‹ Les brigands de Franconie [microforme]Chapitre 12 sur 52 · ROBERT, FORBAN · texte numérisé non relu

ROBERT, FORBAN

. ForBax (s’éveillant ). — Bonjour,capitaine. Ma foi ! nous avions besoin de repos, après une marche de: seize heures, toujours dans les forêts, au risque de nous enterrer dans les fondrières, ou de nous briser la tête contre les arbres ; et par-dessus tout cela un déluge d’eau. Vraiment, tu nous as menés un train d'enfer... Mais, que vois-je ? encore cette maudite

ROBERT. — Arrête ! c’est mon père.

FORBAN. — Pardon, capitaine. Mais pourquoi toujours la porter dans ton sein ? Gageons que tu n’as point goûté un instant de repos ?

RoBERT (avec un soupir). — En est-il encore pour moi /.…. Ami, j'attends des nouvelles importantes, peut-être sont-elles arrivées. Tu m'avais promis d'envoyer un de nos camarades à Francfort.

ForBan. — Il en est déjà de retour; mais son voyage a été inutile, il n’y avait pas de lettre pour toi.

RoBerT {à part et tristement). — Misérable Berthold !.… Et voilà les parents, l'appui qu’on obf'ent d'eux !... (À Forban.) Ami, laisse-moi seul. |

ForBaN. — Quoi ? tu pleures, et ton ami n'oserait essuyer tes larmes ? { Le jour commence à paraître.) Mais comment, si sensible aux beautés de la nature, peux-tu t'attrister à la vue des objets qui t'environnent ?.. Regarde cette plaine... ces coteaux...’ quelle abondance !.…

Roserr (tristement). — C'est le fruit d’une année de sueurs et de travail, la seule richesse, le seul espoir du laboureur, et. un instant peut tout détruire.

ForBAN.--Que cet air est pur !.. ce paysage charmant !.. Vois-tu là-bas ces chaumières.

RoBerT. — C'est le séjour de l'innocence.

Forax.-- Entends-tu le chant des oiseaux ?

Rosert (ému). — Ah ! Forban, la joie les anime, et le bonheur les suit. Tout est heureux dans la nature... ( Avec douleur.) Moi seul, je souffre... moi seul, je porte l'enfer dans mon âme. Mais parlons d'autre chose. À

ForBax. — Oui, du comte de Marbourg.. Nous avons fait là un chef-d'œuvre de justice, et le canton nous doit un obélisque pour l'avoir purgé de ce scélérat.

Roggrr. — La punition est sévère et terriule.

ForBan.— Jamais arrêt ne fut plus justel.. Sa mort peut-elle payer le sang des pères de famille qu'il fit périr dans ses prisons, pour avoir tué un cerf ou quelqu'autre gibier? Est-il de vexation qu'il n'ait commise ? de propriété qu’il n'ait tenté d'envahir ? Moi-même. je l'ai vu, suivi de ses piqueurs et de sa meute, dévaster, de gaieté de cœur, l’héritage du pauvre, et l’écraser ensuite lorsqu'il osait s'en plaindre. Capitaine, je voudrais pour mille ducats qu’on m'attribuât l'honneur de cette action. Hercule lui-même, dont nous suivons l'exemple, n'a jamais rien fait de plus beau.

RoBEerT. — A-t-on exécuté mes ordres ?

ForBax.— J'ai fait d’abord d'une double haie environner le château, puis, suivi de Falker et Razmann, le pistolet d’une main et le sabre de l’autre, je me suis emparé des trois portes principales : là finit ma mission. Wolbac et Roller étaient chargés du reste.

Rogerr. — Et l’on n’a maltraité personne ?

ForBan.—Un vieillard et une femme ont été blessés dans la mêlée.

Rosert (se lève furieux). — Une femme, un vieillard!.. les êtres les plus faibles! Quels sont les malheureux qui ont osé commettre cette atrocité ? Quels sont-ils ?.… Parle!

