SCÈNE IIL
LES PRÉCÉDENTS, ROBERT, à pas lents, absorbé dans ses réflexions.
RogBerr,(lentement).—C'en est fait, camarades, nons avons perdu notre ami.— Razmann n’est plus ; Ro!ier, Razmann et tant d’autres. Ah ! mon automne est arrivé ; les plus beaux fruits, les feuilles même commencent à tomber sur la terre. Allez vous reposer ! je veillerai pour vous ! (Forban se retire dans le fond 't va se jeter à terre ; Wolbac le suit après avoir examiné Robert un instant et marqué son admiration sur son caractère.-—Robert, après un long silence continue : ) Je l'ai vu. C'est donc la mort, la dissolution de notre être...cet espace effrayant, et pourtant imperceptible, qui sépare le temps de l'éternité. Quel con. traste !.…. un brigand meurt l'œil calme... le front
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serein... L'expression de la douleur, de l'amitié sont le: seuls sentiments qui semblent l'animer, et j'ai vu les convulsions du désespoir s'emparer des derniers soupirs de l’homme qu'on nommuit juste et bienfaisant !... Est-ce défaut de force de caractère... faiblesse d'organes ?... ou cet instant srrait-il le terme de notre destination... notre entrée dans le néant ?.. Mais ce désir de félicité, ces idées de per. fection.. (Avec force.) Ce charme qu’on éprouve à la suite d'une bonne œuvre... (Jl fixe le ciel.) Cette harmonie universelle, ce mouvement uniforme et pourtant si varié de ces milliers de mondes qui roulent dans l’immensité.. Non, nou, il est quelque chose après nous, car je n’ai point encore goûté un seul instant de vrai bonheur. (Zls se promène en réfléchissant.) Est-il quelque lueur d'espérance qui puisse encore flatter mon âme ? Les bienfaits même que je répands ont-ils quelque douceur pour moi ? On les rejetterait avec horreur, si l’on pouvait connaître celui qui les prodigue... Mais le ciel veut que je vive pour être longtemps malheureux ; si la fatalité me lie au terrible métier où elle m’a conduit, est-ce à moi de m’y opposer ? Quand l'Eternel dit au soleil de dessécher nos plaines, aux torrents d'incnder les campagnes dévastées; quand il ordonne aux vents brûlants de porter la mort dans nos contrées ;... s’il fait naître un de ces tyrans qui se jouent de la vie des peuples, est ce à nous de vérifier la profondeur de ses décrets, de lui demander compte des motifs de tant de désastres ?.. nous, instruments passifs qu’il emploie et brise à son gré !.…