‹ Les BoxeursChapitre 1 sur 15 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Alors que toutes les puissances qui ont participé à l'expédition de Chine revendiquent à l'envi le mérite d'avoir accompli l'effort le plus décisif dans les opérations militaires et les négociations diplomatiques qui ont empêché l'exécution du plan des Boxeurs, massacre de tous les étrangers et de leurs adhérents, destruction de leurs établissements religieux et commerciaux, en un mot, expulsion complète de toute trace de civilisation occidentale, la France, seule, par suite d'une aberration spéciale, semble ignorer les actes de son armée et de sa diplomatie, hésite aies proclamer, à en tirer les avantages moraux et matériels qui en découlent.

L'indifférence de beaucoup de Français à l'égard

des questions de politique étrangère, Tinsoucîance qu'ils mettent à les étudier, les habitudes de dénigrement invétérées malheureusement chez nous concourent à ce résultat. Le devoir de ceux qui ont assisté à ces événements est donc de fournir à leurs compatriotes des témoignages impartiaux et véritables qui puissent servir de base à une opinion mieux raisonnée etplus juste.

Telles sont les considérations qui m'ont conduit à publier le récit du siège de Tien-Tsin et de la délivrance de Pékin d'après mes notes journalières, dont une partie a déjà paru dans les journaux, l'année dernière. J'ai retracé le siège des légations et du Pei-tang d'après les renseignements recueillis et contrôlés sur place au lendemain de la délivrance. Les nouvelles de chaque jour sont relatées telles qu'elles nous parvenaient, avec les réflexions qu'elles suggéraient sur le moment. Il s'y trouve donc quelquefois des erreurs de renseignement et d'appréciation, corrigées plus loin, que j'ai cru préférable de laisser pour donner une peinture plus exacte de l'état d'esprit des acteurs de ce drame si extraordinaire. Au commencement du

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récit f ai expliqué dans un chapitre spécial la genèse du mouvement « boxeur », dont les causes très simples, très fréquentes dans l'histoire des peuples, ont été compliquées ou dénaturées comme à plaisir. Elles tiennent en quelques lignes. La Chine est aujourd'hui le seul grand pays resté en dehors du mouvement des idées modernes; la crainte qu'inspiraient ses formidables dimensions lui avait permis de demeurer à Técart. Des revers récents ont mis en doute sa force ; aussitôt le courant qui entraîne les grandes puissances à sortir de leurs frontières, à essaimer chez leurs voisins plus faibles pour y propager leurs doctrines religieuses, leur culture intellectuelle, leur commerce et leur industrie, en un mot leur civilisation, afin d'en tirer des avantages moraux et matériels, ce courant s'est dirigé vers la Chine, où il a entamé les frontières. Mais si l'empire est faible au point de vue de l'offensive, sa masse est énorme et oppose une résistance incalculable. Le soulèvement « boxeur » n'est qu'un épisode de cette réaction. C'est ce que j'indique avec plus de détails dans le chapitre final quej'auj I rais intitulé « Péril jaune » si ce terme n'avait

pris depuis quelque temps la signification d'une sorte d'invasion militaire et économique de la Chine en Europe. A mon avis, le péril jaune, pour l'instant du moins, n'est pas dans cette éventualité, mais plutôt dans les complications internationales à naître des compétitions étrangères dans l'empire du Milieu.

Enfin un chapitre spécial reproduit la traduction d'un document chinois trouvé au cours de l'occupation de Pékin. C'est le journal d'un bourgeois, intendant d'une famille riche, un homme de la classe moyenne. On y voit la ville livrée à l'anarchie la plus complète, les autorités faibles et irrésolues à l'égard des Boxeurs, jusqu'au jour oii ceux-ci, s'emparant du pouvoir, lancent la Chine contre l'étranger et massacrent tous ceux qui veulent s'opposer à leurs desseins. Le Chinois y révèle naïvement son caractère : orgueilleux, crédule et fataliste à l'extrême, capable d'impulsion violente, mais sans énergie en face d'une résistance sérieuse, toujours disposé à s'incliner devant le plus fort, quel qu'il soit.

Je serais heureux si ce modeste ouvrage contribuait à convaincre le lecteur français que notre

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patrie a été représentée en Chine comme il convenait à son passé glorieux et aux intérêts considérables qu'elle y possède actuellement.

Les événements qui découlent du soulèvement « boxeur » sont tellement enchevêtrés que je croîs utile d'en donner ici une très rapide analyse, qui servira de fil conducteur,

A la fin de mai 1900, le mouvement « boxeur » prend le caractère d'un soulèvement antîétranger. Pékin est bloqué le 4 juin, le siège des légations commence le 20 juin. Les concessions étrangères de Tien-Tsin sont assiégées le 1 7 juin, délivrées le 23, mais bombardées encore jusqu'au 14 juillet. Le 14 août, les légations sont délivrées ; le 16, c'est le tour du Peî-tang. A cette date finit la première période des opérations militaires ayant pour point de départ l'ordre donné aux amiraux de débloquer Pékin. C'est la seule dont parle ce livre. La France y prend part avec sa division navale sous les ordres du contre-amiral CourrejoUes, ses compagnies de débarquement commandées par le capitaine de vaisseau de MaroUes, trois bataillons d'infanterie de marine et trois batteries d'artillerie envoyés du Tonkin, placés sous le commandement du

colonel de Pélacotjusqu'après la prise delà ville chinoise de Tien-Tsin, puis du général Frey.

Tous les contingents internationaux sont indépendants les uns des autres.

La seconde période d'opérations militaires s'étend de la prise de Pékin jusqu'à l'évacuation au cours de l'été de 1901. Ces opérations ont d'abord pour but de pacifier le Tchéli, de le purger des bandes de Boxeurs, d'en faire la police. En second lieu elles appuient l'action diplomatique et lui apportent le concours le plus utile sans lequel celle-ci n'eût pu obtenir du gouvernement chinois aucune réparation ni garantie. Elles sont conduites par le maréchal de Waldersee, commandant en chef des troupes allemandes , américaines , anglaises , autrichiennes, italiennes, japonaises et russes, et par le général Voyron, commandant en chef des troupes françaises (plus de quinze mille hommes) . Beaucoup de Français commettent l'erreur de croire que le général Voyron était subordonné au maréchal de Waldersee. C'est inexact. Ces négociations ne commencent véritablement que le 26 octobre, car il faut plus de deux mois pour amener une entente entre les puissances sur le

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lieu et le programme des conférences. Le 24 décembre, les conférences aboutissent à la présentation à la Chine d'une note contenant les douze conditions auxquelles les puissances subordonnent le rétablissement des relations normales. Les conditions sont acceptées en principe immédiatement, mais huit mois sont nécessaires pour Fexécution des clauses les plus essentielles. Enfin le 7 septembre 1901 est signé un protocole final qui consacre solennellement les résultats obtenus et les engagements de la Chine.

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