LES LUTTEURS
On sj îcui .1 Kl Ktc : joyeuses brav.ides Je Liiez et de sa bande. — Le pLiisir après la moisson. — Luttes de Scier.
— AfHuetice et riv.iUté des paroisses. — Le fermier Hoël ouvre la lice. — Lutte des enfants. — Lutte £;énérale. — Grand prix du bélier. — Tal-Houarn et Lan-Cador. — Chant des lutteurs. — La dan^e s'ouvre. — Loïc et Anna.
— Hélène et Liiez. — Le meunier Ban-Gor et le petit tailleur. — Tout le bourg danse, — Ce qui se disait sous la feuillce.
M OiTÔT que mon cheval s'élance pour la course, Le pri.v, disait Rouan, déjà sonne en ma bourse.
— Voyez mes souliers neufs, reprit Lena, voyez! Danseuse a-t-elle mis jamais plus fins souliers?
— Et ce tissu de chanvre! ajoutait un troisième : Là-dessous un lutteur vaincrait le diable même.
— Eh bien! cria Liiez, pour renchérir sur tous, Coureurs, danseurs, lutteurs, seul j'irai contre vous. »
Oh ! qu'ils s'en vont joyeux à cette triple fête! Après les foins rentrés, après la moisson faite, Lorsque, trois mois durant, et suant jusqu'aux os. On s. fauché, coupé, battu sans nul repos,
Une heure de plaisir sied bien au cœur des hommes : Au chant delà bombarde, au jus doré des pomires, Se ranime l'esprit, se redresse le corps; Pour les prochains travaux tous se sentent plus Torts. Pourtant, que les chevaux courent bride abattue, Que Ronan soit vainqueur ou qu'un autre se tue, Les luttes et la danse auront seules ma voix : Où vous allez, Liiez, une dernière fois, Songeant, pauvre conscrit, pour quel dur exercice Le roi, l'hiver prochain, vous appelle au service !
A Scaer, le lendemain de la fête du bourg.
Au bruit de ta bombarde, au rappel du tambour,
On vit, comme la mer quand elle monte et houle,
Dans un immense pr6 courir toute une foule.
Et là, jeunes et vieux, hommes et femmes, tous
En cercle sur le pré rangés à deux genoux.
D'autres pendus aux troncs des ormes et des frênes,
Attendre les lutteurs sur ces vertes arènes.
Les plus forts de Corré, du F.aouët, de Kérien,
Et ceux de Banalec, et ceux de Saint-Urien,
Devaient se signaler à ces fameuses joutes.
Les paroisses luttaient et se défiaient toutes.
Le vieux Moris Conan, malgré ses cheveux gris,
Reparut fièrement pour disputer les prix,
A savoir : deux chapeaux avec leurs lacets jaunes.
Une ceinture en laine et longue de quatre aunes.
Des bagues, des couteaux, enfin un bélier noir
Que tous les concurrents venaient peser et voir.
Bientôt, faisant siQcr sa gaule blanchi et lisse, Un Ancien écarta la foule, et cria : « Lice! m —
Hoël, le métayer, eut ce poste d'iionneur,
Qu'eût jadis, comme un droit, réclamé tout seigneur.
Mais où sont les manoirs, et dans quelle autre ferme
Trouver un roi des jeux plus expert et plus ferme ?
Il Çà! dit-il, je connais des fils de Belzébuth
Qui, pour moins d'un bélier, donneraient leur salut:
Des meuniers, doc tailleurs, fournissent à ces traîtres
Descharmes de l'Enfer qu'ils cousent dansleurs guêtres
Pour gagner à coup siir, d'autres, nouveaux Judas,
En vous serrant la main vous démontent le bras :
Nous chasserons d'ici ces hommes de malice.
Gens de cœur, à présent venez tous. — Lice! Lice! »
Entrèrent les lutteurs. D'abord un jeune enfant, Ses cheveux longs et noirs ramenés en avant; Puis un second enfant, blond et de même taille, Qui lia ses cheveux avec un brin de paille. La fête commençait : durant quelques moments On admira leurs bonds, leurs vifs enlacements. Le plus jeune bientôt, le blond, plia; sur l'herbe Son rival l'étendit, et, tout rouge et superbe, Il regarda la foule, agitant le mouchoir Que lui, Noël Furie, venait de recevoir.
Soudain, de tous les rangs, des hommes de tout âge S'avancent l'un sur l'autre; et de nouveau s'engage Une lice où, parmi les cris de mille voix. Vingt couples de lutteurs combattaient à la fois. On entendait : « Courage, Éven ! Liiez, courage! Garçons de Banalec et de Scaer, à l'ouvrage ! » On entendait aussi bien des rires moqueurs. Les amis dans leurs bras soulevaient les vainqueurs.
Scacr l'emportait partout ! Scaer, le pays des luttes Et des joyeux chanteurs aux savantes disputes; Scacr, où les anciens jeux sont toujours honorés, Et qui, chaque dimanche, au milieu de ses prés, Dans les beaux soirs d'été, voit sa mâle jeunesse Exercer sous le ciel sa force et son adresse : Tous nobles laboureurs brunis dans les travaux. Pâtres au cou nerveux, plus durs que leurs taureaux, Dûcherons que la mort au coin des bois éprouve Et qui dans leurs deux bras étreindraient une louve!
Cette lutte dura trois heures. Sur son banc Nul n'osa défier le vieux Moris Conan : Redoutable vieillard, à sa place immobile Et les deux bras croisés, il attendit tranquille.
Le soleil déclinait; au pied d'un peuplier,
Dans la lice broutait toujours le noir bélier.
«c Cette part au plus fort est encor destinée.
Cria le juge; à lui l'honneur de la journée! »
Tal-IIouarn et Lan-Cador étaient là dans les rangs.
Des luttes jusqu'alors témoins indifférents.
On les vit d'un air grave entrer dans la prairie.
C'étaient des hommes francs tels qu'en fait leur patrie
Us se prirent la main en ennemis courtois.
Et firent tous les deux un grand signe de croix.
Debout, pied contre pied et tête contre tête. Comme s'ils attendaient que leur âme fût prête. Ils restèrent ainsi tellement engasés, Qu'en deux blocs de granit on les eût dits changés. Leur front tendu suait et montrait chaque veine;
Le peupl
le hors de Ini
S'ouvrai
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Et moi,
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