LE TAILLEUR
t En Tain vous refusez de prendre a mon amorce,
• J'ai fait serment d'entrer et j'entrerai par force, fl Cet homme va connaître enfin ce que je vaux, « Mes amis, dételez les bœufs et les chevaux.
i A présent, dirigez le timon sur la ferme.
I Très bien. J'enfonce ainsi les portes qu'on me ferme.
• Oui, c'est un siège en règle et terrible ! Je veux
• Que devant mes exploits se dressent leurs cheveux ! »
850 GHANr VINGT-TROISIEME.
Oh ! le vaillant (aîlleur ! Mais comme en ce grand siège 11 se vit puissamment aidé par son corlége! Les assiégés aussi firent bien leur devoir : Fourclies, pcUes, bâtons servaient leur désespoir. La maison fermentait comme eu été les ruches. La fermière laissa pleuvoir toutes ses cruches. Pour l'éloquent meunier, ce fut un Du Guesclin : A. ce nouvel Arthur il faudrait un Merlin.
Longtemps battue, en lin la porte est enfoncée, Et la belle armoire entre avec la fiancée. Aux bravos de la foule, aux refrains du Sonneur, On Tinstalle, brillante, a la place d*honneur : De crêpes, de lait doux, chaque invité la couvre; Et lorsqu*avec fracas son double battant s'ouvre, Les r^rds du jeune honune ébloui peuvent voir La couche qui demain devra le recevoir. ^
Chez les gens de Ker-Barz ainsi les fiançailles S'accomplirent suivant les rites de Cornouailles.
LES FIANÇAILLES. âSt
Mais que penser, lecteur, si ma voix vous disait Qu'une fôte pareille à Goat-Lorli se passait , Que notre jeune clerc rayonnait d'allégresse , Et triomphalement entrait chez sa maîtresse I
Les d«iii nocei : Lilès el Hélèoe, Lo!c et Aona. — Cnrieax et Invités sens nombre.— Une mendiante explique le mariage du clerc. — r.a messe des noces. — Singulières remarques des assistants. —Banquet et danse sacrés. — Les denx noces se rendent au village de Coat-Lorh. — Immense repaa. — Mor-Vran, le vannetals, et Hervé, du pays deTréguier, sont parmi les conviés — La quête des mariés. — Le ooucber. — Souhaits aux nouvelles épouses. — Fête et Chanson de la Soupe de lait. — Les Épingles de la mariée. — Fin de cette histoire : Actions de gréce.— Le lendemain des noces. Messe des morts. — Repas et danse des Pauvres.
Les landes embaumaient, jamais matin d'été N'éleva sar la terre un ciel plus argenté.
Tout Scaer était venu : jeunes gens, jeunes filles, Leurs quenouilles au bras, k la main leurs faucilles, Se mêlaient sous le porche au rang des conviés Pour voir sortir de près les nouveaux mariés. Les langues remuaient. Certaine mendiante ,
La Giletta, montrait sa face souriante :
d Ces détails y je les liens tous de l'enfant de cliœur^
« Disait-elle en filant, et je les sais par cœur.
a Annaîc repoussait toiijours ce mariage,
« Qui, selon quelques gens, du diable était Touvrage;
« Mais un jour le Recteur, montant sur son cheval ,
« Courut droit au couvent : a son saint tribunal
a II demanda la ûlle^ et lui dit, le brave homme,
« Qu'on pouvait se sauver en toute voie : en somme,
« Que Loïc, mauvais clerc, serait bon laboureur.
« Or Anne n'avait pas l'écolier en horreur.
« Le Recteur fait ainsi deux noces au lieu d'une.
0 Le pauvre y gagnera. Mais, chacun et chacune,
0 Silence 1 S'il fallait qu*an mot de tout ceci
« Fût redit au vicaire, ouvrez ma tombe ici! t
L'église cependant était toute remplie
D'une foule a la fois joyeuse et recueillie.
Les pompes de la noce éblouissant les yeux
Des jeunes, rappelaieat leur beau jour aux plus vieux.
LES NOCËS. 357
Leur grande atlention deviat plus grande encore Quand chacun des époux, après un oui sonore. Offrit Tanneau d'argent, orné d*un cœur en feu, Â celle qu'il venait de choisir devant Dieu. Les plus fins crurent voir qu- Anna sans défiance De son fidèle clerc accepta Talliance ; Mais Hélène plia les phalanges du doigt, Pour garder sur Liiez une part de son droit. Conune un présage heureux d'union conjugale, Tous les cierges brûlaient d'une lumière égale; Et nul, a leur clarté, n'aurait pu découvrir Qui des nouveaux époux devait d'abord mourir.
