LE MOYEN AGE
Avec l'invasion des Francs et des Burgondes, l'art du bronzier tend à disparaître de la Gaule; ou du moins il renonce à ces majestueux ouvrages qui avaient fait sa grandeur et sa gloire, pour se limiter à la création d'objets de parure ou à des travaux de pure utilité. La raison de cette rapide décadence se découvre aisément. Le faste excessif introduit par les patriciens de Rome dans leurs usages domestiques, et porté par la cour de Byzance à un point inconnu jusque-là, revêtit, en s'acclimatant chez les rois barbares, — hier encore ignorants de ces splendeurs, — un caractère plus insolent, s'il est possible, de richesse exagérée et d'opulence débordante. Pour ces yeux fermés au charme de l'Art, pour ces intelligences demeurées obtuses, la perfection de la forme était peu de chose, si la valeur intrinsèque ne venait, en même temps, attester le prix de l'œuvre. Le bronze dès lors se vit dédaigné. Seuls l'or et l'argent furent jugés dignes de parer les autels et la demeure des Grands, d'embellir les palais et les sanctuaires.
Voilà pourquoi, dès le règne de Clotaire et celui de Dagobert II, les orfèvres priment les bronziers et les relèguent à un rang tout à fait subalterne. Toutes les belles décorations dont il est fait mention par les historiens sont, à partir de cette époque, exécutées en métal précieux. Conséquence forcée de cette recherche outrancière de la splendeur, la forme humaine, méconnue clans sa sereine beauté, incomprise, dédaignée, s'efface et disparaît d'autant plus facilement de ces coûteux ouvrages, que le Christianisme militant retrouve, en ces représentations, l'image
de divinités proscrites, rappelant une religion abhorrée. Dès lors le culte du Beau, si cher au paganisme, est de fait aboli; il ne reste plus de place que pour celui de la magnificence; et les statuaril sont désignés désormais sous les noms de fusarii et de fusores. Leur qualification ne découle plus de la nature élevée de leurs œuvres; elle dérive de leurs procédés de fabrication.
C'est du moins ce nom (fusarii) qu'on leur donne dans les monastères, où la main-d'œuvre artistique se réfugie en ces temps si douloureusement troublés. C'est celui sous lequel on les désigne à l'abbaye de Saint-Gall, où des ateliers spéciaux leur sont réservés; dans le couvent que saint Adalhard établit à Corbies dans la Saxe, et clans ceux de Richenaw et de Solignac. Suger les convoque à concourir à l'embellissement de Saint-Denis, et, les
qualifiant de fusores, les assimile, dans son énumération, aux fabri ferrarii, c'est-à-dire aux modestes forgerons façonnant le fer.
On voit que si la pratique de certains arts parvint à se conserver, à se perpétuer à l'intérieur des couvents, — qui furent en ces temps calamiteux leur dernier et suprême asile, — le caractère artistique de la fonte en bronze alla s'atténuant progressivement, au point de disparaître presque complètement durant cette sombre période qu'on désigne sous le nom assez vague de Moyen Age.
Même au delà de la date néfaste de « l'an mille », quand l'humanité commença à se ressaisir, les seuls ouvrages im-
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