LE BRONZE DANS L ANTIQUITE
'est clans l'exécution des statues de bronze que l'art du métallurgiste atteignit en Grèce, aussi bien qu'à Rome, son maximum de beauté et d'éclat. Les ouvrages superbes de métal qu'Homère décrit : le bouclier d'Achille, œuvre d'un dieu; la magnifique armure d'Agamemnon, aussi bien que l'élégante coupe de Nestor, ou encore le cratère d'argent que le fils de Pelée proposa en prix au vainqueur de la course donnée pour honorer les funérailles de Patrocle; tous ces beaux objets, quoique constituant des morceaux de premier mérite, ne sauraient offrir autant d'intérêt que ces nobles et majestueuses figures dont on prit soin de décorer les autels des dieux et les places publiques.
Mais à ce propos une question se pose. A quelle époque les Grecs commencèrent-ils à modeler, à sculpter, à fondre, à élever des statues? Les commentateurs et les exégètes
ont remarqué qu'Homère n'avait jamais employé, en ses écrits, aucun des mots dont les Grecs se servirent plus tard pour désigner ces œuvres d'art. On ne trouve chez lui ni le substantif àvSpiaç, qui signifie la représentation de l'homme; ni ppsxocç, qui s'applique à celle d'un mortel; ni Jjoocvov, qui (dérivé de £sw, raboter, polir) a, par extension de sens, servi à spécifier les statues de bois; ni eïkwv, si souvent employé comme équivalent de portrait ou d'ouvrage fait à la ressemblance de quelqu'un. Le seul terme de ce genre qu'on rencontre, aussi bien dans Y Iliade que dans Y Odyssée, est ayaX;ji.a, mais les scoliastes font observer que ce mot a pris très postérieurement à Homère, dans le langage courant, la signification qui nous intéresse. Dans son texte, selon eux, on ne peut guère lui donner que celle de présent.
Gependantles statues étaient connues du temps d'Homère. Il le constate lui-même, dans le passage où il montre le devin Hélénus invitant Hector à aller trouver sa mère, et à lui recommander de se rendre au temple de Minerve, et, une fois là, de déposer « sur les genoux de la déesse à la belle chevelure » le péplum qu'elle croit être le plus riche, le plus beau, celui en un mot auquel elle tient le plus. « Il existait donc, dans le temple de Minerve qui couronnait la citadelle de Troie, remarque à ce propos M. J.-P. Rossignol, une véritable statue de la déesse1. » Homère, en outre, dit que Vulcain, lorsqu'il exécuta le bouclier d'Achille, y figura « le dessin varié d'un chœur semblable à celui que jadis, dans la vaste Gnosse, Dédale travailla pour Ariane ». Or personne n'ignore que ce Dédale, donné par le poète pour rival et presque pour modèle à un dieu, fut le grand initiateur des Grecs dans l'art de la Statuaire.
Je dis initiateur et non pas inventeur, car Dédale, paraitil, était allé apprendre en Egypte la théorie et la prati-