Enfin la messe dite et la foule sortie. Les quatre mariés ont dans la sacristie Suivi le prêtre, et Ta, sous l'œil sacerdotal , Saintement s'accomplit le banquet nuptial (Symbolique repas). Du fond d'une corbeille Furent tirés un pain, un verre, une bouteille : Le prêtre fit deux parts du pain, il en goûta,
858 CHANT VINGT^QtiAtRlÈMË.
Puis aux nouveaux ëpoux sa maîo les présenta. Ainsi du vin. Chacun dul boire au môme verre : Enseignement voilé, leçon douce et sévère.
Que la danse sacrée ait à présent son tour! Fusils, tonnez! chantez, les gais enfants du bourg! Par-dessus tous les bniits, cornemuses, bombardes, Misiez dans Tair vos voix confuses et criardes!
La pauvresse disait : « Les voilh ! les voilk !
« Mais regardez Liiez! Hélène, voyez-la !
« Le clerc a Tair d*un Saint tout paré dans sa niche.
« De lui-même, on le sait, le gars n'était pas riche ;
« Mais notre bon Recteur, qui Taime comme un flls ,
« L'a doté largement sur ses anciens profils.
« Pour Naîc...— Oh ! par Dieu! taisez-vous, bonne vieillel
« Ne clôt elle jamais son bec, cette corneille? » —
Comme la noce sort avec solennité !
De sou grave parrain cliaque époax escorté
LES NOCES. 85d
S'avance. Autour de lui flottent ses larges braies, De trois habits brodés sortant à mille raies ; 11 \ient les yeux baissés et les traits rougissants; Ses. immenses cheveux pendent éblouissants. Derechef, ô Sonneur, que votre voix éclate I Voyez-:Vous resplendir les robes d'écarlate. Les manches étaler leurs dentelles d'argent, El coiffes et miroirs s'entre-choquer au vent? Ornement orgueilleux et naïf qui révèle . Ce qu'a son jeune époux l'épouse offre avec elle : Combien de cents d'écus en dot sont apportés, Le nombre des miroirs vous le dira : comptez. De quel pas noble et lenl viennent ces deux épouses ! Les dames des manoirs pjourraient être jalouses. Leur marraine les suit, c'est un dernier devoir : Chacune doit garder sa tille jusqu'au soir.
Par les tombes, les croix , les ifs du cimetière, Se déroulait ainsi la noce tout entière.
A peine on eut touché le sol du grand chemin , Les pieux épousés se prirent par la main; Aussi leurs conducteurs; et la danse sacrée Sous les murs de l'église en chœur fut célébrée. Pour fêter devant Dieu leur hymen éternel ^ Les époux bienheureux ainsi dansent au ciel.
Yoilk comme en ce jour vos mains furent unies , Savant clerc, fille sainte, et vos amours bénies! Non, tout ne s'éteint pas dans le fiel et les pleurs. Et l'arbre de l'amour se couvre aussi de fleurs. —
Je veux suivre à Goat-Lorh, ou va s'ouvrir la fête. Les glorieux époux emportant leur conquête. Les filles a cheval serrant leurs amoureux, Et les coiffes volant au fond des chemins creux. Les jours noirs sont passés, les jours noirs et moroses : Laissons errer mon chant sur les plus belles choses.
Pour la danse bruyante, ou l'immense repas
Qui remplit, tout ce jour, je ne les peindrai pas. , Sur le bord d'un fossé vingt cbaudièresbouillantes, Un grand four qui vomit sans fin des chairs brûlantes, Dans Taire des barrils ne cessant de couler. Des tables qui devraient sous leur charge crouler» Des files d'éternels mangeurs , plus d'un ivrogne Vidant les pots , vidant son verre sans vergogne ; . Puis le cidre, et le lard, et les rôtis fumants Qui reviennent encore au son des instruments. Gigantesque tableau 1 — Mais sous un dais à frange. Chaque blanche épousée illuminant la grange. Les époux radieux siégeant a leur côté. Et les mères au port rempli de majesté.
Pour payer tant de frais lorsque s* ouvrit la quête. Nul ne fi.t, croyez-moi, le sourd a leur requête : . Les mariés n'avaient qu*3i répondre merci. Tant le cuivre pleuvait et les écus aussi.
Môr-Vran, le vieux marin , avec Nona, sa fille,
86i CHANT VINGT-QUATRIEME.
Vint du pays de Vanne; et, riease et gentille, La belle enfant Mana sortit de san foyer Avf^ son père Hervé du pays de Tréguier^ L'Arvor, ^omme jadis aux noces de ses princes^ Avait des envoyés de toutes les provinces. Uni tendre amitié dès-lors vous enchaîna, Douce coniDMi vos noms, Lena, Mana, Nona»..
