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CHAPITRE IV

L'ancien régime. — Les corporations.

Pourquoi les corporations se sont constituées dans toutes les industries et professions à l'exception de l'agriculture.— Gomment elles sont nées. — Causes qui ont déterminé leur groupement. — La limitation naturelle des marchés. — Comment se posait sur ces marchés limités le problème de l'équilibre de la production et de la consommation. — Comment les producteurs s'associaient et se concertaient pour résoudre ce problème à leur avantage. — Le contrepoids de la coutume. — Institutions et pratiques qui protégeaient le travail contre le pouvoir inégal du capital sous le régime des corporations.

Gomme l'esclavage et le servage, la corporation était une forme primitive de l'assurance. On ne la trouve point dans l'agriculture : celle-ci est exercée soit par des esclaves, dirigés par le propriétaire ou le fermier du domaine, ou par des serfs tantôt isolés tantôt réunis en communauté ; elle n'apparaît que dans l'industrie proprement dite, le commerce, les arts, et les professions libérales. Cette différence d'organisation de r agriculture et des autres branches de travail avait sa source originaire dans la différence de nature et d'importance des besoins auxquels elles pourvoyaient. Les besoins alimentaires de la population d'un domaine, population composée du propriétaire et de sa famille, de ses serviteurs, de ses escla-

Tes ou de ses serfs, exigeaient l'emploi continu du plus grand nombre des esclaves ou des serfs à la culture du sol et aux autres opérations agricoles. Les autres besoins, besoins de logement, de vêtement, d'armement, d'éducation, d'ornementation, ne comportaient, chacun, que l'emploi d'un petit nombre d'individus, mais ils nécessitaient des facultés et des connaissances spéciales. Quand les artisans ou les ouvriers appliqués aux industries qui les desservaient avaient pourvu à ces besoins naturellement plus limités de la population du domaine, ils devaient ou demeurer oisifs ou être employés à des travaux auxquels ils étaient moins propres et dont l'exercice leur faisait perdre une partie de leurs aptitudes et de leur habilité professionnelles. Qu'arriva-t-il alors ? C'est que le maître ou le seigneur reconnut qu'il tirerait plus de profit de leur travail en les autorisant à exercer d'une manière continue leur métier ou leur profession et à vendre l'excédent de leurs produits ou de leurs services. En échange de ce droit de travailler pour d'autres que lui et les siens, qu'il leur concédait, il leur imposa d'abord l'obligation de pourvoir euxmêmes à leur subsistance et de lui payer une redevance ; ensuite, il trouva plus avantageux d'augmenter cette redevance que d'exiger d'eux des produits ou des services gratuits, sauf à se réserver un droit de préemption sur leurs ventes *. La redevance et le droit

i Appendice. Note H.

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de préemption finirent par être rachetés à l'amiable, et tandis que les ouvriers agricoles demeuraient soumis au régime de l'esclavage et du servage, les artisans et les ouvriers de l'industrie devenaient libres, ou, du moins, n'étaient plus attachés au domaine seigneurial que par les liens de la sujétion politique. Ils se rachetèrent même ou s'affranchirent violemment de cette sujétion, et constituèrent des communes dans lesquelles ils entreprirent, mais trop souvent sans succès, de se gouverner eux-mêmes, jusqu'à ce que le pouvoir royal qui les avait aidés à secouer la domination du seigneur les eût assujettis à la sienne.

Que les ouvriers des différents métiers et professions se soient rapprochés et aient formé de tous temps des agglomérations plus ou moins nombreuses, cela s'explique encore par la nature des industries auxquelles ils se livraient. Tandis que l'agriculture exigeait la dissémination de la population rurale ou ne comportait que le faible groupement des villages ou des hameaux, car le cultivateur ne pouvait s'établir loin de son champ, sous peine de subir une augmentation de frais, il en était autrement pour l'homme qui exerçait un métier, un art, un commerce ou une profession libérale ; pour toutes ces branches de travail, la concentration était une nécessité économique, comme la dissémination pour l'industrie agricole. Les entreprises de même nature, soit qu'il s'agît de mé^

tiers, d'arts, de commerce, etc., trouvèrent, en se groupant, une économie de frais sur l'apport de leurs matériaux et de leurs autres agents et instruments de production, en même temps qu'elles offraient à leur clientèle des facilités d'approvisionnement qu'elles n'auraient pu lui procurer en se disséminant ; enfin à l'économie des frais et aux convenances de la clientèle se joignait — et ce motif n'était pas le moins déterminant — un accroissement de sécurité. La population adonnée aux branches de travail autres que l'agriculture se concentrait donc naturellement, sous l'influence de ces mobiles économiques ; elle formait un bourg ou une ville, et les mêmes mobiles déterminaient la localisation de chaque métier, commerce ou profession, dans un quartier ou une rue.

Cependant le marché dont cette population pouvait disposer était naturellement borné. La clientèle de chaque métier ou profession ne s'étendait que par exception au delà du bourg ou de la ville , des manoirs, des villages et des hameaux a voisinants. L'insuffisance et la cherté des moyens de communication, le défaut de sécurité, limitaient les marchés, et, plus tard, à mesure que ces obstacles naturels disparaissaient, des obstacles artificiels étaient élevés, en vue de protéger les industries locales contre la concurrence du dehors. Dans ces marchés limités, le problème de l'équilibre de la production et de la con-

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