EVA
se soumettre aux exigences des socialistes. Puis c’est l’ad-
ministration des chemins de fer allemands qui supprime les employés chargés de fermer les portières. Les socialistes refusèrent de les fermer lorsqu'ils descendaient d’un wagon; on fut obligé de reprendre les ouvriers congédiés.
On cite un seul exemple de boycottage victorieux en France, c’est celui d’un commerçant du Mans établi près de la Bourse du travail et connu pour ses idées peu favorables au syndicalisme. Il fut boycotté par les ouvriers et dut transporter son commerce plus loin.
Le cas suivant est cité comme boycottage, quoique, à notre avis, ce soit du sabotage. A Londres, en 1893, les employés de magasin voulurent forcer leurs patrons à fermer une après-midi par semaine pour compenser l’aprèsmidi du samedi durant laquelle ils travaillent alors que les autres ouvriers chôment. Les maisons où on leur refusait cette demi-journée furent mises à l’index et, de plus, les ouvriers prirent d'assaut certains établissements et brisèrent leur matériel. Un jour, entre autres, ils entrèrent dans un magasin de jambons, prirent les victuailles et les jetèrent à la rue.
Dans son rapport, M. Délesalle invite les ouvriers à utiliser largement ce moyen d’action, et regrette que l’ardeur révolutionnaire ne se traduise qu’en mots et en cris et non en actes.
Le congrès de Toulouse adopta ce rapport et classa définitivement le boycottage parmi les moyens d’actions syndicalistes.
Quoique d’autres congrès aient adopté des ordres du jour en faveur de ce moyen d'action, il n’en reste pas moins vrai que les résultats pratiques obtenus sont insignifiants.
Si le boycottage parait simple à appliquer en principe
(ilne consiste qu’en une abstention), on se heurte à des difficultés insurmontables dans la pratiqüe, car elles proviennent d’un état d'esprit contre lequel on ne peut guère lutter.
D'abord les ouvriers doivent se rendre compte qu’en général le boycottage exercé par eux seuls sera insuffisant et que minime sera le nombre des commerçants qu'ils sont capables de gèner par leur seule abstention. Pour arriver à un résultat utile, ils sont obligés d'entrainer dans leur action le grand publie, et celui-ci n’attache aucune importance aux affiches et placards publiés par les ouvriers. Il n’a nulle envie de se mêler à leurs querelles, n’y voyant aucun avantage, mais par contre beaucoup d’inconvénients. Il se soucie fort peu de ces questions et il achète où il a l’habitude de le faire, où cela lui est de plus commode et où il paye le meilleur marché. Quant à l'ouvrier, il est bien trop indolent et la plupart du temps trop indifférent pour faire un effort quelconque : il trouve que le syndicat a raison de boycotter tel ou tel commerçant, mais il continue à se servir chez lui. | |
Pour que le boycottage soit efficace, il doit être pratiqué largement et pour cela il faut une discipline inconnue des syndicalistes français.
-5° Le Label. — Le label est la contre-partie du boycottage et tous deux dérivent des mêmes principes d’ « autoémancipation » (1).
Le label est l'invitation faite par une corporation à tous les ouvriers « d'utiliser leur force de consommation » en faveur de leurs camarades de la corporation indiquée par le label et cela sans qu'il leur en coûte rien de plus que la volonté de manifester leur «esprit de solidarité ». Grâce
(1) Pouget. Za Confédération générale du travail, p. 42.