‹ Les bronzes d'art et d'ameublement ;Chapitre 68 sur 69 · Rapport du jury international, 1867, t. II · texte numérisé non relu

Rapport du jury international, 1867, t. II

vois, dessinée par Visconti et ornée de figures modelées par Klagmann, montrent, au point de vue monumental, l'apogée d'une industrie appelée, dans ses applications courantes, à se perfectionner encore, grâce à l'habileté de Durenne, de Barbezat, de Ducel et de quelques autres.

Le bronze, cependant, devait finir par triompher des métaux inférieurs, et par reprendre, aussi bien dans les monuments publics que dans les décorations mobilières, la place qu'il avait occupée précédemment. Paris vit même, en ce siècle, s'élever sur son sol les deux monuments de bronze les plus considérables qu'on eût contemplés depuis les temps antiques. Nous voulons parler de la colonne de la place Vendôme et de celle de la Bastille. En outre, la capitale et la plupart des villes de province allaient bientôt laisser réquisitionner leurs places, carrefours, boulevards, avenues, pour qu'on y installât des statues.

La Révolution avait fait table rase de ces sortes de monuments. La Restauration, qui croyait avoir une œuvre de réparation à accomplir, donna doucement l'exemple. Elle fit appel au talent éprouvé de Bosio et de Lemot, secondés par les meilleurs fondeurs du temps, pour restituer à Henri IV l'emplacement que ce roi avait occupé jadis sur le terre-plain du Pont-Neuf, et à Louis XIV celui auquel il avait droit sur la place des Victoires. D'autres statues du Grand Roi et du galant Béarnais allèrent parer les villes de Lyon et de Nérac. Carbonneau fut chargé de fondre cette dernière. Dammerat avait fondu le monument de la place des Victoires. Plus tard, Richard, Eck et Durand soutinrent vaillamment la réputation des fondeurs français, et avec eux Calla, qui exécuta le saint Louis et le Philippe-Auguste de la place du Trône. Puis vinrent Crozatier, Victor Thiébault, Lerolle, Delafontaine, Victor Paillard et surtout Barbedienne, qui rendirent au bel art du bronzier une partie de sa perfection passée et de son ancienne faveur. Non pas qu'on vît se renouveler, grâce à eux, ces

entreprises, considérables à tous égards, qui, auxvne et au xvine siècle, avaient fait tant de bruit, — aventures héroïques où statuaires et fondeurs, unis par un commun enthousiasme, abordaient les problèmes les plus difficiles et savaient les résoudre, — mais c'est à eux qu'on doit le Molière de Seurre, le Génie de Dumont, le Ney de Rude, la Jeanne JDarc de Frémiet, le Bernard Palissy de Barrias, le Claude Bernard de Guillaume, V Etienne Marcel d'Idrac et Marqueste, le Lasalle de Cordier, ainsi qu'un millier d'autres personnages plus ou moins illustres, que l'on peut contempler sur nos places publiques.

Pendant ce temps, grâce à l'ingénieux emploi des procédés de réduction d'Achille Collas, la Statuaire antique et moderne, mise à la portée de nos appartements étriqués, put pénétrer dans nos habitations, y occuper une place d'honneur et concourir, dans une large mesure, à l'éducation artistique de la bourgeoisie.

De ces fondeurs, artisans d'art émérites, mais qui imprimèrent à leur production un caractère plutôt industriel, par l'exclusif emploi de la fonte en sable à pièces rapportées, il convient de rapprocher un petit nombre d'artistes, comme l'illustre Barye et, dans une note moins géniale, Mène et son gendre Caïn, qui, se faisant les éditeurs de leurs propres œuvres, en surveillèrent eux-mêmes la fonte, la patine et la ciselure. Pour ses grands ouvrages exécutés en cire perdue, Barye eut recours à la collaboration de Gonon et de ses fils. On leur doit, entre autres, le fameux Lion au serpent qui orne les Tuileries. De nos jours, les frères Bingen et M. Siot-Decauville marchent sur les traces des Gonon, et nous avons dit, dans notre première partie, quels succès ils ont obtenus.

Dans un ordre plus commercial, moins hautement artistique par conséquent, il serait injuste d'omettre les noms de MM. Lemaire, Denière, Jules Graux, Collin, Morizot, Peyrol, Houdebine, Charpentier, Gruet, Lacarrière, etc. ;

c'est grâce à eux, en effet, que la production des bronzes d'art et d'ameublement a pu demeurer un art presque exclusivement français. Aussi terminerons-nous ce livre en transcrivant une phrase élogieuse que nous tracions en 1878, à propos justement de leurs envois à l'Exposition du Champ de Mars : « Tous ces industriels sont d'habiles artistes, des éditeurs de goût. Ils soutiennent haut et ferme notre réputation, et prouvent par des œuvres démérite que, dans les arts décoratifs, il n'est pas de branche secondaire. »

Fig. 77. — Vase en bronze par Levillain.

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