ACTE DEUXIÈME
DIANE
Je ne l'ai jamais aimé.
Pourquoi l'avez- vous épousé, alors ?
DIANE
Moi? Je ne l'ai pas épousé... On m'a mariée à lui... voilà tout.
BLANCHE
Mais madame Michelin avait donc deviné juste?... et cette histoire... « A mon beau château ! » c'était donc, en effet, la vôtre ? (Diane fait signe que oui.) Oh ! je n'en savais pas tant, moi. Et, s'il en est ainsi... vous êtes très-intéressante, ma chère, et le comte a tous les torts. — Mais enfin quel but poursuivez-vous? qu'estce que tout cela signifie?...
DIANE
Oh! c'est fort simple allez... Vous l'a\ez dit : par mon contrat, j'avais la libre administration de tous mes biens, comme M. le comte avait la libre disposition de sa fortune... Eh bien, le comte possède encore toute la sienne... et moi... je n'ai plus rien.
BLANCHE
Rien?
DIANE
Rien...
BLANCHE
Quoi 1 vos propriétés en Lombardie ?
DIANE
Les trois palais qui me venaient de ma mère? Ah! les palais, tout d'abord, ont disparu dans le naufrage.
BLANCHE
Mais l'autorisation de M. de Tourny vous était nécessaire; il vous l'a donc donuée?
DIANE
Non, je l'ai eue.
BLANCHE
Je ne comprends pas.
DIANE
Il me l'avait refusée... mais j'ai fait préparer la procuration par son notaire et j'ai attendu... Un jour, le père de M. de Tourny était mourant, il demandait son fils... Le comte allait partir; alors, son valet de chambre, que j'avais gagné, lui a présenté l'acte parmi d'autres pièces, et, vous comprenez? dans la précipitation du départ...
BLANCHE
Sans lire?... Tiens, c'est un bon moyen... Et le comte n'a jamais su...?
DIANE
Jamais.
BLANCHE
C'est égall deux millions en cinq ans!
DIANE
Mieux que cela.
BLANCHE
Comment avez-vous pu faire?
DIANE
Je n'en sais rien. .. Est-ce qu'on sait où passe l'argent? est-ce que vous le savez, vous? J'ai voulu lui ter de magnificence et de folies avec la marquise d Argelly, do.it le luxe princier me donnait le vertige; pendant un grand mois ses salons merveilleux avaient étincelé dans mes nuits, et ses attelages insolents galopé dans mes rêves... Alors, j'ai perdu la tête, et, pendant tout l'hiver, j'ai jeté l'or à pleines mains, sans compter; et, pour tant de sacrifices 1... le monde m'a accordé un triomphe d'un moment... oui... j'ai