ACTE PREMIER
DIANE
Mais personne ne pense cela. . .
ROSE
Si fait! si fait!... Oh! je remarque bien vos petits regards en dessous.
DIANE
Nous vous tenons toutes, je vous jure, pour la plus honnête personne du monde.
BLANCHE, riant.
Oh 1 pour cela, oui!
Mais vous avez un petit travers.
ROSE
Lequel?
DIANE
Celui de vouloir jouer les coquettes sans avoir les qualités, ou plutôt... les défauts de l'emploi...
ROSE
Ce qui veut dire que je suis une innocente!... une sotte!...
DIANE
Quelle guerre vous nous faites là, chère enfant !
ROSE
Je ne suis pas une enfant !
DIANE
Chère madame!... Non, vrai, vous avez manqué votre vocation... les quatorze enfants de Claudette!... En mourant sitôt, M. Michelin a brisé votre carrière...
ROSE
Alors, selon vous, je n'étais bonne qu'à filer de la laine?... Eh bien, prenez-y garde, si je m'y mets, je vous soufflerai tous vos adorateurs.
BLANCHE, riant.
Oh! souffler n'est pas jouer...
ROSE, qui ne comprend pas.
Comment? (Diane et Blanche rient de nouveau.) Je serai une femme à la mode quand je voudrai, croyez-le bien... D'abord, je sais m'habiiler.
BLANCHE
Oh ! ce n'est pas le plus difficile, ça I
Devant le visage étonné de Rose, les deux femmes éclatent de rire. ROSE.
Ah ! c'est insupportable ! vous me taquinez pour me faire pleurer, afin que je sois laide pour le bal de demain; eh bien, justement, je ne pleurerai pas, pour vous faire enrager. DIANE, riant.
C'est cela...
BLANCHE
Le plus triste de tout cela, c'est que M. Tingrey, mon époux et maître, arrive demain soir.
DIANE
Comment 1 nous aurons Tingrey ?
BLANCHE
Hélasl... Ah! s'il pouvait se tromper de gare, et aller à Milan... rejoindre M. Bernier; mais le ciel n'exaucera pas mes vœux.
ROSE, revenant.
Mais ce n'est pas tout ça...
DIANE
Tiens, elle reparle.