Ma» il est temps : montrons cette belle journée Par une nuit plus belle encore terminéCé
Dans la chambre qui doit recevoir les époux ^ Où déjà sont dressés les grands IHs clos et moiis, La noce s'est rendue, attendant les deux vierges Que leur marraine guide à la lueur des cierges. Elles viennent, les yeux en pleurs, d'un pas tremblant. Avec leur bbindie robe et leur corsage bhinc. Par leurs graves parents à deux genoux bénies, 11^ vont prendre aussi congé de leurs amies. Toutes les embrasser, et. dans ce triste adieu.
Les No€es. 3«3
be chacune en passant entendre un dernier vœu. On leur disait : • A vous paix et joie en ménage.
• — Un jour, le paradis.— Dans ce monde, un grand âge.
• — Des moissons plein vos champs.— Donnez a votre époux
• Des garçons comme lui , dos filles comme vous. • Mais que de pleurs nouveaux, de cris, quand la marraine Vers le lit nuptial devant tous les entraîne !
Vint le tour des maris : mais Liiez et Daûlaz, Les braves jeunes gens, certes, ne pleuraient pas.
Autour de la maison voici des bruits étranges! Qui vient dans leur sommeil troubler nos jeunes anges? Ah I riez et chantez, c'est la soupe de lait, Et ses morceaux de pain liés en chapelet. On rapporte au\ époux. Ban-Gor, le noble barde. Dans le chœur jovial lui-même se hasarde; Et le malin tailleur conduit comme échanson Nannic, le blond Naniiic, le fils de la maison , Qui, malgré ses six ans, porte encore une robe.
364 Ctf\NT Vîl4Gt-0UATRlèME.
Ei SOUS ses longs cheveux tout honteux se dérobe.
Placé, sur Tun des lits, pourtant le jeuiie enfant S'anime, et sa voix claire au plafond 8*élevant, Entonne avec douceur cet air chaste, mais tendre, Que son âge innocent ne pouvait pas comprendre :
« Chantons la soupe blanche, amis, chantons cncor « Le lait et son bassin plus jaune que de l'or,
« Près du Ht des époux chantons la soupe blanche : a La voila sur le feu qui bout dans son bassin , « Comme les flots de joie et d'amour dans leur sein; « La voila sur le feu qui déborde et s'épanche.
« Chantons la soupe blanche, amis, chantons encor 0 Le lait et son bassin plus jaune que de l'or.
« Bien ! le lait jusqu'aux bords dans les écuelles fume. i Dans un seul vase offrons leur part aux deux époux
LES NÔCÉS. 365
• Pour qu'ils boivent toujours, ainsi que ce lait doux, « Dans un vase commun le miel et Pamertume.
• Chantons la soupe blanche, amis, chantons encor I Le lait et son bassin plus jaune que de Tor.
• Admirez ! admirez I De ses larges mamelles
• La génisse féconde a donné ce lait blanc : i Ainsi la jeune mère, avant la Gn de Tan ,
• Versera son lait pur a deux bouches jumelles.
• Chantons la soupe blanche, amis, chantons encdr c Le lait et son bassin plus jaune que de For.
« Saint Herbod, écoutez les appels de notre âme; i Et vous, sainte Henora , tes vœux de notre cœur :
• Oh I ne laissez jamais sans la douce liqueur
I Les pis de la génisse et les seins de la femme.
S66 CHANT VINGT-QUATRÎEME.
tf Cliantons la soupe blanche, amis, chanlons eacor « Le lait et son bassin plus jaune que de Tor.
i Assez! les maries ont bu la soupe blanche; « L'épouse rougissante est pleine d'embamis; • Elle voudrait cacher sa tôte sous son bras : « L'époui attire a lui cette fleur qui se penche.
«Chantons la soupe blanche, amis, chantons encor rLe lait et son bassin plus jaune que de Tor. »
Non! silence, Nannic, à ces chansons menteuses! Mais passez, cher enfant, passez vos mains flatteuses Au front de ces époux suant de déplaisir Sur une soupe ardente impossible a saisir : Pour boire ils ont reçu des cuillères percées, Et les tranches de pain d'un fil sont traversées! Vieilles joyeusetés, nouvelles chaque fois, Qui rendent leurs témoins plus heureux que des rois. Ces bons tours, mes amis, souvent furent les vôtres.
