‹ Les boutiques d'espritChapitre 14 sur 17 · JOUAUST · texte numérisé non relu

JOUAUST

En quelques années la typographie française a fait des progrès merveilleux. Nous ayons parlé des charmantes éditions de Lemerre; M. Jouaust est à la fois imprimeur 6t éditeur, les amateurs de beaux livres recherchent ceux qui sortent de ses presses.

A côté du luxe des caractères qui est le pendant de la valeur du texte, il faut, pour remettre au jour d^anciennes éditions, des hommes spéciaux qui se chargent de la rédaction des préfaces, des notices, en un mot de tout ce qui peut ac-

croître l'intérêt. Ce sont des bibliothécaires connaissant à fond nos richesses littéraires, des professeurs et des élèves de TÉcole des Chartes habitués à la lecture de la langue française depuis sa formation jusqu'à nos jours, de véritables lettrés qui seuls peuvent mener à bien une entreprise aussi considérable que l'impression de certains ouvrages.

Puis il y a les publications illustrées d'un nombre plus ou moins grand d'eaux-fortes. La librairie Jouaust est donc tout naturellement un centre où se rencontrent gens de lettres et artistes. Nous citerons : M. Paul Lacroix, de la bibliothèque de l'Arsenal ; M. Paul Ghéron, de la Bibliothèqm Nationale; M. Georges d'Heilly; M. Louis Lacour, ancien bibliothécaire de Sainte- Geneviève; M. A. de Montaiglon, de l'École des Charles ; M. Prosper Blanchemain ; M. Francisque Sarcey , le critique théâtral du Temps ; M. Victor Fournel, un fin lettré ; M. Paul Albert, maître de conférences à l'École Normale ; M. Eugène Asse, TéddiCtexiT An Moniteur Universel ; MM. de Lescure ; M. Ch. Bead ; M. G. Franceschi, etc.

Parmi les artistes on remarque MM. Mouilleron, Flameng, Emile Lévy, Laguillenie, Gauche-

rel , Bédouin , Las Rios , Giacomelli, Le Rat et beaucoup d'autres.

Les principales collections de la librairie Jouaust sont : les Classiques et les Conteurs français; les Petits chefs-d'œuvre ; le Cabinet du Bibliophile ; la Nouvelle bibliothèque classique ; les Petits classiques; la Petite bibliothèque artistique ; la Collection bijou et beaucoup d'éditions originales et de grandes publications artistiques.

Sous le titre Comédiens et Comédiennes^JA. Sarcey publie des notices sur les artistes des théâtres parisiens. Naturellement il a débuté par la CO'médie-Française, et il a fait des mécontents. La moindre critique produit de l'effet sur ce monde si pointilleux, et du plus petit à celui qui occupe le rang le plus élevé, chaque artiste est convaincu qu'il est parfait. C'est un travers qu'il faut leur passer.

Vers 1867 une association littéraire s^était créé sous IqWXvç^A^ Académie des Bibliophiles; elle avait sa librairie rue de la Bourse, mais ses membres se réunissaient à l'Institut, dans le cabinet de M. Cocheris. Cette société comptait parmi j ses fondateurs, MM. Paul Chéron, Cocheris, Jules ji Cousin, T. Delore, E. Gallichon, Pierre Jannet,

L. Lacoor, Lorédan Larcbey, A. de Montaiglon, Charles Read, le baron de Watteville. Le nombre des livres rares réimprimés par les soins de ses membres était déjà important lorsque la guerre éclata. Ses membres se dispersèrent. M. Gallichon, directeur de la Gazette des Beaux-Arts^ M. Pierre Jannet, fondateur de la belle colléetion Jannet (1), sont morts ; M. Lacour, deyenu M. Lacour de la Pijardière3 est archiviste du dé^ partement de l'Hérault ; M. Delore s'est occupé d'affaires industrielles.

V^ Librairie des bibliophiles ^ été annexée à la maison Jouaust.

Un recueil intéressant, la Gazette Anecdotique^ dirigée par M. Georges d'Heilly, parait deux fois par mois. Cette revue a été fondée par M. Jouaust.

Disons que Thabile éditeur dont nous parlons est un érudit et que plusieurs préfaces et beaucoup de notes de ses livres sont de lui. Il est décoré de la Légion d'honneur.

Un des employés delà librairie, M. Jean Signaux, est aussi un écrivain. Il a publié un volume de nouvelles : Madeleine^ et le récit d'un Voyage à la mer Morte.

(1) Cette collection a été reprise et continuée par M. Paul Daffis.

OLMER.

Nous ne pouvons mieux terminer notre série qu'en donnant quelques détails sur la librairie qui publie le présent ouvrage. M. Olmer ne continue pas une tradition, il la crée. D'abord caissier à V Univers^ il quitta cette position pour fonder une librairie rue des Saints-Pères tout près des bureaux du journal de M. Veuillot.

Le titre de Librairie de V Univers avait un inconvénient, c'était s'obliger d'avance à ne publier que des volumes revêtus de l'estampille de la feuille catholique dont il avait pris le

nom. Il quitta la rue des Saints-Pères, alla s'installer rue Bonaparte et mit simplement son nom sur ses publications. Hachette, Didot, Palmé, Rothschild, Lemerre, Michel Lévy et beaucoup d'autres éditeurs justement célèbres étaient des exemples bons à imiter, pourquoi M. Olmer feraitil autrement qu^eux et dissimulerait-il son nom derrière une étiquette ?

Ayant commencé la publication d'une série de petites brochures sur l'histoire de France, brochures destinées à être répandues dans le public pour rétablir la vérité des faits historiques, si outrageusement violée par les écrivains radicaux, M. Olmer abandonna cette collection pour éditer des ouvrages plus importants.

Il fonda un journal hebdomadaire, le Foyer ^ qui eut un succès rapide. M. Charles Buet est le rédacteur en chef de ce magazine qui publie des romans, des nouvelles, des récits de voyages, etc.

M. Buet est savoyard et aime profondément son pays natal. Auteur d'un assez grand nombre de romans historiques fort intéressants, c'est en Savoie que vivent ses personnages, c'est en Savoie qu'ils sont nés, ils sont savoyards jusque dans leurs défauts. Dans le Crime de Maltaverne, M. Charles

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Buet parle d'une tombe qui se trouve dans un cimetière de village et cite l'inscription gravée sur cette pierre funéraire.Naturellement ce récit est une pure fiction. Mais un des lecteurs du Foyer, maire du village cité, prit la chose au sérieux, courut au cimetière, enleva la mousse, les herbes parasites qui cachaient les vieilles pierres tombales et ne trouva rien. Il écrivit les détails de sa découverte au directeur du Foyer et déclara qu'il se désabonnait parce qu'on s'était moqué de lui. Ce désabonnement n'arrêta point, constatons-le, le succès du journal.

La collection de romans de la librairie Olmer compte déjà un nombre important de volumes.

Nous avons parlé dans les articles sur Dentu et Lemerre des fameux escaliers d'une étroitesse exagérée que les écrivains devaient grimper pour arriver auprès des éditeurs. Existe-t-il un fabricant spécial d'escalier pour libraires qui fait tout en un modèle unique ? on pourrait le croire. Pour atteindre le cabinet de M. Olmer il faut se risquer dans une cage étroite et quelque peu sombre. Mais les amou reux de publicité, ceux qui veulent voir leiir nom imprimé, grimperaient à une échelle de conie pour causer avec un éditeur.

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