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CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Les journaux français et anglais.

La presse parisienne ne ressemble en rien à la presse anglaise. A Londres, les journaux politiques sont relativement peu nombreux parce que le public est plus 'exigeant en Angleterre qu'en France. De l'autre côté du détroit on ne Urait point un journal dont les correspondances de Pékin, Paris ou Gonstantinople seraient faitrs

à Londres grâce'à un démarquage plus ou moins

es feuilles étrangère : anglais ont partout it rémunérés qui envo jlégrammes, les nouvoues qu us [jeuveui

ilres, la presse est dans une situation Ho- ; à Paris, elle végète, se traîne pénibleop de directeurs de journaux veulent faire leur public de vieilles nouvelles, de romans, mais le lecteur n'est pas dupe Qnasserie et laisse dans les kiosques et marchands ces feuilles si bien rensei- I vieux dicton : qui veut ta fin dottemployer •ns, peut s'appliquer aux organes de . On veut vendre à grand nombre un jourlut le rendre intéressant ; le Temps, gui une sibelle place parmi les organes polidépensé beaucoup d'argent pour se créer !, il en dépense beaucoup pour garder irs. C'est le seul journal français qui ait arrespoodant à la suite du prince de ), lorsque le futur souverain de l'Inde ir son immense empire asiatique. Imitant

en cela les joarnaux anglais et américains, dés qu'un événement quelconque attire l'attention générale, le Temps envoie immédiatement un de ses collaborateurs sur les lieux.

En France, non-seulement chaque parti, mais chaque fraction départi a un journal. Les députés et les sénateurs un peu en relief veulent être les inspirateurs de feuilles à leur dévotion. Aussi, quand la première mise-de fonds a disparu, que l'acheteur s'est montré rebelle, que le négociant a refusé ses annonces, il se passe derrière la toile les scènes les plus étranges. L'imprimeur et le marchand de papiers arrêtent tout crédit ; il faut soulever des montagnes pour arriver à les contenter. Quant à la rédaction et aux employés, on ne s'en occupa pas. Lorsque le journal sombre, ils ne sont point payés et ont fort peu de chance de l'être plus tard.

renseignements fournis aux journaux par la préfecture 0e pouce et le ministère de l'intérieur.

Les joarnaux de Paris, poar les faits divers, envoient an rédactear à la préfectare de police copier dans les rapports des officiers de paix et des commissaires de police ce- qui leur paraît intéressant : incendies, vols, assassinats, adultères, accidents, etc. Naturellement on ne commnniqae que ce qu'on veut. Des employés de la préfecture se sont quelquefois chargés de ce travail de dépouillement : les lignes qu'ils fournissent ainsi

aux journaux augmentent sen appointements.

Les rapports arrivent quatre fo préfecture de police, les diffère; attachées ensemble avec un (il ro la disposition des reporters.

Au ministère de l'Inlérieur un fectée aux journalistes. Deunehet et demie un des secrétaires de I presse leur communique soit Vi par des notes écrites, les nouvell vées des autres ministères.

La situation de directeur de la délicate, et fort peu de titulaires sympathiques, même à leurs corél tiques. Depuis 1871 ce poste a M. Derrien, qui n'a laissé que d'e nirs ; il a été nommé directe Vingts (1). Il se repose dans l'a mousquetaires des ennuis de la

1. M. Dftrrien a élé remplace au n par l'ancien administrateur de la PetiU mise.

aa écrivain détalent qui a signé longtemps des \

chroniques du pseudonyme de Pierre Chantenay. M, Derrien eut pour successeur M. Henri Fouquier, ancien rédacteur de l'Avenir National, secrétaire général de la préfecture des Bouchesdu-Rhùne sous la présidence de M. Thiers.

M. Fouquier est un véritable écrivain et il est fort probable que malgré ses velléités de réoccuper une situation administrative — préfecture ou autre — il restera dans le journalisme.

M. Auguste Léo, rédacteur des Déhals, souleva quelques protestations, mais son passage à la presse n'a laissé aucun souvenir. Il ne donnait de nouvelles qu'à quelques familiers. M. Hector Pessard arriva avec M. de Marcère. Il organisa le service des renseignements, et se mit dans la mesure la plus large à la disposition des journalistes, sans camaraderie et sans esprit de parti. Aussi, lorsqu'il fut décoré, chacun se montra enchanté do cette récompense si justement accordée autant à Técrivain de talent qu'au fonctionnaire intelligent.