Et VOUS souffrez du mal que vous fîtes à d'autres. Mais un Saint damnerait son âme à tant d* ennuis. Et dirai-je l'emploi des trois premières nuits? La première est pour Dieu; la Vierge a la deuxième; iosepb , le chaste époux , réclame la troisième. —
Quand les vierges sortaient de leur lit nuptial ^ Vers elles s'avançait tout un chœur matinal ; Comme la veille au soir, leurs anciennes compagnes Disaient : « Vous n'irez plus aux fêtes des campagnes,
• Heureuses désormais de rester loin de nous, i Allaitant votre fils couché sur vos genoux.
• Des épingles fermaient hier votre corsage :
• Qui les aurait de vous comme vous serait sage.
• Des épingles tenaient la coiffe à votre front : « Faites nous en cadeau , toutes se marîront. •
Les maris écoutaient ces choses sans rien dire, Mais leurs yeux se prenaient tendrement a sourire : Gonmie, en un beau verger, de riches laboureurs
âed CËANT VlNGt-QlîAtKlÈMÉ.
C'>inp(ent sur bien desfruitsen voyanl tant de fleurs. —
Et moi-même, j'arrive au terme de ma route, Long chemin qu'un plus fort eût trouvé court sans doute. Mais ronces et graviers entravaient tant mes pas. Que souvent je disais : § je n'arriverai pas! ». Seule alors vous m'aidiez , ô puissance cachée, Humble force du cœur qu'en partant j'ai cherchée I Et vous, l'Inspirateur, mon Dieu, je vous bénis : J'ai commencé par vous, et par vous je Gnis.
Quand réternel oubli recouvre tant de races, Mon peuple dans mes vers aura-t-il quelques traces? Bretagne, ô vieilles mœurs, noble rusticité, Ensemble harmonieu-x de force et de beauté f
Ah I celte noce encore a des pompes plus hautes : Avec le second jour viennent de nouveaux hôtes. Sans robes d'ccarlate et pourpoints de drap bleu. Mais les membres du Christ et les hôtes de Dieu,
Les pauvres. — Plus de cent autour de Taire a battre, Maigre essaim d^affamés, étaient venus s*abattre : Si tristes tous les jours, si joyeux ce matin, Qu'ils attendent leur part des bribes du festin ; Aussi les voila tous munis de leur écuelle : Mais les feux sont éteints; la noce, où donc est-elle?
La noce était au bourg, et priait pour ses morts Autour du tréteau noir où Ton pose les corps ; Puis , le service dit , on vit la foule entière Chercher chacun sa tombe aux coins du cimetière ; Et le sol fut couvert de parents k genoux Occupés a prier pour ceux qui sont dessous, Les conviant aussi, dans leur couche profonde, * A se mêler un jour aux fêtes de ce monde.
A vous, pauvres! à vous, enfin, estropiés I Déposant leurs habits de deuil , les mariés , Chacun heureux et fler de vous servir lui-même, Viennent les bras chargés des mets que le pauvreaime.
Zn CMA5T TI5GT-QC1TKIÊMC
QmmtsûL ^pe Tct» d'an bsbcM àt \ Les S»n& tobI ^pnwrer le tiAt m 9 satsM? O fa sMpe aboyante, et snne, et bia tnii|«e: Dcstrîppesà fotsoA! «Aefrafttbe &^f«e!
Ob poamît se Bovrir rîea qu\ Toàtmr es I Hâ»! ^w se £ût-M des Bims Unm ksjmFil Ifais, diks : â préant, BesâMTic et T« Scata-T0B p]t> cowîr em t«bs ccrtûiie» 1 Baal le pied, les tmads, et dûaaeE Tdfine i Eb damae! fa bûBdurde eatoiiBe smi neiraÎB. Le derr Tîent ianler Gîktta, fa paarrasie, Qbî de pfaîsïr nMi£Ît et d~araKÏl se ivdnease: « A BtûB iz , dh-efie, y pûarez-ros^ fi?^»'? € At<p bb Ke» ÎHne koaoBe Bne tîk-> d^Bser! « Devut Tos kal<ïl5 Bnfe cUler bhs s^k^IjcsI
VÛ^ ABBe 2Bâ!Î prâil WÊ. Bûble BCBi&Bi
Qbi, luBt en &ui BOB, fa sBbût cepi»diBt :
lîeB d 'ABlrcs fepBl de mimtz et d^ ks I«skik
I S'uiiienl^ fas kabits eBlr'oBiFÛml I
Mais les cœurs lK>ndlssaient de joie ; il u'ëlait plus. Grâce aux braves Sonneurs , ni pauvres ni perclus: Comme en ces âges d*or, loinlaio qui toujours brille. Tous ne formaient entre eux qu'une seule famille.