I.ILÈZ, de Coniouaille
Oui, Tréguier a son lin, Vanne a ses rangs de pierres, Mais venez en Cornoaaille, au pays des rivières, Au pays des vallons, des pâtres et des bœufs, Oùriiommeestcomme un arbre avec ses grands cheveu: C'est chez nous, mes amis, que les filles sont belles! Là qu'on danse aux Pardons des petites chapelles! Venez voir à Kemper le bon saint Corentin, Avec sa mitre d'or et sa crosse d'étain.
tE PRÊTRE, de Léon.
Un grave Léonard fuit les plaisirs du diable. La semaine, il la passe à charroyer du sable, A fumer ses sillons, à dresser ses chevaux; Et le jour du dimanche, après ces durs travaux, 11 entend la grand'messe, et, dans sa langue antique, A saint Pôl, son apôtre, il entonne un cantique : Car saint Pôl est l'honneur du pays de Léon, Et Léon est l'honneur du langage breton.
Tous quatre en leur dialecte habiles à combattre, Ainsi ces vrais Bretons s'attaquèrent tous quatre. Ils demandaient du vin pour rafraîchir leurs voix, Lorsqu'un chanteur se lève et reprend en gallois :
O terre des Keniris ! serait-ce pas étrange Si dans un cliant breton tu restais sans louange, Comme au temps de Merlin, toi qui portes encor La iiarpe dont la voix enivrait la clé-maur? Au)ourd'liui la clé-maur fouille le sol des mines, Mais la harpe aux doux sons erre sur les collines; Le barde qui s'endort sur ton sommet sacré, O blanc rocher d'Erhi, se réveille inspiré! —
Les Bretons s'écriaient : « De quel peuple est cet autre ? Nous entendons sa langue, et ce n'est point la nôtre. Venez-vous de Ker-Ludd *, ville des bâtiments, Pays de durs Saxons et de fourbes Normands?
« — Le pays d'où je viens, vous en sortez peut-ûtre. Dans les vieilles chansons (vous surtout, digne prêtre !) Jamais n'avez-vous lu quand les brandons de feu Contre l'Ile-de-Miel furent lancés par Dieu? Us vinrent, les Saxons, avec leurs lances minces, Pour punir nos discords et l'orgueil de nos princes : L'Etat ne posait plus sur son triple pilier Le sage laboureur, le barde, l'ouvrier.
Terrible fut le choc, la défense terrible. La Tueed, rouge de sang, devint un lieuve norriblc. O dragon des Kemris! de cimiers en cimiers Que tu volais ardent sur le front des guerriers! Quand le barde égorge se taisait , quelles flammes De ton gosier béant tu jetais dans les âmes!
Et Merlin, et Merlin, ce roi des clémeiUs, Soumettant la victoire à ses enchantements! Si la mort l'eût permis, Aitliiir, la Table-Ronde Eût été le pavois et le centre du monde! Malheur quand tu péris, ô roi géant, malheur! Toute l'île en poussa de longs cris de douleur, Et les ours blancs du Nord, en rugissant de joie, A travers les glaçons nagèrent sur leur proie, • Plus nombreux que les flots houlant par un temps noir, Plus féroces que nous dans notre désespoir. Ochantsdemort ! Hourras sanglants ! Affreux mélanges 1 Enfin le Dieu clément nous envoya ses anges. Tandis qu'en leurs marais les restes des Kemris Luttaient contre la mort, nous, faibles et proscrits. Dans nos havres secrets nous déployions nos voiles: Mais ceux-là dont le front est couronné d'étoiles. Moines, évcques saints, en tête des vaisseaux, Au nom du Tout-Puissant les guidaient sur les eaux ; Et tous ces exilés, comme un chœur angélique. Abordaient en chantant aux rives d'Armorique. »
Frère, quand le soleil, d'aplomb sur ces rochers, Fera briller au loin la pointe des clochers. Gravissez le coteau; là, vers toute chapelle Touniaiit les yeux, cherchez comment elle s'appelle. Et quand vous entendrez, frère, leurs noms bénis, Vous vous croirez encor dans votre vieux pays, Tant le vent, qui du nord au sud pousse les lames, D'une Bretagne à l'autre aussi pousse les âmes. Ces deux jumelles sœurs ont eu le même sort, Le même siècle a vu leur naissanc-a et leur mort.
