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LE MAITRE DE LA LICE

c. Je connais son secret, et je connais le vôtre :

Gens de caur,bons chrétiens, vrais Bretons l'un et l'autre,

Capables en un jour de bêcher trois arpents.

Oui, vous êtes tous deux des bœufs et des serpents.

A vous deux le bélier! Restez amis fidèles,

Comme des francs lutteurs vous êtes les modèles.-

Allons! j'entends là-bas des airs bruyants et gais;

Et si vos pieds encor ne sont pas fatigués,

Je vois près des danseurs plus d'une jeune femme

Qui pour vous, braves gens, languit au fond de l'âme. «

Hélas! dans ces grands jeux chers à tout cœur ardent

Ne parut point Daûlaz! « Bienheureux cependant,

Bienheureux un lutteur! songeait-il en lui-même.

Pour témoin de sa force il a celle qu'il aime;

S'il remporte un anneau, cette bague d'amour

En anneau nuptial peut se changer un jour. »

Alors de ses deux mains il entr'ouvrait sa veste,

S'apprêtant sur la lice à bondir fort et leste ;

Mais des sages disaient : m Ce jeune homme se perd !

Jeune homme, y pensez-vous? Vous, Loïc ! vous, un clerc ! i

Sonne donc la bombarde ! et, saisi par la ronde. Que parmi les heureux une heure il se confonde!

La bombarde résonne; et, la main dans la main, Les danseurs vont courant le long du grand chemin; Les filles de Gour-Rîn, aux jupes sur les lianclies, Celles de Ponl-Aven, si roses et si blanches, Et bien d'autres encor, bondissent sans repos, Comme des grains de blé sous les coups des flt-'aux. Regardez, regardez la bande qui défile! Danseuses et danseurs, ils sont là plus de mille Qui sautent face à face en se parlant des yeux, Et reparlent ensemble avec des cris jojcux. Haut le pied, jeunes gens! Pour quelques toursde rondî, Lorsque Pâques viendra, si le vicaire gronde, Cependant, mes amis, bras dessus, bras dessous, Parlez au vieux recteur, et vous serez absous.

Lui-même le voici, le clerc du presbytère!

Pr^.i de sa bicn-aimée il passe avec mystère.

Hélèiie et vous. Liiez, en riant vous passez;

Car vous aimez sans peur, et sans peur vous danseî.

Très glorieux saint Luc! Ce sonneur, comme i! gonfle Sa joue, et sous son bras comme le biniou ronfle! Un jour musicien, le lendemain tailleur, Qui peindrait sou cou tors, son petit œil railleur? Et Ban-Gor, le meunier, ce roi de la bombarde, Debout sur son baril, n'a-t-il point l'air d'un barde? Aujourd'hui tout sj mêle et s'accorde à sa voix, Vêtements campagnards el vêtements bourgeois; Le maire est dans les rangs; voici venir derrière Monsieur le percepteur, madame la mercière; Tous les métiers du bourg, tisserand, tonnelier, Le maréchal ferrant avec son tablier;

Riclie et vieux, ieiinc et pauvre. O Dieu ! la bonne joie! De poussière entouré, comme cela tournoie! Que de fronts en sueur! Arrêtez! Les plus forts, Tant leurs jarrets sont las, ne vont plus que du corps. Assez, braves sonneurs! Encore une cadence, Et vous étendez mort le meneur de la danse. Vous, du cidre, aubergiste! et versez largement! Chacun de ces gosiers est un brasier fumant.

Enfin tous sont à boire, et boivent à plein verre, Vrais Bretons, hors ceux-là qu'une autre soif altère, Couples qui vont chercher en devisant entre eux, Au tomber de l.i nuit, l'ombre des chemins creux.

« Que dit de moi la fille aussi souple qu'un saule, Et que j'appellerais la perle derizôle?»

« Votre nom ne ment pas, ô Liiez ! il me plaît ; Car votre âme innocente a la blancheur du lait. »

« Moi, c'est avec raison que Daûlaz ou me nomme : Ame et corps, tout se meurt en moi, pauvre jeune homme ! i

« Daûlaz, avec vos pleurs, oh! ne me tentez Ou je vais racheter vos jours par mon trépas

L'ombre les a couverts ; telle que la rosée, Leur voix tombe sans bruit par la route boisée.

Mais au loin vibre encor le son clair du biniou ; «lou! «criaient des danseurs; d'autres répondaient: ( O danses! cris de joie! ivresse du bel âge! La joie est dans le bourg, elle est sous le feuillage.

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