Migne, Patrologie.t. CLXXXII, col. 914 et suiv
nombre de Communautés marchandes — le livre d'Etienne Boileau nous les a fait connaître — avaient été mises en possession, par l'autorité royale, du droit de fondre et de travailler l'airain. Nul, en dehors de leurs membres, ne pouvait entreprendre ou exécuter aucun ouvrage fait de ce même métal. Or nous avons vu que toutes les Corporations reconnues par Etienne Boileau n'exécutaient que de petites pièces. Aussi, pour les morceaux importants, fallait-il s'adresser au dehors, aux fabricants de Dinant ou de la Limagne, aux chaudronniers ou encore aux fondeurs de cloches; c'est assez dire que l'art ne pouvait pas espérer grand'chose d'une pareille collaboration.
Ces derniers artisans (nous voulons parler des fondeurs de cloches), que Jean de Garlande, dans son curieux Dictionnaire1, définit « artisans subtiles, qui fondent les cloches d'airain sonore, à l'aide desquelles, dans les églises, les heures de la journée sont comptées par les chocs du battant et l'action des cordes », demeurèrent en possession, presque jusqu'au xvne siècle, du privilège exclusif de fondre ce qu'on appelait la grosserie, c'est-à-dire les ouvrages importants de cuivre et de bronze. C'est même en vertu de ce privilège qu'à partir du xve siècle, on dut s'en remettre à eux du soin de constituer le matériel, encore un peu primitif, de l'artillerie naissante.
Voilà qui explique comment, à partir de cette époque, un certain nombre de fondeurs sont désignés sous le titre « maistre fondeur de l'artillerie », ou plus généralement sous celui de « canonniers-fondeurs ». En 1424, nous rencontrons à Amiens Jean Hainaut, dit Hanotin, pourvu de ce titre. En 1463, Colart Cadot et Jean Watel, dit Watelet, le prenaient également. En 1482, Laurent Wrine, « canonnier-fondeur du roy », demeurant en la ville de Tours,
1. Magistri Johannis de Garlandia Dictionnarium, art. XX (publié à la suite du Paris sous Philippe le Bel de H. Géraud, p. 590).
passa un marché pour la fonte de la statue de Louis XI 1 . Car, en vertu des privilèges corporatifs, le fondeur était, le plus souvent, chargé de l'exécution des œuvres d'art, sans qu'on se préoccupât de l'artiste qui devait être son collaborateur.
S'il fallait faire la preuve de ce singulier désintéresse-
Fig. 52. — Pied de candélabre en bronze fondu et ciselé.