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étrangère ; et enfin de doter chaque centre de châlutiers à vapeur.
Le comité fédéral trouva que Les Maisons du marin ainsi créées, quoique bien dotées, parles conseils généraux et municipaux, les chambres de commerce et les armateurs, ne répondaient pas au but qu'elles devaient atteindre. Elles vendaient leur hospitalité au cours marchand, elles étaient fermées aux marins étrangers. Elles présentaient pour le marin, par leur administration même, une gène très grande: il devait, dans ces établissements, réfréner ses habitudes, causer à des personnages qui l’intimident, changer dès son arrivée dans ces maisons son attitude et sa manière de vivre. Aussi préfère-t-il souvent ne pas les fréquenter.
Le comité pensa que si ces Maisons du marin étaient gérées par des ouvriers, si elles offraient à leurs hôtes un asile et une nourriture dans des conditions économiques, si l'entrée et La sortie étaient libres et sans contrôle, les marins se sentant chez eux et dans un milieu qui est le leur, par ses habitudes, son genre de vie et ses allures, n’hésiteraient pas à user largement de cette hospitalité.
Quant aux sociétés coopératives, le comité estima que les Bourses du travail devaient aussi intervenir et provoquer entre les pêcheurs la création de sociétés de ce genre, qui, mises en relations avec la « Bourse (fédération) des socié-
tés ouvrières de consommation de Paris », assureraient la vente directe aux Halles centrales des produits de la pêche.
Done, au Ve congrès des Bourses du travail tenu à Toulouse en septembre 1897 (1), le comité fédéral des Bourses présenta un projet de création de Maisons du marin et de sociétés coopératives de pêcheurs. IL est important, pense-t-
(1) Congrès des Bourses du travail, Toulouse 1897, p. 74.
il, pour les organisations ouvrières de s’occuper des travailleurs de la mer qui ont besoin d’être protégés. Les municipalités, les conseils généraux, les chambres de commerce, et les armateurs, créent des Maisons du marin et des coopératives. Ceci présente un danger, car c’est la main mise par la bourgeoisie sur toute cette catégorie de travailleurs, il faut que les Bourses du travail combattent ces tentatives par les mêmes moyens. ,
Le congrès fut favorable à ces propositions et il décida que les Bourses agiraient dans ce sens.
Pelloutier (1) indique la méthode à suivre pour la création des Maisons du marin et des syndicats de pêcheurs, sans vouloir, d’ailleurs, l’imposer aux Bourses, qui restent libres de le perfectionner ou même de ne pas l'appliquer.
Pour attirer les marins et les pêcheurs, il ne faut pas insister seulement sur les avantages moraux qu'ils obtiendraient de ce fait, car leur utilité leur échappe. On ne réussira qu’en leur rendant facile leur embarquement sans frais, net de toutes les charges imposées par les bureaux de placement, et en leur offrant une hospitalité qui laisserait intact leur appétit de liberté. Une fois entrés dans les syndicats il sera temps de leur faire comprendre les avantages moraux de ces institutions.
Pour atteindre le but qu'on s'est imposé il ne faut pas oublier que, si les Bourses du travail et les sociétés coopératives unies peuvent tout, isolées elles seront impuissantes. $
Les Sailors’home, ou Maisons du marin, ont un doubie caractère syndical et coopératif, or les Bourses du travail ne possèdent pas les facultés administratives des sociétés
(1) Pelloutier. Jistoire des Bourses du travail, p. 207 à 211.
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coopératives, et celles-ci n'ont pas les facultés d'organisation et de propagande des Bourses ; ces deux sortes d’associalions doivent donc concourir également, par une entente et non par une fusion, à l’œuvre mixte qui concerne les travailleurs de la mer.
Les résultats obtenus par les Bourses du travail furent présentés à leur congrès de Paris en 1900 (4).
Des efforts furent faits, dès 1897, sur presque tous les points de la côte : Nantes, Saint-Nazaire et le Hâvre furent les premières qui s’en occupèrent. Les résultats ne furent pas, en général, ceux qu'on attendait. On n’arriva pas à grouper les marins, qui furent, presque partout, insaisissables et dont la préoccupation est de dépenser à terre les économies d'argent et de force qu’ils ont fait pendant leurs campagnes. Les Maisons du marin avouent n’avoir pas recruté tous les adhérents sur lesquels elles comptaient. Les sociétés coopératives ont objecté qu'elles avaient assez à faire pour lutter contre la concurrence commerciale pour ne pas dépenser leur temps et leur argent à faire de la propagande syndicale.
Malgré cela Le comité fédéral conserve bon espoir. En eflet le Croisic possédait une société coopérative déjà florissante, et d’autres étaient en voie de formation sur le reste du littoral. La grève maritime nantaise avait favorisé le groupement des marins et des pêcheurs des villages situés entre Nantes et Saint-Nazaire. Bordeaux possédait trois syndicats de marias ; il n’y avait donc pas lieu de se désespérer et d'abandonner une tâche qui malgré les dilficultés et les insuccès pouvait aboutir à un bon résultat.
Les Bourses du travail furent aidées par la Confédération
(1) Congrès des Bourses du travail, Paris 1900, p. 12% à 130.
générale du travail qui décida, à son congrès de Paris en
4900, d'activer la propagande auprès des inscrits maritimes afin de développer leur Fédération.
