‹ Les Bourses du Travail et la Confédération Générale du TravailChapitre 91 sur 111 · HAE · texte numérisé non relu

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car ils dénotent un état d'esprit révoltant et leurs concéquences peuvent être souvent la ruine pour un industriel chez lequel on säbole régulièrement. Mais combien plus graves encore sont les actes de sabotage pratiqués sur les moyens de notre défense nationale et même ceux qui empêchent le fonctionnement des services publics qu’assure l'Etat. | :

Lors des deux grèves des agents des postes-télégraphes ettéléphones, des actes de sabotage furent commis.C’est ainsi que, au cours de la première grève des employés du Central télégraphique à Paris, on toléra dans les salles, par crainte du sabotage, la présence des grévistes, alors que la prudence commandait de les expulser; grâce à cela, les employés eurent le temps de saboter les appareils télégraphiques et de les mettre hors d'usage pour un temps assez long, soit en détériorant certaines pièces, soit surtout en dévissant les vis qui règlent ces appareils et en les emportant en quittant leur service. Au cours de la seconde grève, en 1909, et après elle, les actes de sabotage furent très nombreux. En voici les chiffres, présentés par M. Clémenceau, président du Conseil des Ministres, à la Chambre des députés : « Actes de sabotage. Au cours de la grève des. postiers, du 14 au 22 mai, 51 faits. de sabotage ont été commis dans 20 départements (fils coupés, fils mêlés avec fils fins en cuivre, conducteurs mêlés entre eux ou à terre, bris de coupe-circuits, poteaux sciés)>

« Depuis la fin de la grève, du 23 mai au 8 juillet, 60 faits ont été commis dans 16 départements. Au total, du 23 mai au 8 juillet, 117 actes de sabotage ont été commis dans 36 départements: :

« Boîtes à lettres. Du 1% mai au°9 juin, 16 boîtes aux lettres ont été sabotées dans 4 départements (boîtes cam-

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briolées et incendiées; on y jette des allaumeltes-enflammées, du pétrole, des acides, de la poudre de chasse). Dans une seule boîte, 100 lettres ont été détruites (1) ».

Ce sabotage des fils télégraphiques avait été organisé en réponse aux révocations de 800 postiers grévistes. La Guerre sociale estime que le chiffre indiqué par le ministre de l’Intérieur est inférieur à la réalité et qu'il y a lieu d’y ajouter encore 112 cas de fils coupés dans la banlieue est de Paris, dans la quinzaine qui a précédé le 8 juillet, et dont « aucun journal n’a fait mention (2) ». De même elle annonçait, « de bonne source », que « l’organisation secrète qui a donné le signal du sabotage des fils a invité tous les révolutionnaires à suspendre leurs opérations » jusqu’à ce que l’on sache si le nouveau ministre usera de clémence envers les révoqués.

Le sabotage est si bien entré dans les mœurs des ouvriers que sa seule menace fait frémir les industriels et chefs d’entreprises à qui elle s'adresse.

C'est ainsi que les électriciens des secteurs de Paris s’étant mis en grève et l’éclairage électrique faisant défaut de ce fait, le gouvernement mit à la disposition des secteurs un personnel de fortune composé de soldats du génie, permettant.ainsi de congédier les grévistes et de les remplacer par d’autres ouvriers qu’on aurait le temps d’embaucher. La direction des secteurs avoua ne pas pouvoir agir ainsi, car elle craignait des actes de sabotage et la détérioration de machines délicates et fort chères.

Le sabotage est d’autant plus à redouter que c’est un acte éminemment lâche ethypocrite qui se commet dans l’ombre.

(1) Journal officiel, 13 juillet 4909. Discours de M. Clémenceau à la séance de la Chambre des députés du 12 juillet, p. 2009. (2) La Guerre sociale, 21 au 27 juillet 1909. *

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