De natura rerum, V, 1267 et suiv
2. Une récente communication de M. Berthelot à l'Académie des Sciences, nous apprend qu'ayant la découverte de ces alliages consti-
Remarque curieuse, le dosage de ces divers métaux fut, dès les temps les plus anciens, établi avec une régularité assez grande pour que les bronzes provenant de pays souvent fort éloignés offrent des proportions d'alliages à peu près identiques. « Les ressources dont dispose la chimie, écrit M. Eugène Guillaume, ont permis d'étudier les bronzes de toutes les provenances et de toutes les époques. Dans les bronzes antiques, dans ceux qu'à raison de leur beauté comme œuvres d'art, on peut rattacher avec quelque certitude au temps où la sculpture a été portée à sa perfection, l'étain se trouve seul associé au cuivre. Ainsi, dans les ouvrages grecs, on a trouvé une proportion d'étain qui peut être estimée en moyenne à 14 pour 100 dans les statues, et à 10 pour 100 quand il s'agit des ustensiles. C'est aussi, à peu de chose près, la composition des bronzes égyptiens, qui donnent 85,85 de cuivre pour 14,15 d'étain. Et les personnes qui, chaque jour, dans nos musées, ont l'occasion d'admirer la belle coloration des armes et des bijoux gaulois, ne peuvent ignorer que (sauf quelques traces de fer et de plomb) le métal qui les compose a des bases identiques1. »
Cette conformité paraîtrait plus surprenante encore si l'on ne savait que, parmi les riverains de la Méditerranée, il existait alors un certain nombre de peuples s'adonnant à la métallurgie, et qui, à Chypre notamment, à Délos, et dans File de Samothrace, ne se contentaient pas d'exploiter leurs mines de cuivre, mais fabriquaient pour l'exportation cet « airain brillant et sonore » dont l'Antiquité faisait un si grand cas.
Indépendamment de ces bronzes exclusivement compo-
tutifs du bronze et du laiton, les Égyptiens, métallurgistes fort habiles, avaient trouvé un procédé assez simple pour durcir le cuivre, en ajoutant à ce métal des doses infinitésimales d'arsenic.
1. La Sculpture en bronze : conférence faite à l'Union centrale des Beaux-Arts appliqués à l'Industrie, p. 8.
ses d'un alliage de cuivre et d'étain, il en existait d'autres formés d'un mélange de cuivre et de zinc. Celui-ci était parfois en très petite proportion, 5 pour 100 au plus. Mais plus souvent le zinc entrait pour une participation sensiblement plus forte, et alors l'alliage devenait analogue à notrelaiton. Ce fut même, croit-on, ce dernier métal qu'on désigna jadis sous le nom pompeux et demeuré mal compris d'orichalque1.
Quant au nom plus moderne de laiton, les étymologistes prétendent le faire dériver du latin luteum, qui veut dire jaune, tandis que le substantif bronze viendrait de brunus (c'est-à-dire brun), qui, prononcé par les anciens brounous, serait devenu brouns par la suppression de Vu final. Enfin M. Rossignol, dans le livre très savant qu'il a consacré aux Métaux dans l'Antiquité, voulant compléter cette étymologie par un ingénieux rapprochement de mots, écrit, en parlant des Romains du Bas-Empire : « Ils ont dû dire plus justement encore brunum ses (de l'airain brun), et ensuite, les cas et les genres se perdant, brunus ses, qui, prononcé brounsés, touche à bronze2. » Peut-être est-ce le cas de se souvenir que les étymologies trop savantes sont rarement exactes.
Le bronze moderne diffère quelque peu, comme composition, de l'airain antique. M. Guillaume se plaint que Benvenuto Cellini, dans ses Mémoires, nous ait si mal renseignés sur la qualité et la composition du bronze employé par lui. Cette négligence s'explique par ce fait, que de son temps la constitution des alliages du cuivre était encore empirique , bien que celle des alliages d'or et d'argent fût très exactement réglée. S'il fallait une preuve de la négligence que, même un siècle après Benvenuto, on apportait à définir le dosage du bronze destiné aux ouvrages les plus considérables, nous citerions ce qui eut lieu pour la