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ForBan. — Je l'ignore. :

RoBerT {tire un coup de pistolet ; les brigands se réveillent et l'entourent). — Ecoutez !.. Notre expédition d'hier ne devait être funeste qu'au comte de Marbourg. 11 était jugé, comdamné, et la mort de ce tyran a satisfait notre justice. Mais on a excédé mes ordres. Une femme, un vieillard ont été blessés : que les coupables se nomment, ou ils sont morts si je les découvre. j

WozB4c.— (Après un silence.) Capitaine, j'étais dans la seconde cour du château, où la mort du comte avait déjà répandu l’épouvante. Un vieillard, poussé par la frayeur, ce précipite à mes pieds pour demander la vie. Dans ce moment un coup de feu, qui sans doute m'était destiné, le blesse au bras ; je le relève, le rassure, et, lui mettant dix ducats dans la main. je le fais transporter dans une maison voisine. Si le fait n’est pas tel, je t'abandonne ma tête.

RoBErT. — Ta générosité me charme ; je te reconnais là, Wolbac.

Rozzer. — (Après un silence.) J'avais, avec six de mes camarades, forcé l'entrée et pénétré jusqu'à l'escalier du château ; tout à coup nous sommes assaillis d’une grèle de pierres et de coups de fusil. Morgand tombe mort à mes pieds, Frisler est blessé à la tête, moi au bras Cette réception me rend furieux. Je monte, j'enfonce la porte. On nous résiste d’abord ; mais quelques coups de sabre écartent bientôt ces misérables, dont la fuite nous laisse aper cevoir une femme que la frayeur et l'incertitude du combat avait privée de l’usage de ses sens, je la fis porter sur un lit par deux personnes que je payai pour en avoir soin. — Voilà le fait; si j'ai failli, je mérite la mort.

RoëErT {à part). — Grâce au ciel ! je respire... on n’a point versé de sang innocent ? (Haut. )Camarades,

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souvenez-vous du jour où le destin me fit tomber entre vos mains, dans les forêts de la Bohême: attaqué, blessé, désarmé, au lieu de me donner la mort, vous me mîtes à votre tête et jurâtes de m’obéir. C’est dans cet espoir que je rétablis parmi nous ce tribunal connu de nos ancêtres et fondé par le grand Charlemagne, ce tribunal secret et terrible qui frappe d’une mort certaine ceux qui, par leur crédit ou leur fortune, savaient détourner de dessus leurs têtes le glaive des lois ordinaires. Nos droits sont fondés sur leurs crimes ; nous les maintenons par la force, sachons la rendre respectable par l'équité de nos jugements. Que le scélérat, de quelque rang qu’il soit, tremble en apprenant qu'il existe des juges incorruptibles qui pèsent dans la même balance l’homme qui repose sous le chaume et l’homme entouré du faste de l’opulence. Oui, camarades, secourir les opprimés, punir les oppresseurs, voilà le serment qui nous lie, le sentiment qui doit nous animer. Toi, Razmann, on m'a vanté ta conduite, je veux la connaître.

RazManNN, (le bras en écharpe).— Capitaine, je n'ai fait qu’obéir à tes ordres. Le peuple, charmé de de la mort du comte, se portait en foule au château pour assouvir sa vengeance sur tous ceux qui avaient entouré ce tyran. Je veux m'y opposer, on me soupçonne, on me presse, on m’environne ; une troupe de furieux armés de flambeaux se disposait à mettre le feu aux magasins. A cette vue, quoique affaibli par deux blessures, je rappelle ma vigueur, je fends la presse avec mon peloton ; et, opposant la force à la force, je parviens enfin à dissiper ces incendiaires.

FoRBAN. — Capitaine, il ne dit pas tout. Je l'ai vu s'élancer dans la foule, et arracher lui-même le flambeau de la main d’un de ces furieux. L’incendie allait commencer, et, sans lui, le château ne serait plus aujourd'hui qu’un monceau de cendres.

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