‹ Les brebis galeusesChapitre 62 sur 103 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

eh bien..., quand cette heure sonnait pour moi, c'est à vous que j'ai pensé, madame ; permettez-moi donc de vous défendre, permettez-moi de vous protéger.

MARIE, à part.

Je ne me trompais pas. Il a tout deviné.

LE COMTE

Ouvrez -moi votre cœur, Marie ; votre cœur si chaste et si pur encore! vous n'avez pas à rougir devant moi qui pourrais être votre père et qui vous aime comme si vous étiez ma fille. Parlez donc... (Sur un mouvement *.) Eh bien, non, je parlerai pour vous, car je sais tout ce que vous pourriez me dire. Écoutez donc, Marie. Je vais vous parler comme si j'étais votre père. (Lui prenant la main.) Écoute, mon enfant, (a demi-voix.) Tu es belle!... tu es jeune!... beaucoup te l'ont dit, et, ceux-là, tu ne les as pas écoulés ou tu as souri ; mais... un autre est venu... (Sur un nouveau mouvement de Marie.) Je ne le connais pas ! je ne veux pas le connaître! Il n'a murmuré qu'un mot, mais ce mot, tu l'as retenu, et il résonne encore à ton oreille charmée; car ce mot a bouleversé ton cœur, si bien que, de jour en jour, ta pensée s'éloigne davantage de celui qui devrait l'occuper tout entière.

MARIE

Mais, monsieur le comte !

LE COMTE

Oui, pauvre enfant, je sais tous ses torts envers toi, et mes reproches sont partis hier, car je me suis permis de lui en adresser, et bientôt, j'en suis sûr, il viendra, repentant, s'agenouiller devant ta justice. Eh bien, songes-y, ma douce Marie, un juge doit être sans reproche, et, pour que tu aies le droit de pardonner, il faut que tu puisses tendre un front innocent aux lèvres du coupable. Ainsi, crois-moi, sois sourde aux conseils qui te prêcheront peutêtre les représailles de l'amour. Les femmes honnêtes, vois-tu,

* Le comte, Marie. . . •

n'ont qu'un moyen de se venger de ceux qui ont failli, c'est de ne pas faillir elles-mêmes.

MARIE, avec élan el lui tendant la main. Merci, je me souviendrai.

LE COMTE

Vous me rendez bien heureux, Marie! et maintenant, je partirai tranquille.

Il baise Marie au front; elle le salue une dernière fois et sort par le fond à gauche. — Diane est entrée sur les derniers mots de la scène.

Page 1