prix se le procurent les consommateurs de détail, etc.
L’ouvrier pourrait ainsi, en un instant, savoir d'où vient le tissu qu'il a sous les yeux ; où il se fabrique; son prix de revient ; le nombre d'ouvriers employés à sa fabrication ; leurs salaires ; les dépenses qu'ils font ; la durée de la journée de travail, et le nombre de jours qu’ils travaillent par an ; les prix de vente en gros et en détail; le nombre, la nature et la productivité des machines que l’on emploie pour les tisser. Ainsi il connaïtrait sa situation comparée à celle du capitaliste.
(1) Pelloutier. Æistoire des Bourses du travail, p. 113 à 116. Compte rendu du Congrès de Paris 1900. :
Cette monographie devrait être faite pour tous les pro— duits de l’industrie humaine : pour le minerai de fer, pour le charbon, pour le diamant, pour le cristal de Bohème et le verre de Carmaux, pour les tapisseries et les porcelaines, pour tous les produits, quelles que soient leur valeur etleur importance, objets de luxe et objets de première nécessité ; tous devraient être exposés dans ces musées, accompagnés d'indications précises sur tout ce qui touche à leur fabrication. l |
Les Bourses du travail organiseraient ces musées ; il neleur manque ni la place, ni les éléments pour écrire l’histoire de ces objets. Les fédérations professionnelles de tous les pays, les rapports des agents consulaires, les syndicats de voyageurs et de représentants de commerce, ceux de comptables, les ouvriers, les déclarations des organisations ouvrières leur donneraient tous les renseignements nécessaires pour écrire celte histoire avec exactitude. Ces musées ne coûteraient d’ailleurs rien, les échantillons seraient donnés. |
C’est sous cette forme que le projet fat présenté aux Bourses à leur congrès de Paris en 1900 (1). La proposition y fut adoptée, et l’on décida que chaque Bourse enverrait au comité fédéral un échantillon de chacun de leurs produits afin de créer un musée central, placé sous le contrôle d'une commission spéciale.
Comme toujours, ce projet ne fut pas exécuté, et les Bourses n’ont pas encore aujourd’hui organisé de musée du travail, |
L'idée de Pelloutier était trop vaste pour pouvoir aboutir à un résultat sérieux, et les Bourses, quoiqu'il prétende, ne
(1) Congrès des Bourses du travail, Paris 1900, p. 112 à 117.
possèdent que des moyens d'informations insuflisants pour connaitre exactement la valeur des facteurs concourant à la production de tous les objets. |
Les difficultés apparaîtront tout de suite si nous prenons un exemple. |
Une chemise est un objet de première nécessité et qui se confectionne partout. Or, selon les régions, les salaires de l’ouvrier chemisier varient, et dans une même région il peut en être ainsi selon que l'ouvrier travaille en ville ou à la campagne, dans un atelier ou à domicile, selon que le salaire qu'il obtient pour son travail ne constitue qu’un salaire d'appoint, ou que c’est le seul salaire qu’il touche. Ainsi donc, rien que pour les salaires, on aura à relever des différences considérables. La monographie d’une chemise exposée dans un musée du travail nécessiterait un volume. Pour simplifier, prendra-t-on une seule chemise, qui deviendra alors la chemise type, et indiquera-t-on comme salaire la moyenne de ceux donnés à tous les ouvriers concourant à sa confection ? On sera alors loin de l'exactitude désirée. Ce que nous disons pour une chemise peut se répéter pour à peu près tous les objets.
De plus leur fabrication varie à l'infini. Chaque producteur cherchant l'originalité pour ses produits, les musées devront être immenses alors que les Bourses pourront à peine disposer d’une ou de deux salles pour cela.
Les objets seront donnés, dit-on, et, par conséquent, l'installation de ces musées ne coûtera rien. C’est possible dans certains cas, dans beaucoup même, mais pas dans tous. Si une compagnie minière n’hésitera pas à offrir un morceau de charbon sans valeur, un métallurgiste un peu d'acier, un verrier une bouteille, et un tisseur cinquante centimètres d’étofle, peut on prétendre qü'il en sera de
même du diamantaire, de l'orfèvre, du bijoutier, de l’horloger, sans compter l'impossibilité de représenter certains objets qui, par leurs dimensions et la complexité de leur fabricalion, ne trouveront pas leur place dans ces expositions.
Quoiqu'en prétende Pelloutier, il ne serait pas facile d'indiquer avec exactitude tous les détails de la fabrication d’un objet dans la monographie réduite qui sera jointe au spécimen présenté.
Comment connaître les frais exacts qu’entraine, pour un industriel, la fabrication des produits qu'il vend ? Livrerat-il à la publicité le secret de ses affaires, secret qu’il garde jalousement ? Il n’y faut pas compter. On inscrira des chiffres approximatifs, ceux que les conservateurs de ces musées, les secrétaires des Bourses, croiront être les plus exacts, et qui se trouveront de ce fait entachés d'erreur ; ou bien, n’ayant pas de données suffisantes, on ne les inscrira pas, et alors les monographies ne présenteront aucune valeur par suite des lacunes qu’elles contiendront.
Admettons, par hypothèse, que ces chiffres de la production soient exacts, nous aurons un tableau portant les frais d'exploitation et les bénéfices après vente. Ainsi, voici un tissu : les matières premières, l’usine avec ses terrains, ses ateliers, ses machines, en un mot avec toute son installation, le personnel ouvrier et employé, les frais généraux, reviennent à tant au tisseur. Ce tissu fabriqué il le vend tant, donc son bénéfice est de tant.
On cherchera, le bénéfice de l’indüstriel étant connu, ce que coûte la vie d’un ouvrier, afin de voir, en comparant tous ces éléments, si le salaire est juste et son taux suffisamment élevé. | à ERA |
Mais pour celte dernière partie il n’y a plas aucune base précise, permettant de faire un calcul exact.