Bretagne de l'Arvor, que ta lutte fut belle. Au joug des conquérants terre toujours rebelle! Durant onze cents ans, combattant sous tes rois Et sous tes ducs guerriers, tu défendis tes droits. Nul vainqueur n'enchaîna la douce et blanche hermine; D'elle-même elle offrit sa royale étamine Et sa couronne d'or, où l'on voyait Heurir La devise : « Plutôt que se souiller, mourir! » Pourtant, frère, vivons! Aux vieilles mœurs fidèles, Marchons sans nous souiller dans les routes nouvelles; Et ne fuyons pas Dieu, source de l'unité, D'où découlent la paix et la fraternité.
Tout à coup le marin : « Hommes pleins de sagesse, \'os voix ont un aimant qui m'.attire sans cesse. Tous deux, je vous connais. Vous, honnête pasteur. Je vous ai vu dans Scaer prêcher comme un docteur. Ce jour de malencontre où des buveurs de cidre, Sans Liiez que voici, m'étouffaient comme une hydre. Quant au frère étranger, notre cher commensal, Je dis que sur la harpe il n'a point son égal. Oui, lorsque mon vaisseau me porta dans son île, Je vis en plus d'un lieu plus d'un concert habile; Mais à ce grand concert de bardes et d'amis Où, comme un frère ancien, Breton, je fus admis, Sa harpe, qui murmure encore à mon oreille, Mêlée aux sons des vers, n'avait point sa pareille, Avec effusion chantant la liberté, Et tout ce qu'aujourd'hui sa voix forte a chanté Qu'il soit le bienvenu sur nos bords! Pour lui, certes, La table et la maison du Mor-Vran sont ouvertes. A mon feu de goëmon s'il veut s'asseoir un jour.
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Il y verra Noua, ma fille, mon amour : Son front jeune est plus blanc que le sable des plages, Dans sa bouche on dirait deux rangs de coquillages; La sirène aux yeux bleus dont parlent les marins Est à Carnac, chantant ses airs doux et sereins.
— Bon ! dit le Trégorrois, et la jeune merveille Que sa tante l'abbesse avec amour surveille ! Sous son voile de lin quand elle chante au chœur,
On dit : « Un ange est là, sa voix calme mon cœur ; >> Mais lorsqu'au grand parloir Mana lève son voile. Les yeux tout éblouis, on dit : « C'est une étoile! »
— Vous êtes amoureux de la fleur de beauté. Reprit le bon Liiez; mais son fruit velouté Craint l'Océan, il craint l'air d'un froid monastère : Le doux fruit de beauté ne vient qu'en pleine terre. »
Anna, qui se taisait, rougit à ce seul mot. Son cousin, la voyant rouge comme un pavot, Poursuivit : « Dans nos bois je sais deux sœurs jumelles, Deux fleurs de ce printemps et toutes deux fort belles : Bretons, n'attirez plus chez vous notre étranger, Et vers mon gai courtiJ laissez-le voyager. »
La dispute rouvrait déjà sa triple bouche,
Mais le sage Gallois : « Toute grâce me touche;
Je verrai la sirène, et l'étoile, et les fleurs.
Ce qu'ici j'aurai vu, je Tirai dire ailleurs.
Vers vous tous, mes amis, un grand désir me porte.
Quand viendra l'étranger, ouvrez-lui votre porte-
« — Eli bien, à votre gré parcourez nos cantons, Vous trouverez partout des frères, des Bretons. Au fond de tous nos cœurs un même sang pétille. Nous sommes tous enfants d'une même famille.
:s ! Adieu! » — Les joye vallon, entonnaient leur