‹ Les brigands de Franconie [microforme]Chapitre 45 sur 52 · RE. À | RP · texte numérisé non relu

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LE VIEILLARD, (dans la tour, d'une voix cassée).— Qui frappe ? Est-ce toi, cher Raimond, mon bienfaiteur compatissant ?

Rarmonr.—Oui, c'est moi, bon vieillard ; monte au guichet, je t'apporte ta nourriture.

ROBERT, (@ part).— Qu'entends-je ?.. Approchons. (IT s'avance doucement vers Raimond )

LE VIEILLARD, (dans la tour).—Bientôt je n’en aurai plus besoin. Ah ! Raiïimond ! ne te lasse point, mes membres sont affaissés, ma force anéantie... Je sens que la mort ne tardera pas à finir ma misère.

Roger, (à part ).—La mort !.. Est-ce une victime des lois ou de quelque vengeance ?

LE VIEILLARD. — Que fait mon misérable fils ?

RaIMOND.—Ton fils. hélas !... Mais écoute. il me semble entendre du bruit... Je me trompais. Ce désert est horrible ; adieu, bon vieillard. descends dans ta prison... Si l’on t'y soupçonnait encore, ta vie s’éteindrait à l'instant : adieu !.. Là-haut est ton sauveur... O fils exécrable ! (ZI veut s'enfuir].

RoBERT, (d’une voix terrible ).— Arrête.

Rarmonp, (effrayé).—Ah ! Dieu !

ROBERT. — Arrête : qui es-tu ? que fais-tu ? parle.

RaïMonND, (plus troublé, à part). — Toutes les frayeurs à la fois.

RoBErT.— Réponds, te dis-je, ou tu es mort.

RAIMOND.— Ah ! je suis un pauvre habitant d’un village de ces montagnes.

RoBERT.—Quel est ce mystère d'iniquité ? je veux le connaître ; quelqu'un est au fond de cette tour.

RAIMOND.— Hélas ! un malheureux condamné à mourir de faim, et que je nourris par pitié dans le silence de la nuit.

RogerT, (avec transport).—Tu le nourris !. Un malheureux ! (Z{ lui prend la main.) Ah ! mortel bienfaisant, ne crains rien, tu n’as pas de meilleur ani que moi... Mais il est captif, il faut briser ses

fers. (Il va nrendre des instruments.) Instruments de terreur, pour la première fois, venez à mon secours, je Vous destine à un plus noble usage. (1? force lu porte de la tour, d'où il sort un vieillard faible et décharné que Raïmond soutient).

Raïmonn, (à part).—0O crime de Maurice, tu vas donc être découvert ! |

Le vieiLLARD, (d'une voix faible).—Ah ! qui que vous soyez, ayez pitié d’un vieillard infortuné.

Roger, (reculant d'épouvante ; à part )—Dieu !... la voix de mon père ! (Il le fixe, immobile d'étonnement, ensuite s'approche lentement.) |

LE VIEILLARD, ‘à genoux).—Je te remercie, 6 ciel ! il est donc arrivé l'instant de ma délivrance !

Roses, (le ficunt avec égarement).—Ombre du vieux Moldar, quel pouvoir infernal t'arrache du sein des tombeaux ? (1! l'approche.) Reviens-tu du séjour des morts pour dissiper mes doutes sur l'avenir et me résoudre ici J'énigme de l'éternité ! parle, je suis au-dessus de la crainte. |

LE vieiLLARD.—Je ne suis pas une ombre, Je respire, je vis, mais d’une vie affreuse, tissue d’horreurs et d’infortunes.

Rogerr.—Et tes funérailles publiques ?

Le vigizzar.—Une masse informe fut déposée au caveau de mes pères, tandis que, dans ce souterrain, retranché du nombre des vivants, je m’abreuvais de larmes et me plaignais au ciel du malheur d'exister encore.

Rogerr, (à part ).—Quoi donc ! grand Dieu... et sans cesse la vertu souffre !.. sans cesse le crime triomphe !.…

Le vigiLLARD.—Ah ! que cet air est pur : comme il rafroîchit mes sens ! ({{s'assied au pie: d’un arbre.) Voilà, depuis cinq ans, la première fois qu'il m'est permis de contempler le ciel.

ROBERT, (le fixant toujours avec un morne étonnement).—O cruauté ! à barbarie !

LE VIEILLARD.—Ah ! si tu es homme, situ portes un cœur humain, ne me demande pas le récit de mes malheurs ; ils te feraient détester tes semblables...

ROBERT, (avec efroi).—Va, je la connais trop, cette race de vipères.

LE VIEILLARD.—J'ai mérité mes maux, j'ai banni. déshérité... persécuté le seul de mes fils qui devait consoler ma vieillesse... O Robert ! Robert !... (ZL pleure.)

Roger, (à part).—Et je n'ose tomber à ses pieds ! (Haut.) Mais quel est le monstre qui t’a fait éprouver ce supplice ? parle, je veux m’abreuveg de son sang. \

LE VIEILLARD, (pleurant).—Ah ! ne le maudis pas ; mais juge de mes tourments :... celui qui en est l'auteur... est mon fils, mon propre fils.

ROBERT, (pétrifié d'étonnement).—Ton fils ?... ton propre fils ? Éternelle justice !... { Furieux.) C’en est assez, allons !NZ7 tire un coup de pistolet, et dit aux brigands.) Réveillez-vous. (Au coup de pistolet, le vieillard tombe en défaillance.)

LES BRIGANDS, (se réveillent tous et accourent).— Hé !... holà !... holà !... qu'est-il arrivé ?

RoBErT, (dans une terrible agitation).—Quoi ! ce récit horrible n’a point arrêté votre sommeil et fait dresser vos cheveux !... Venez tous, voyez ce vieillard, et frémissez. (D'un ton de voix extatique.) L'ordre éternel est interverti... l'humanité a perdu ses droits... la nature a brisé ses liens... le fils a massacré son père.

LES BRIGANDS, (avec surprise).—Que dit le capitaine ? |

RoBerT, (continuant).—Massacré !… ce terme est trop doux. Dans ce désert... au fond de cette tour...

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