M. Pessard se retira lorsque M. Jules Simon arriva à la présidence du conseil. M. Massicaultlui succéda. Ce nouveau titulaire, ancien pion, devenu

journaliste à Bordeaux, avait été préfet de la Haute- Vienne après le 4 septembre. Ce fut pendant son administration que périt assassiné le colonel de cuirassiers Billet qui, après avoir échappé aux projectiles prussiens à la fameuse charge de Reischoffen, devait être tué par une balle française. M. Massicault fut destitué. Il vint à Paris, écrivit au Sihcle^ à la Presse et obtint la place de M. Pessard. M. Jules Simon ne pouvait faire un choix plus mauvais : M. Pessard était distingué et spirituel, son successeur avait des manières vulgaires et manquait absolument d'esprit. Qu'on s'imagine un charretier introducteur des ambassadeurs, et l'on aura une idée de la distinctiou du titulaire de la direction de la presse. Du reste, M. Massicault n'oubliait pas ses petits intérêts, et rédigeait au Bulletin Français, moyennant quatre cents francs par mois, le courrier des tribunaux.

Les ennemis les plus acharnés du directeur de la presse furent les journalistes républicains ; mais il laissait dire et écrire et gardait sa place. U disparut après le 16 mai, puis le ministère du 14 décembre le fit préfet de la Haute- Vienne. Il fut reçu dans son ancien chef-lieu de préfecture très-froidement, et le président du conseil gêné-

rai lui dit en pablic de dures yérités* M. Massicaalt avala tout, il était préfet.

M. Léon Layedan prit la direction de la presse après le 16 mai. Jamais les journalistes ne le virent. Toujours renfermé dans son cabinet, il ne s'occupait que du fameux Bulletin des Communes^ où il épanchait sa bile, et ne recevait que les rédacteurs du Français. Le gouvernement n'eut pas la main heureuse en confiant à M. Lavedan le poste si délicat de directeur de la presse. Il s'était montré à Nantes préfet incapable; on devait le mettre à l'écart, mais il voulait une position ofQcielle bien en relief et mit tout en œuvre pour l'obtenir. Le parti républicain lui doit beaucoup et ne saurait trop le remercier des services qu'il lui a rendus. C'est M. Lavedan qui fut la première cause de l'évolution si brusque du Constitutionnel, Ce journal ultra-conservateur fit une guerre acharnée au ministère ;' ses articles reproduits par tous les organes républicains de Paris et des départements exercèrent sur l'opinion une influence énorme, et aux élections du 14 octobre le ministère fut battu, quoique M. Lavedan, toujours content de lui, comptât sur une victoire.

Racontons en quelques lignes part de la querelle. M. Gibiat, dir titutionnel, est le compatriote ( tou. Quand ce dernier fut non l'Intérieur — après le Jfrmai — reçut de lui le discours qu'il devi lendemain devant le personnel de n'importe quel journal cette piè( meur; paraissant dans le Conslitt faisait un appui au Heu d'un enu< Fourtou avait compté sans M. La^ tour de la presse n'avait pas rem lisme.Il touchait de l'État ses app( journaux le prix de ses articles ConsUtutionneî et redemanda, au i le manuscrit remis à M. Gibiat. ( prose de M. de Fourtou, qui étau le lenoemam imprimée dans un autre journal. Disons que M. de Fourtou ignorait la démarche de son subordonné et qu'il ne l'avait chargé de réclamer quoi que ce fût.

M. Lavedan ne s'occupait pas du ministre de l'Intérieur et ne rendait compte de ses acies qu'à M. le duc de Broglie, président du conseil.

Parmi les secrétaires delà direction de la presse

â celte époque, presque tous étaient intelligents et comprenaient l'importance et la délicatesse de leur situation. Un sôul faisait ombre au tableau, c'était M. Oscar Havard, qui signait comme gérant une correspondance autographiée, rédigée au ministère de l'Intérieur et adressée aux journaux conservateurs des départements. M. Havard avait écrit au journal leMondeyOii il se montrait ultra-catholique; après le Monde, il avait fait un passage très-court au Français^ puis M. Victor Tissot, qui envoyait au Salut Public de Lyon une correspondance de Versailles, la céda à l'écrivain catholique, qui la signa du pseudonyme de II. de la Montagne. Plusieurs journaux espagnols reçoivent aussi la prose de M. Havard, mais ces feuilles sont absolument inconnues; aussi c'est avec un ahurissement profond que tous les ans, dans les premiers jours de décembre, les éditeurs de Paris reçoivent une lettre leur demandant à chacun leurs plus beaux volumes d'étrennes en échange de la publicité du Corriero del Guadalqukir , du Bulletino de Batig notas et autres X)rganes aussi sérieux. Naturellement on ne répond jamais à ces épîtres, mais leur auteur ne se rebute pas. Son entêtement mériterait pourtant quelque pitié.

Un jour M. Havard déjeun4',v M. Péru, directeur du Salut'^^ ner le jouEnaliste lyoQDais,|; trompa de pardessus, prit l sortit. M. Péru, quelques mii^ le vêtement de M. Havard, croyant que c'étaU le sien. Mettant la main dans une poche, il y trouva un livre, c'était ['Imitation de Jésus-Christ en grec. II s'aperçut alors qu'il s'était trompé de paletot et qu'il avait celui de son currespoudant. It se dit tout d'abord que son rédacteur était trèsfort, puis il se douta que l'erreur de vêtement avait été volontaire de la part de M. Havard, qui D'ent pas été fâché de faire croire que le grec était sa lecture favorite lorsqu'il voyage.

