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Il est donc très dificile, dans la presque totalité des cas, de surprendre un saboteur. Cela explique le peu d'efficacité des enquêtes menées pour découvrir les coupables.
De tout temps il y eut, cela est hors de doute, des ouvriers qui, par paresse, par négligence, par mauvaise vO= lonté ou par vengeance, abimèrent et mirent hors d’usage des matériaux et du matériel qui leur étaient confiés; c’est là du sabotage. Mais jusqu’à la création de la Confédération générale du travail personne n’osait glorifier de tels actes; à elle revient l’insigne d'honneur d’avoir établi une théorie philosophique du sabotage, d’avoir excité les ouvriers à ces pratiques et de le faire encore. Les leçons ne furent pas perdues; ces actes, individuels et isolés avant l’apparition de cette organisation, sont maintenant collectifs et fréquents; ils s’accomplissent sur un mot d'ordre, ils sont préparés, organisés d'avance; ils se perfectionnent chaque jour et leur nombre va en augmentant. ;
La raison du succès du sabotage est simple : il flatte les plus bas et les plus vils instincts des masses populaires. Le sabotage est une excuse pour le paresseux, qui prétend ne pas travailler parce qu'il est mal payé; il en est une aussi pour l’envieux, qui satisfait ainsi une vengeance personnelle.
Mais le saboteur, tout à la joie de détériorer et de briser des instruments fragiles ou de ruinerson patron, ne s’aperçoit pas qu’en agissant ainsi il se ruine lui-même.
Les industriels Lésés sans cesse par de tels actes cherchent à se défendre contre un tel ennemi; s'ils sont les plus faibles dans cette lutte, ils fermeront leurs usines
Si les insipides häbleurs, qui ont abandonné depuis longtemps l'usine, trop paresseux pour vouloir gagner leur vie autrement qu’en excitant leurs camarades à la haine et
aux actes criminels, ont intérêt à voir commettre des faits de sabotage, il n’en est pas de même de l’ouvrier. S’il est assez naïf pour écouter ces tribuns d’estaminet, il perdra sa place et son pain, et, en tuant le patron, il se suicidera luimême.
La patience et la bonne volonté ont des limites, même chez les patrons, et avec de telles pratiques elles seront vite atteintes. Ce jour là ce sera la fin de la force industrielle et commerciale de la France, et les ouvriers n’auront plus d'argent pour vivre, car ce ne seront pas leurs professeurs de sabotage et d'action directe qui leur en donneront : ils sont les payés toujours, mais jamais les payeurs.
Le sabotage n’est pas admis par tous les ouvriers. Beaucoup sont adversaires de tels procédés qui sont « plus nuisibles qu'utiles aux intérêts des travailleurs » et « qui ré- . pugnent à la dignité de beaucoup d'ouvriers ». D’autres, auxquels de tels actes ne paraissent pas aussi révoltants, ne les pratiquent pas, leur courage étant paralysé par « la crainte du gendarme ».
40, Le Boycottage. — Le boycottage est l'équivalent de ce qu'on appelle la mise à l'index. C’est Le fait de ne pas acheter à certains commerçants ou de ne pas user de certaines marchandises. Il est d’origine révolutionnaire et nous vient aussi d'Angleterre. C’est en 1879 que ce système fut pratiqué pour la première fois.
Régisseur de grands domaines en Irlande, appartenant à un lord anglais, le capitaine Boycott s'était rendu tellement impopulaire auprès des paysans que ceux-ci le mirent à l'index et refusèrent de travailler pour lui. En 1879 aucun d'eux ne se présenta pour rentrer les récoltes. Le capitaine Boycott fut obligé de partir pour l'Amérique où if mourut dans la misère. Par la suite, le boycottage continua à être
employé en Irlande, d'où il passa en Angleterre puis sur continent.
Il est devenu, depuis lors, une arme ‘très fréquemment employée.
Il fut présenté, en même temps que le sabotage, au con-
grès de la Confédération générale du travail de Toulouse
en 1897 (1) par M. Délesalle, représentant de la fraction révolutionnaire de cette organisation.
Si le boycottage n'est autre chose que la mise à l'index, il affecte pourtant, dans certains cas, un caractère plus révolutionnaire. C’est un moyen très pratique, pense M. Délesalle, et il est susceptible de donner d’excellents résultats ; il faut l’employer aussi souvent que possible.
Les industriels, sauf dans de très rares exceptions, ne pouvant être atteints par le boycottage, on leur réserve le sabo-
tage. Mais à l’égard du commerçant c'est un excellent
moyen; ce dernier peut être boycotté sérieusement et de ce fait il est atteint très gravement. Chaque fois qu'il voudra diminuer les salaires, augmenter le nombre des heures de travail de ses employés, ou bien lorsque ceux-ci voudront