‹ Les bronzes d'art et d'ameublement ;Chapitre 11 sur 69 · Rapports du Jury international, op. cit., t. III, p · texte numérisé non relu

Rapports du Jury international, op. cit., t. III, p

ET D'AMEUBLEMENT ly

Quelles que puissent être, en effet, l'expérience et la dextérité de ces collaborateurs forcés, la personnalité de l'auteur, si elle ne disparaît pas complètement, du moins s'atténue dans les travaux collectifs. Il est même curieux qu'un artiste, après avoir conçu une œuvre, après l'avoir vue dans son imagination revêtue d'une perfection finale lui assignant son caractère définitif, se repose sur des étrangers qu'il ne connaîtra peut-être jamais, placés en tout cas hors de sa dépendance directe, du soin de réaliser ce qu'il y a de plus délicat, de plus fugitif, de plus insaisissable dans cette perfection.

Hâtons-nous d'ajouter que le mal dont nous signalons l'existence ne date pas d'hier. Au xvnc et au xvine siècle, on se plaignait déjà que la plupart des artistes ne participassent pas, d'une façon suffisante, à la fonte de leurs bronzes. Nous verrons, dans la partie historique de ce livre, que le sculpteur Desjardins fondit lui-même la statue de la place des Victoires ; que Girardon dirigea en personne la . fonte de la statue colossale destinée à la place Vendôme, et Falconet celle de Pierre le Grand, érigée à Saint-Pétersbourg. Nous verrons aussi que Houdon ne s'en remettait à personne, du soin de traduire en métal ses belles créations. Mais, à côté de ces statuaires d'élite, combien d'autres artistes faisaient déjà preuve d'un fâcheux et coupable désintéressement!

C'est pourquoi Levesque, le continuateur du Dictionnaire des beaux-arts commencé par Watelet, n'hésitait pas à écrire : « Comme nos statuaires abandonnent à des ouvriers fondeurs le soin de jetter en bronze les ouvrages dont ils ont fait les modèles, il semble que l'article fonte devroit, dans V Encyclopédie méthodique, appartenir au Dictionnaire des arts méchaniques. Mais il appartient en réalité au Dictionnaire des beaux-arts, parce qu'il est très nécessaire que les statuaires sachent diriger leurs fondeurs, et parce qu'ils peuvent se trouver dans des circonstances

qui les engagent à fondre eux-mêmes1. » Et, à l'appui de son dire, Levesque ajoute, un peu plus loin : « Si l'auteur de la statue équestre de Pétersbourg, M. Falconet, s'en étoit

remis à la routine d'un fondeur, il se seroit vu contraint de renoncer à la composition de son ouvrage. »

Il nous faut reconnaître toutefois que, depuis une cinquantaine d'années, un revirement heureux s'est produit. On a vu, en effet, quelques artistes d'un grand talent, Barye, Mène, Frémiet notamment, se faire eux-mêmes les éditeurs de leurs œuvres, et en diriger l'exécution avec un soin, une science, un talent, qui décuplaient le prix des épreuves sorties de leurs mains.

On a vu, en outre, des fondeurs, auxquels on peut donner également la qualification d'artistes, M. Gonon d'abord, puis ses fils, et plus tard M. Bingen, essayer à leur tour de restituer

Fis

— Ca'm par Dupré.

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