Ces efforts aboutirent à la constitution de la Fédération des Inscrits maritimes dont le nombre des adhérents s'élève aujourd’hui à 4.000.
Les Maisons du marin ne sont pour rien dans ces résultats. Si le marin se trouve gêné dans celles instituées par les « bourgeois », parce qu'il n’y à pas la liberté d’allure et
d'action qui convient à son caractère, il ne tient pas plus à
fréquenter les « Sailors’home » des Bourses du travail, ou il n'aura pas un moment à lui, pourchassé qu'il sera par d’intarissables bavards qui voudront lui expliquer des choses et des idées dont il n’a cure.
D'ailleurs, il faut faire une distinction entre le marin pêcheur et le marin du commerce. Le premier est en quelque sorte le paysan de la mer. Du paysan il a presque toutes les caractéristiques, il est méfiant de nature, peu enclin aux nouveautés ; quelquefois il est propriétaire de la barque qu'il conduit, et si elle ne lui appartient pas en totalité souvent tout au moins en a-t-il une part, aussi ne goûtet-il pas beaucoup les théories révolutionnaires. Si, après les pêches fructueuses, il lui arrive de rejeter à la mer une partie du poisson qu'il a pris, il ne faut pas voir dans ce geste une tactique révolutionnaire, un acte de sabotage. C’est parce que l'expérience lui a démontré que la surabondance de poissons sur le marché fait baisser le prix de vente, et l’acte qu'il a accomplit ainsi constitue les réactions violentes d’une nature un peu fruste. |
Le marin du commerce est plus accessible aux théories révolutionnaires et cela provient des fréquentations qu’il entretient avec les dockers. La propagande qui a été faite a,
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malheureusement, porté ses fruits, la preuve en est dans les récentes grèves des inscrits maritimes. | À
3 L'action coopérative des Bourses du travail. — Les ‘syndicats oùvriers furent pendant longtemps hostiiés aux sociélés coopératives, auxquelles ils faisaient toutes sortes de reproches, et particulièrement celui de ne pas être, généralement, favorables aux idées et aux doctrines socialistes.
C’est au congrès de la Confédération générale du travail, tenu à Paris en 1900 qu’éclata le plus violemment l'hostilité des syndicats à l’égard des coopératives.
Les délégués des organisations représentées attaquent leur esprit de lucre, et la non-application par elles des tarifs syndicaux. On cite des sociétés de maçons de Paris qui, lorsque les ouvriers demandent du travail, leur répondent d'acheter d'abord des actions qui valent 147 francs et ensuite d'apporter leurs outils. Les syndiqués sont rares dans ces sociétés, dit-on, et un « monsieur » qui a le titre de directeur prélève en frais de déplacements des sommes très élevées, et se fait payer plus cher « qu'un député ».
Lorsque les ouvriers veulent se fournir dans les coopéralives ils y payent aussi cher qu’ailleurs et on ne leur fait pas de crédit.
Le délégué des cuisiniers de Paris reproche à un restaurant coopératif de la rue Broca, de faire travailler son cuisinier pendant 16 ou 17 heures par jour «il est vrai qu’il travaille en chantant l’Internationale ! » Le syndicat a, d’ailleurs, refusé d'envoyer des hommes dans ce restaurant. Dans un autre restaurant coopératif, à Grenelle, rue de l'Eglise, les hommes travaillent 15 heures par jour, et le cuisinier était asphyxié par le fourneau, dont le tirage était défectueux; comme, malsré.ses réclamations, on ne voulait pas le remplacer, il le bourra un jour de graisse et de
poussière de charbon et Le fit sauter. Le tarif appliqué par cette coopérative est infériear de 60 à 70 0/0 à celui que la ville de Paris, « qui n’est pas généreuse » paie aux cuisiniers de l’Assistance publique.
Ainsi donc les coopératives, en général, n'ont pas une
«bonne presse ».
Certaines rompaient plus ou moins avec ces usages, et les syndicats voyaient la nécessité pour eux de compléter leur œuvre de lutte par une œuvre économique. Ils vou- Jurent ne pas travailler seulement à la protection des salaires, mais encore « à l'élimination des causes d'affaiblissement de la puissance d’achat ».
Ainsi devaient se rencontrer forcément un jour les syndicats et les sociétés coopératives. C'est aussi ce qui se produisit.
La fondation de la Verrerie ouvrière hâta la conclusion de cet accord. De ce jour les sociétés coopératives témoignèrent leur sympathie aux syndicats, et, de leur côté, les syndicats Grent de la propagande en faveur des sociétés coopératives, aussi bien de production que de consommation.
Certaines coopératives élaient devenues des associatior s d'employés, c’est-à-dire qu’elles comprenaient non seulement des ouvriers proprement dits, mais des employés de tout ordre nécessités par. l’entreprise. Elles payaient selon le principe.« salaire égal à travail égal », ne faisant qu’une légère différence entre les associés et les auxiliaires. Elles ne répartissaient plus en fin d'exercice qu’une faible partie des bénéfices, le reste étant laissé en compte pour les caisses de secours ou de retraites. Elles obligeaient leurs membres à faire partie des syndicats professionnels.
Les sociétés coopératives du département de la Seine
(1) Pelloutier. Histoire des Bourses du travail, p. 143 à 148,
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