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J.-P. Rossignol, les Artistes homériques, p

que de son art. « Les proportions que les anciens Egyptiens donnaient à leurs statues, écrit Diodore de Sicile, Dédale les observa dans celles qu'il exécuta chez les Grecs. » Il fut cependant un innovateur. Avant lui, si l'on s'en rapporte à l'opinion générale, les statuaires représentaient

Fig. 41. — Mercure au repos, statue en bronze. (musée de naples.)

uniformément tous leurs personnages dans des poses hiératiques et figées, les yeux clos, les mains collées aux cuisses et les jambes reliées l'une à l'autre. Si même on en croit Thémistius, antérieurement à Dédale «non seulement la forme donnée aux Hermès était quadrangulaire, c'est-àdire qu'elle consistait en une gaine surmontée d'une tête de Mercure, mais c'était encore là la forme de toutes les autres statues ». Et voilà comment notre grand artiste,

ayant le premier ouvert les yeux de ses figures, leur ayant détaché les pieds et les bras, « fut à juste titre un sujet d'admiration pour les hommes ». Cette relative animation que Dédale donnait à ses œuvres frappa même tellement l'imagination de ses contemporains, que ceux-ci, toujours au dire de Diodore, prétendirent que les statues sorties de ses mains voyaient et marchaient comme des créatures vivantes, et la tradition finit par s'établir qu'il avait exécuté des figures animées.

En quelle matière étaient les ouvrages de Dédale? On a été amené à penser qu'ils devaient être en bois, non seulement à cause de la liberté de mouvements que cette matière permet de donner à des figures, mais aussi parce que « les Anciens, selon Pausanias, appelaient dédales les statues en bois »; et Pausanias ajoute : « Dédale, fils d'Eupalamus, fit le premier des statues des dieux. » Remarquons à ce propos qu'un certain nombre de statuaires grecs portèrent ce même nom, notamment Dédale de Sicyone et Dédale de Bithynie; ce qui n'est pas pour rendre les attributions plus claires.

Quant aux figures de bronze, qui nous intéressent d'une façon plus particulière, la tradition affirme que leur invention doit être réservée à des artistes originaires de Samos : à Rhœcus, fils de Philœus, et à ses deux fils Théodore et Téléclès.

Pausanias dit même expressément que, « les premiers, ils firent fondre l'airain et en fabriquèrent des statues » ; mais là encore les obscurités sont grandes; et il faut entendre sans doute que, les premiers, ils eurent l'idée de jeter en bronze des figures creuses; car la fonte de ce métal composé, qui donna son nom à une de nos périodes préhistoriques, est bien antérieure au vne siècle avant notre ère, époque à laquelle on place l'existence de nos statuaires samiens. Du reste, le soin que les Grecs prirent de ranger leurs premiers métallurges parmi les êtres surnatu-

rels, de faire des Gyclopes, des Dactyles, des Cabires, des Curetés, les descendants ouïes collaborateurs de Vulcain; de les diviniser et de les rendre, dans la Samothrace, l'objet d'un culte assidu et de mystères respectés, attesterait, au besoin, la très haute antiquité de cette importante découverte1.

Si la Samothrace dut sa grande réputation à l'exploitation, dans un passé fort lointain, d'établissements métallurgiques considérables, Chypre jouit, à ce point de vue, d'une réputation aussi méritée et encore plus générale. C'est de Chypre, en effet, que fut tirée, pendant près de cinq siècles, la majeure partie du bronze dont on eut besoin dans la Grèce et dans l'Asie Mineure, pour les innombrables usagesauxquels ce métal s'applique2. Quand, 57 ans avant notre ère, les Romains s'emparèrent de l'île, les mines étaient bien loin d'être épuisées. Elles reprirent, au contraire, sous une exploitation intensive, un tel redoublement d'activité, que leurs produits se répandirent dans tout l'Empire, et fournirent même un de ses revenus importants. Dès lors, l'airain de Chypre jouit d'une si grande réputation et si durable3, que le mot ses, qui jusque-là avait été seul en usage pour désigner ce métal et ses alliages, se vit complété par l'adjectif cyprium (airain de Chypre), et cet adjectif, plus tard employé substantivement, se transforma en cuprum et fournit l'étymologie de notre français « cuivre ».

1. De Sainte-Croix, Recherches sur Les mystères, 2e édition, t. Ier, p. 45. — J.-P. Rossignol, les Métaux dans l'Antiquité, p. 61.

2. Une communication récente de M. Morgan à l'Académie des sciences nous a appris qu'on venait de retrouver les mines de cuivre du Sinaï, que les Egyptiens avaient exploitées près de quatre mille ans avant notre ère. Mais ces mines étaient pauvres, et le minerai d'un petit rendement. Elles durent être abandonnées dès qu'on eut découvert en Samothrace et à Chypre des gisements plus riches en métal, et par conséquent d'une exploitation moins coûteuse.

3. Au xvi" siècle, la réputation de Yairain de Chypre était encore grande, puisque Jérôme Cardan, dans son livre intitulé de la Subtilité, parle de ses qualités avec de grands éloges. (Voir édition de 1566, p. 160, a.)

Vouloir, non pas décrire, mais simplement énumérer, d'après les textes si variés qui nous ont été conservés, la quantité de statues grecques et romaines en bronze qui embellissaient les sanctuaires et les places publiques du vieux monde, ce serait refaire l'histoire de la Sculpture, dans sa plus belle et sa plus féconde période, — histoire d'autant plus ingrate, qu'un nombre restreint de spécimens nous ont été conservés. Le bronze, en effet, possédant la propriété de pouvoir se refondre, a été traité presque aussi cruellement que l'or et l'argent1; et les formes exquises revêtues par lui ont rarement préservé d'une destruction, en quelque sorte inéluctable, les beaux ouvrages dont il devait assurer l'éternelle durée. Il a fallu quelque événement fortuit, la disparition d'une ville, l'incendie d'un temple, pour que, sous l'amoncellement des décombres, on pût retrouver quelques échantillons de cette merveilleuse Statuaire de métal qui animait les cités antiques. Il a fallu des fouilles laborieuses, comme celles de Delphes, — qui rendaient récemment au jour une belle figure de Pallas- Athéné, — ou l'exhumation de cités ensevelies, comme celle de Pompéï et d'Herculanum, qui a permis de réunir à Naples la plus belle et la plus complète collection de bronzes antiques que l'on puisse contempler.

J'ajouterai que si l'on s'en rapporte exclusivement aux écrivains spéciaux, cette énumération des chefs-d'œuvre anciens est non seulement ingrate, mais encore difficile, car, faute d'explications suffisamment précises et de renseignements certains, on ignore le plus souvent de quelle matière étaient faites ces statues célèbres, dont Pausanias, Hérodote, Pline, Diodore et tant d'autres auteurs parlent avec les plus grands éloges et une admiration sans partage. C'est un peu par hasard que Gitiadas de Lacédémone nous est signalé comme ayant exécuté, durant la XIVe olympiade

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