Dans la Périchole, on grandit parce qu'on est espagnol; si écrire danslesfeuillesde la Péninsule aboutit au même résultat, M. Havard grandira. Ed ' politique il se dit gambettiste catholique t II a été aussi rédacteur principal de la Lumière.

Unaulre secrétaire de M. Lavedan était M.Henri Cochin, fils de M. Augustin Cochin. Homme du monde, instruit, prévenant, M. Henri Cochin porte dignement un nom fort connu; il possède les qualités de cœur et d'esprit qui ont illustré

son grand-pére et .son père. Il se retira le lendemain des élections du 14 octobre. Citons encore ! M. Frédéric de Fry, devenu rédacteur en chef 4e \ VÉcho de l'Est, et M. le baron de Ghéon, auteur

f d'une brochure très -intéressante sur l'île de Chypre.

K Après la démission du cabinet de Broglie,

i M.Lavedan rentradans lavieprivéeetfutremi^acé r par M. Villetard, ancien rédacteur des Débats et I , alors directeur du Journal officiel. Mais malgré 1 son intelligence, M. Villetard ne pouvait réparer f les maladresses commises par son prédécesseur ; j le 14 décembre le ministère Dnfaure reprenait le ! pouvoir, M. de Marcére rentrait à l'Intérieur et 1 ramenait avec lui M. Hector Pessard, qui, aamois (le mai 1878, se retirait. On donna son pos'" * M. Anatole de la Forge, ancien diplomate, j naliste, préfet après le 4 septembre, qui se b bravement lorsque tes Allemands pénétrèrent i le département qu'il administrait.

Lorsque des élections de conseillers génér de députés ou de sénateurs ont lieu, les résu des votes^ sont communiqués aux journaux pa

ministère de l'Intérieur. Ctiaque îi

nWnz-.teur. Quelquefois, lorsqu'il s' rtantes.le ministère et ses eavii s heures do soir à une heun acle le plus animé. Dans la ids etlespolitiqueurs à outrance qui arrêtent arnalistes au passage et demandent les noms opinions des candidats elle nombre de voix ont obtenues. C'est an va-et-vient continuel itures de la rue Gambacérès aux bureaux des aux.

as la pièce où sont rangés autour d'une table mmslistes , les conversations sont des plus , Qu'on ne croie point pourtant que l'on se te sur tel outel candidat. La politique est absoit étrangère à ces discussions. Le ministère tldelabière, du cognac, descigares;on fume, it et on cause, en-attendant les télégrammes, a parmi les journalistes des enragés qui :nient la nuit entière si les ga rçons dé bureau gnaient point les lumières. M. Amédée eau, rédacteur du Rappel, proteste toujours l on vient annoncer qu'aucune nouvelle mdra plus et qu'il faut se décider à partir.

mfrères ne se font pas tant prier.-

la dj vision de là presse au ministere oë

l'intérieur.

A côté du directeur de la presse qui change avec le ministère, il y a le service de la presse dont le personnel est à peu prés inamovible. Cette situation est du reste indispensable, parce qu'il faut des hommes au courant du service pour donner au ministre de l'Intérieur et au titulaire delà direction de la presse les renseignements dont ils ont besoin tous les jours.

La division de la presse forme quatre bureaux ayant chacun leurs attributions.

Le premier bureau est chargé de faire appliquer

les lois snr la presse; le colpo en dépendent.

Dans le deuxième bareaa s jonraaux dont un résumé e ministre.

Le troisième bureau a la pr et étrangère.

Le quatrième bureau a pour spécialité l'imprimerie et la librairie, les dessins, estampes exécutions des traités littéraires internationaux.

Les titulaires de ces bureaux sont MM. Siroi Carie, Planés.

Disons quelques mots sur Testampille, à prop des livres. Chaque ouvrage est remis en doul exemplaire à la direction de la presse ; un lecte est chargé de faire un rapport et l'estampille < accordée ou refusée. La lenteur apportée par i employés, à la lecture des livres, peut nuire à 1 diteur qui est quelquefois deux mois avant d'avi une réponse. Cette indolence administrative gré les intérêts de l'auteur et du libraire, Festampi arrivantpresque toujours quand l'édition esta p près épuisée ; fort souvent on n'en fait point u nouvelle, l'éditeur ayant d'autres volumes so presse, et quelquefois l'actualité a disparu.

Le directeur delà presse ne saurait trop stima- i

1er ses employés chargés de la lecture de faire promptement leurs rapports; de cette façon , auteurs et éditeurs sont fixés et n'ont pas k faire dix ou .quinze fois le voyage de la rue Gambacérés pour toujours entendre la même réponse banale :

— Le rapport ne nous est pas encore arrivé I

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