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du monde civilisé ; le socialisme s'est propagé dans les couches profondes des masses ouvrières, et, si rien n'arrête ses progrès, il pourrait bien, quelque jour, réaliser ses menaces de subversion sociale. À rapproche de ce péril, les classes dirigeantes se sont enfin émues, elles ont reconnu l'existence d'une « question sociale » . Mais qu'ont-elles fait pour la résoudre ? Elles en ont demandé la solution au socialisme lui-même. Elles ont fait de l'homœopathie : au socialisme révolutionnaire, elles ont opposé le socialisme d'État.
Tous les parlements, à commencer par le Parlement français, ont été saisis d'une série de projets ou de propositions, ayant pour objet de faire intervenir le Gouvernement dans les relations du Capital et du Travail : tantôt il s'agit de reporter sur les entrepreneurs d'industrie la responsabilité des accidents du travail, tantôt de limiter la durée de la journée et de réglementer les engagements, tantôt d'établir la participation aux bénéfices, tantôt enfin, d'instituer des pensions de retraites, dont le montant serait fourni, pour la plus grande part, par les entre-
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preneurs et les contribuables. Mais est-il nécessaire de dire que ces concessions homœopathiques n'ont pas eu la vertu de désarmer le socialisme révolutionnaire, et que la campagne qu'il mène contre la vieille société et l'organisation capitalistique de l'industrie est aujourd'hui plus active que jamais ?
Nous ignorons si la vieille société résistera ou succombera à l'assaut du socialisme, et, s'il faut tout dire, nous inclinons à croire que les révolutions politiques du xvin e et du xix e siècle pourraient bien ouvrir la voie aux révolutions sociales du xx e . La confiscation des fortunes des trente mille milliardaires et millionnaires, qui possèdent les trois cinquièmes de la propriété immobilière et mobilière des Etats-Unis n'aurait, après tout, rien de plus extraordinaire ni même de plus scandaleux que ne l'a été, dans notre vieille Europe, celle des biens relativement moins considérables et provenant d'une soure peut-être plus pure, de la noblesse et du clergé. 11 est donc fort possible que le socialisme révolutionnaire réalise la première partie de son programme : celle qui consiste
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à s'emparer du capital accumulé dans les régions supérieures de la société pour le distribuer à la multitude.
En revanche, nous pouvons affirmer qu'il lui sera impossible de réaliser la seconde, c'est-à-dire d'enlever au capital le gouvernement de la production, et de changer le mode de distribution de la richesse, en supprimant le salariat. N'en déplaise aux théoriciens du socialisme, le gouvernement de la production appartient naturellement au capital et ne peut, quoi qu'on fasse, lui être enlevé, parce qu'il en supporte et peut seul en supporter les risques ; le salariat ne peut être aboli, parce qu'il est le seul mode qui soit adapté à la situation et aux convenances de l'immense majorité des coopérateurs de la production. En d'autres termes, toutes les organisations, tous les systèmes que les socialistes entreprendront de substituer au régime actuel échoueront, parce que ce régime est fondé sur les lois qui gouvernent la production et la distribution de la richesse, et adapté à la nature des choses et des hommes.
Gela ne veut pas dire que la constitution des entreprises de production et le mode de
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rétribution du travail ne soient point perfectibles. Ils se sont perfectionnés, ils se perfectionneront encore : la constitution des entreprises deviendra plus économique, la rétribution plus utile et équitable. Seulement, ces progrès se réaliseront non par la suppression, mais par l'amélioration du régime actuel.
En dernière analyse, et pour en revenir aux griefs du socialisme contre la « vieille société », les socialistes sont dans le vrai — et c'est ce qui fait leur force, — quand ils affirment que l'accroissement extraordinaire de la richesse, depuis l'avènement de la grande industrie, a profité beaucoup plus aux classes capitalistes qu'à la multitude qui vit du produit de son travail quotidien; ils sont dans le faux, quand ils prétendent remédier à cet état des choses en substituant des systèmes artificiels de production et de distribution de la richesse au système naturel qui s'est établi, développé et perfectionné de siècle en siècle sous l'impulsion des lois économiques.
Nous nous bornerons, dans ce livre, à examiner la cause qui a vicié, depuis l'avène-