MUSÉE DE ROUEN
portants de bronze ou de laiton qui nous sont signalés par les historiens et les chroniqueurs, consistent bien moins en belles et gracieuses statues, qu'en travaux d'ornementation ou en meubles d'église. Encore faut-il remarquer que presque tous sont argentés ou dorés, comme si le bronze était jugé trop vulgaire pour qu'on le laissât voir. Nous savons par Marlot1 que l'abbé Airard ayant, en 1005, fait reconstruire Saint-Remi, y fit transporter un candélabre de bronze de dix-huit pieds de haut « qui était orné de figures d'oiseaux et d'autres emblèmes ». Nous savons également que, vers 1030, Richard, abbé de Saint- Viton, fit exécuter en bronze un dôme d'autel, soutenu par des colonnes, et un lutrin doré. Suger cite, dans le livre qu'il consacre à son Administration, une porte de bronze offerte à son église par le moine Airard, porte qui de son temps était déjà qualifiée « ancienne » et vraisemblablement remontait au xe siècle2. Le seul grand ouvrage de bronze, relevant de la Statuaire, que nous rencontrons en France avant le xme siècle, est le tombeau élevé dans l'église Saint-Etienne de Troyes à Henri Ier, comte de Champagne. Ce mausolée, qui fut achevé en 1180, était haut d'environ trois pieds , et entouré de quarante-quatre colonnes en bronze doré. « Au-dessus, on voyait une table d'argent sur laquelle étaient couchées la statue du prince et celle d'un de ses fils, toutes deux en bronze doré et grandes comme nature. Entre les arcades que soutenaient les colonnes, étaient des bas-reliefs également en argent et en bronze doré, représentant Jésus, des anges, des prophètes et des saints3. »
C'était là une œuvre assurément magnifique, mais tout