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RoBErT.—Encore une fois, ne craignez rien, et dites-nous où nous sommes.
LE PAYSAN.-—-Dans la Franconie.
ROBERT, (‘étonné ).— Dans la Franconie !
LE PAySAN.—Sur les terres du comte de Moldar.
Rogerr,{à part ).—Dieu ! je suis dans l'héritage de mes pères. (Æaut.) Ah ! mon âmi, connaîtriez-vous le vieux comte de Moldar ?
LE PAYSAN.— Hélas ! j'étais autrefois son premier jardinier.
Rogerr. — Comment ! vous aurait il renvoyé ? lui qui aimait tant à faire des heureux !
LE PaAysAN.— Ah ! je le serais sans doute, s'il vi. vait encore.
Roger, (avec douleur).—11 est mort ! (4 part.) O ciel !.… et je n'ai pu fermer ses yeux. (Haut.) Eh! mon ami, quel bon maître vous avez perdu !
LE PAYSAN.— Nous ne le savons que trop ; aussi n'est-il pas un seul homme dans le canton qui n’eût donné sa vie pour prolonger la sienne... Quel convoi !.. hommes, fêémmes, enfants, tout le monde \ était et fondait en larmes.— Tenez, depuis sa mort, pas une bonne récolte, pas une bonne année. La grêle, les débordements nous laissent à peine de quoi payer les impôts. Quelle différence de lui à son fils !.… Mais nous étions trop heureux, et les bons maîtres ne vivent jamais assez longtemps. Adieu, Monsieur. (IT veut s’en aller.)
Roger. —Restez, mon ami. restez. Votre journée ne sera pas perdue. (En tremblant.) Quelle fut, diton, la cause de sa mort ? Son âge n'était pas si avancé.
Le PAYSAN. — Le chagrin que ses enfants lui ont causé.
RoBerT, (à part).— Ah! malheureux ! chaque mot un coup de poignard. ( Haut.) Quoi ! ses deux
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Le Paysan, (attendri).— Il ne lui en restait plus qu’un, pour son malheur et le nôtre ; l'aîné, qui seul devait consoler sa vieillesse et devenir seigneur du canton, est sans doute mort, puisqu'on n'entend plus parler de lui.
Roserr.— Vous pleurez, bon vieillard : A
Le PAYSAN, (sanglotant). — Je ne puis en parler sans avoir le cœur suffoqué. Ah! le bon seigneur que cela aurait fait ! comme nous serions heureux !
Roger, (à part).— Ah! Robert ! quels biens tu as perdus ! (Haut). Vous le connaissiez donc ?
LE PAYSAN, (avec une explosion de larmes).— Si je le connaissais, moi ?.… Tenez, voici son filleul. (ZZ lui présente l'enfant ).
Roserr.—Du comte de Moldar ?
Le pAysan.—Non, de son fils Robert.
Rogerr (le reconnaît).-Ah ! c’est mon cher Guillaume.. et voici mon petit Robert !.. (11 l'embrasse avec violence.)
L'ENFANT.— Mon père, il me fait mal.
LE PAYSAN, (le fixant). — Vous m'effrayez, monsieur..Seriez-vous ?.…
Roger, (à part).—Mon émotion me trahit.( Haut.) Ne soyez pas étonné de me voir si bien instruit. J’ai connu Robert de Moldar à l’université de Leipsick ; il était mon meilleur ami, tous les secrets de son cœur m'étaient connus. Recevez ce présent de sa part. Je suis sûr qu'il m’en tiendra compte. (I! lui donne une bourse.)
Le paysan.—C'est trop, monsieur... Ma femme ne croira jamais. .
Rogerr.—Garde tout, mon ami, tout, tout. (Avec un soupir.) Et Victor, mon cousin, que fait il
Le PAysAN.—Ses jours se consument dans la tristesse ; son seul plaisir est de soulager les pauvres. Il parle souvent de Robert. |
Rogerr.—Il ne l’a pas oublié ?
LE PAYSAN.—Oh ! bien oui, outlié.! Il en parle tous les jours.
Rogerr, (abattu). — Ou l’aimerait encore, lui... Robert, un malheureux... un hrigand ?
Le PAYSAN.—Quel uom lui donnez-vous ? Oh ! re. prenez votre argent... Je ne veux rien devoir à l’ennemi de mon bienfaiteur. (227 lui jette la bourse et veut s’en aller.) Ê
RoBErT, ({u ramasse et court après lui). — Que faites-vous ? gardez-le je vous en conjure. (J/ tire sa lettre.) Oh ! les cruels ! comme il m'ont trompé !
Le pAysAN. — Oui, l’on vous a trompé. Ah ! si Robert est malheureux aujourd’hui, c’est pour avoir été trop bienfaisant, et moi, je serais criminel de lui être encore à charge.--Reprenez votre argent.
RoBERT, (le repoussant).— Moi, que je le reprenne ! Ami ! que dirait Victor ?
Le pAySAN.— Veuillez croire que M. Victor ne l’estimerait pas, s’il était l’homme que vous dites.
RoBErT, (après un silence.) — C'en est fait, je n'y puis résister... Il faut que je le voie, Victor. (Aux brigands.) Qu'on fasse seller trois chevaux. Vous Wolbac et Roller, vous me suivrez. — Camarades, apprenez que ce territoire est sacré. Le premier d’entre vous qui, pendant mon absence, osera toucher un fruit, attenter à la moindre propriété, foi de capitaine, aura vu le soleil pour la dernière fois. (Ils sortent tous uinsi que Rosinsky, qui, pendant cette scène, a fait connaître, par ses gestes, sa surprise et son admiration sur le caractère de Robert.)
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